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La valorisation des productions agricoles locales, les circuits courts de distribution et le développement de l'offre agrotouristique dans la région centre-du-québec


par Marie-Laure SOULIER
Université Jean Moulin Lyon 3 - Master 1 Géographie et Aménagement 2009
  

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1.3. Zoom sur les activités agricoles et agroalimentaires dans la région Centre-du-Québec 1.3.1. Comprendre l'évolution du secteur primaire au Québec

De la naissance de l'agrobusiness au Québec à la doctrine dominante

L'agriculture au Québec a subi une première vague d'industrialisation au cours des années 1940 et 1950; le nombre d'exploitants de fermes a temps complet est alors passé de 133 000 en 1941 à 109 000 en 1951. L'exode rural de la campagne vers la ville a suivi le même rythme. Le secteur primaire au Québec de même que le monde rural Québécois est longtemps resté sous l'influence de l'Église qui a eu très tôt la volonté de freiner l'industrialisation de l'agriculture. En effet, déjà en 1926, pour freiner ce mouvement d'industrialisation, l'Église avait réussi a prendre le contrôle de l'Union des cultivateurs catholiques (UCC), qui allait devenir l'Union des producteurs agricoles (UPA) en 1972, en évinçant de l'organisation les agriculteurs progressistes des Fermiers unis du Québec, rattachés aux Fermis unis des l'Ontario et de l'Ouest Canadien. En 1951, cependant, devant le retard qu'accuse l'agriculture Québécoise par rapport a celle de l'Ontario, une commission d'enquête est créée : la commission Héon. Il y a alors 140 000 fermes au Québec. Le verdict de la commission est sans appel : il y en a 100 000 de trop. Selon la commission Héon, 40 000 fermes bien équipées et bien gérées étaient plus en mesure de relever des nouveaux défis plutôt que 140 000 petites fermes aux méthodes obsolètes qui pénalisaient par leur faible rendement et l'absence de contrôle de qualité, ceux qui avaient accepté d'investir. La commission propose alors de faire disparaitre 100 000 fermes en exigeant des standards de qualité et de sécurité sanitaire plus élevés pour décourager les petits fermiers qui s'en tiennent aux pratiques traditionnelles et en soutenant le modernisation par des programmes d'aides aux semences certifiées, aux troupeaux de race, aux fosses a fumier... La méthode continue d'être appliquée; en effet, il ne reste a peine plus de 30 000 fermes au Québec en 2002. Toutefois, c'est au début des années 1990 avec la globalisation de l'économie et l'introduction des produits agricoles dans les négociations du GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce), de l'ALENA, et de l'UPA, de pair avec les gouvernements et les grandes entreprises agroalimentaires, s'engagent résolument dans une orientation productiviste et un modèle industriel et marchand, pourtant vivement dénoncé lors des États généraux du monde rural tenus en 1991. L'industrie porcine devient alors le fer de lance de ce modèle agricole industriel basé sur la « méga-entreprise spécialisée». Ce développement rapide et intensif bouleverse les équilibres traditionnels de la campagne et de la cohabitation rurale par le développement des méga-porcheries avec fumier liquide vis-à-vis de la qualité de l'eau, de l'environnement, des sols, des cultures.... La croissance de l'industrie porcine est favorisée par une série de politiques agricoles votée sous la pression des producteurs de porcs : la loi sur la protection du territoire et des activités agricoles (loi 23) en 1996, qui confère un droit de produire prioritaire aux producteurs agricoles en zone verte; un règlement sur la réduction de la pollution d'origine agricole négocié a la baisse; une restriction sévère des pouvoirs d'aménagement et de la réglementation des municipalités concernant les activités agricoles (la loi 184 de juin 2004, empêche systématiquement les élus locaux de poser des contraintes réglementaires au développement agricole industriel)...Le sommet des décideurs en agroalimentaire a SainteHyacinthe 1997 et 1998 a donner a l'agrobusiness québécois sa charte de officielle. L'agriculture est alors considérée comme une industrie majeure et doit devenir le fer de lance assurant le positionnement québécois sur les marchés mondiaux. On ne parle plus de

qualité de l'alimentation, d'autosuffisance alimentaire, ni de vitalité du monde rural, on se fixe comme objectif de doubler les exportations agricoles d'ici 2010 et plutôt de viser l'exportation de produits diversifiés et transformés. Le Québec exporte actuellement 50% de sa production de porc, or cette proportion pourrait s'élever à près de 70% si on en croit les rapports du Forum de l'automne 2005. Devant la pression croissante des citoyens, soutenus par l'Union paysanne en juin 2002, le gouvernement négocie avec l'UPA et les unions municipales un ensemble de mesure visant a permettre l'accalmie :

