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L'affaire du marquis Alfred de Trazegnies d'Ittre (1832-1861).


par Olivier LERUTH
Université de Liège (Belgique) - Licence en Histoire  2005
  

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La reconnaissance du royaume.

Tout cela se passait sous le regard bienveillant de la Grande-Bretagne qui se chargeait de faire reconnaître diplomatiquement l'existence de ce nouveau royaume par le reste de l'Europe. Elle fut en effet le premier état à notifier à son représentant napolitain la rupture de leurs relations dès le 26 février 1861. Et le 30 mars, le Foreign Office déclarait reconnaître le fait accompli38(*). La France, qui n'avait pas totalement rompu les relations avec le cabinet de Turin depuis qu'il avait trahi les clauses des traités de Villafranca et Zurich, suivait de près les événements. Le 18 juin, le ministre des Affaires étrangères Thouvenel envoyait aux chefs des légations françaises à l'étranger une note justifiant le pourquoi de la reconnaissance du nouvel état. La reconnaissance par la France fut le déclic pour toute une série de nations : la Suède et la Hollande ou encore le Portugal marchaient dans ses pas. Il restait à l'Espagne, l'Autriche, la Russie, la Belgique et la Prusse, à se décider39(*). Les deux premières, ennemies jurées de l'Italie, ne réagiraient certainement pas ; la Russie, foncièrement opposée à toute action libérale, ferait de même. A la Belgique, donc, de prendre position.

Elle était gouvernée par un ministère libéral, emmené par Charles Rogier40(*). Le baron de Vrière, en charge des Affaires étrangères, temporisait. A la fin de son règne, la politique de Léopold Ier s'était davantage tournée vers les grandes puissances de l'Europe du centre. On avait d'ailleurs marié le duc de Brabant à une archiduchesse, et il était presque impossible de contrarier l'Autriche41(*). Cependant, la Belgique, si elle se maintenait dans cette position, risquait de perdre gros : elle vivait principalement de son industrie exportatrice et la jeune Italie, avec ses 25 millions de consommateurs réunis d'un bloc, représentait un marché considérable. De son côté, Turin y mettait du sien et sauta sur l'occasion de se faire apprécier en offrant des funérailles dignes d'un souverain au représentant belge Lannoy, qui venait de décéder d'un cancer de l'estomac42(*).

La question de la reconnaissance était ouverte, mais il fallait veiller, pour les libéraux, à ne pas mécontenter les catholiques belges qui avaient remporté trois sièges supplémentaires lors des élections du 10 juin 1861. Certes ils n'étaient pas majoritaires mais ils auraient néanmoins pu causer de graves embarras au gouvernement en cas de désaccord43(*). La mort de Lannoy posait la question de sa succession. On voulut donner le titre à son remplaçant, non plus de simple représentant, mais d'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire. Une vive polémique s'engagea à ce propos. Elle aboutit sur la démission de de Vrière. Rogier s'empara immédiatement de son portefeuille et, le 07 novembre, il notifiait la reconnaissance du comte de Montalto comme ministre du roi d'Italie, autrement dit, la Belgique reconnaissait le nouvel état des choses. Bien entendu, ces événements eurent leur répercussion à la Chambre où un débat des plus vifs s'ébauchait entre catholiques et libéraux. On vota finalement un sous-amendement au discours du trône proposé par monsieur Orts qui fut adopté le 29 novembre par 62 membres de la droite, contre 47 de la gauche44(*).

A présent, il fallait s'attendre à des protestations de la part du Saint-Siège. Le cardinal Antonelli et le sous-secrétaire d'Etat Berardi manifestèrent leur mécontentement à l'envoyé belge près le Saint-Siège, Carolus. Pour déstabiliser les autorités belges, sans toutefois risquer une rupture totale des relations diplomatiques, le Saint-Siège mit quelques temps à envoyer à Bruxelles le nouveau nonce apostolique, monseigneur Ledochowski. Son prédécesseur, monseigneur Gonella, avait été rappelé pour incompétences45(*). Finalement, Ledochowski rejoignit son poste dans les premiers jours de janvier. La Belgique se tira donc sans encombre d'une situation qui aurait pu lui susciter de nombreux ennuis.

* 38 Dans TERLINDEN Charles, La reconnaissance du royaume d'Italie par la Belgique, dans « Mélanges d'Histoires offerts à Henri Pirenne par ses anciens élèves à l'occasion de sa quarantième année d'enseignement à l'Université de Gand 1886-1926 », Vroman & Co. imprimeurs-éditeurs, Bruxelles, 1926, p. 485.

* 39 Idem, pp. 495-496.

* 40 Charles Rogier (1800-1885). On ne présente plus ce célébrissime politique belge. Homme d'Etat libéral. Il fit son droit (1826) avant de devenir rédacteur dans le journal -qu'il avait co-fondé- Mathieu Laensbergh de Liège. Il prit part aux combats de 1830 avec des volontaires liégeois, dont J. Demarteau. On le retrouvait, à cette époque, membre du gouvernement provisoire et du Congrès national. Il représenta les arrondissements de Turnhout (1831-1837), Anvers (1837-1854 et 1857-1863), Bruxelles (1856-1857) et Tournai (1863-1885). Il fut gouverneur de la Province d'Anvers, ministre de l'Intérieur (1832-1834, 1847-1852 et 1857-1861), ministre des Travaux publics (1840-1841) et enfin ministre des Affaires étrangères entre 1861 et 1868. (Dans Biographie nationale, publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, H. Thiry-Van Buggenhoudt, Bruylant-Christophe, Bruxelles, 1907, tome XIX, colonnes 693-781 ; dans DE PAEPE Jean-Luc, RAINDROF-GÉRARD Christiane, Le Parlement belge 1831-1894, Commission de la Biographie Nationale, Académie royale de Belgique, Bruxelles, 1996, pp. 489-490 ; dans DELZENNE Yves-William, HOUYOUX Jean, Le nouveau dictionnaire des belges, Le Cri édition, Bruxelles, 1998, volume 2, pp. 196-197 ; etc.)

* 41 Idem, p. 488.

* 42 Idem, p. 499.

* 43 Idem, p. 501.

* 44 Idem, p. 507.

* 45 AMAE, légation Saint-Siège, lettre du représentant belge Carolus au ministre des Affaires étrangères Adolphe de Vrière, 05 octobre 1861. Carolus expliquait qu'il avait rencontré monseigneur Ledochowski à Lisbonne, « où il était auditeur de la nonciature. Ses formes sont parfaites, son instruction étendue, sa conversation agréable et son esprit conciliant. On n'aura pas (...) l'occasion de lui faire, comme à son prédécesseur, le reproche de ne s'occuper de rien et de n'écrire presque jamais. »

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