> Des consultations du bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) sur le développement durable dans l'industrie porcine

> Des moyens supplémentaires de contrôle pour le ministère de l'environnement (accès aux dossiers de la Financière agricole sur les animaux assurés)

> Un règlement révisé sur les exploitations agricoles qui inclut comme outil de
contrôle des plans de fertilisation basés sur le bilan phosphore, ferme par ferme.

Le financement par l'État, un domaine significatif du changement de la politique agricole

L'agriculture est un secteur majeur de l'économie Québécoise, mais elle est aussi le secteur le plus subventionné par l'intermédiaire d'un grand nombre d'outils et de programmes destinés aux producteurs agricoles : crédit agricole, aide a l'établissement et a l'amélioration des terres, assurances pour les récoltes, le bétail et le revenu, aide en agroenvironnement (fosses a fumier, bandes riveraine, retrait des animaux des cours d'eau, haies brise vent et haies brise odeur, clubs agroenvironnementaux...). On estime actuellement à plus de un milliard de dollars par année ces contributions publiques à l'agriculture québécoise, ce qui équivaut d'après les données du ministère de l'agriculture a 50% du revenu net moyen des agriculteurs. Jusqu'à présent il y avait peu de soutien pour les exploitations marginales, l'agriculture biologique, la transformation et la mise en marché locale. Or depuis deux ans, suite à la publication du rapport de la commission de la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois en janvier 2008, un virage s'est opéré. Le ministère de l'Agriculture, des Pêcherie et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) est le premier à promouvoir ces domaines qui apparaissent comme novateur avec le programme provincial : « la fierté d'en vivre, le plaisir de s'en nourrir ». En effet, le rapport de la Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois, à mis en lumière la nécessité de changer les pratiques agricoles Québécoises, de les rendre plus respectueuses de l'environnement et de relocaliser l'agriculture. Le gouvernement a souscrit a une vision d'un secteur agricole et agroalimentaire qui a pour mission première de contribuer à nourrir les Québécois et les Québécoises tout en tirant profit de son plein potentiel sur les marchés d'ici et d'ailleurs, d'offrir des aliments sains, de respecter les principes du développement durable et de diversifier les entreprises et les productions. Ce programme a été repris en parti, au niveau régional avec la campagne lancée le 4 mai 2009 : « Le Centre du Québec, goutez-y! », le but de cette campagne de communication est d'inciter le consommateur a acheter des produits locaux. La démarche est différente au niveau du financement, on ne subventionne pas directement le producteur, on est plus dans une démarche de communication; on essaie avec ces nouveaux programmes de changer les habitudes du consommateur, on cherche a le sensibiliser au pouvoir qu'il possède sur son territoire en tant qu'acheteur qui a le choix dans les produits qu'il met dans son panier d'épicerie.

1.3.2. Une agriculture intensive, spécialisée et productive avec circuits longs

Le portrait de l'agriculture Centricoise

L'agriculture centricoise est assez bien répartie sur l'ensemble du territoire. Dans la région Centre-du-Québec, on compte 3 448 entreprises qui cultivent près de 240 000 hectares. En 2006, la superficie moyenne des terres en culture dans la région était de 89 hectares par entreprise, alors que la moyenne québécoise était de 81 hectares. Cette superficie moyenne a fortement augmenté depuis 1981. De façon générale, ce sont les cultures annuelles telles que le maïs grain et le soya qui ont pris le plus d'expansion. On observe une diminution du nombre d'exploitations, mais une augmentation évidente de la taille des exploitations, comme le montre le tableau ci-dessous :

Tableau 2 : évolution de la taille des fermes

1956

45 ha

1961

56 ha

1981

68 ha

1991

81 ha

2006

89 ha

Source : MAPAQ Cette croissance est observée principalement dans les MRC de Bécancour, d'Arthabaska et de Nicolet-Yamaska. En somme, 37 % de la zone réservée a l'agriculture est cultivée. Le reste de la zone agricole est principalement en forêt. De fait, les entreprises agricoles sont moins nombreuses, mais plus spécialisées, plus performantes et plus productives. Le secteur agricole représente un marché important, il crée à lui seul quelque 6 500 emplois sur la région. Selon le portrait agriculture et agroalimentaire dans la région Centre-duQuébec, réalisé par le MAPAQ en 2008, les productions animales dominent dans la région du Centre-du-Québec. Près de 65 % des revenus agricoles de la région proviennent de la production de lait, de porcs et de volaille.

Tableau 3 : Répartition des types de productions végétales dans la région Centre-du-Québec

Au sein de la région Centre-du-Québec, on retrouve principalement les productions suivantes :

> La production laitière

La production laitière constitue la principale production agricole du Centre-du-Québec, avec 1153 entreprises laitières et un cheptel de près de 63 000 vaches.

Cette production génère plus du tiers de l'ensemble des revenus agricoles de la région. Depuis 1981, la région a enregistré une diminution du nombre de fermes laitières de l'ordre de 66 %. Performantes, ces exploitations ont néanmoins augmenté de 12 % leur production de lait.

> La production porcine

La production porcine est la deuxième en importance dans le Centre-du-Québec. En 2005, les 360 entreprises de la région possédaient un cheptel de 698 000 têtes en inventaire (truies, porcelets et porcs d'engraissement). Cependant, cette croissance a été ralentie par certains événements tels que le moratoire sur la production porcine, les nouvelles normes environnementales, l'augmentation des investissements nécessaires et l'éclosion de nouveaux foyers de maladies.

> L'aviculture

En 2005, 11 % du cheptel de poulet québécois était produit dans le Centre-du-Québec. Le nombre d'entreprises avicoles pour tout type de volailles se situait a 127. Au cours des vingtcinq dernières années, la production avicole a connu une fluctuation qui s'est traduite par une diminution du tiers du nombre de fermes avicoles et une augmentation de 50 % du nombre de têtes.

> La production bovine

La production bovine se situe au second rang dans la région en ce qui concerne le nombre d'entreprises agricoles. En 2005, ce secteur dont le nombre de fermes est en croissance comptait 884 entreprises. Le Centre-du-Québec occupe le premier rang provincial en ce qui a trait au nombre de veaux de lait produits et le second rang pour la production de veaux de grain. Néanmoins, la taille des troupeaux demeure restreinte, avec une moyenne de 38 bêtes. Étant donné que le modèle de production pour faire vivre une famille est d'environ 105 vaches, les propriétaires exploitent souvent leur entreprise bovine à temps partiel.

> La production ovine

La production ovine a connu une forte expansion. Avec ses 27 300 bêtes, le Centre-duQuébec détenait 10 % du troupeau de moutons québécois en 2005. La spécialisation des entreprises et le regroupement de la mise en marché de leurs produits ont permis aux producteurs de quadrupler la taille moyenne de leur troupeau par rapport à 1981.

> La production caprine

La production caprine a connu une forte expansion. La taille du cheptel caprin total a grossi de sept fois entre 1981 et 2006. La région produit 37 % des chèvres du Québec. Ce développement exceptionnel de la production a amené les acteurs de la région à définir cette production comme un des secteurs prioritaires du Centre-du-Québec en ce qui a trait aux produits laitiers de spécialité.

> Les productions végétales

La région du Centre-du-Québec se classe au deuxième rang des régions productrices de céréales et de protéagineux au Québec. Les superficies de ces cultures ont augmenté considérablement depuis 1981. Plusieurs facteurs expliquent ces changements, comme la consolidation de la production laitière, qui a eu pour effet de libérer une quantité importante de terres qui furent récupérées par ce type de culture et la mise en valeur des

terres abandonnées, le défrichement et l'abandon des cultures pérennes comme le foin et les pâturages. Parallèlement, la superficie des prairies et des pâturages a diminué de 27 % depuis 1981.

> La canneberge

La canneberge s'est fortement développée sur des sols jugés peu propices a d'autres cultures parce qu'ils étaient situés a proximité des milieux humides et sablonneux acides. De 1992 a 2002, le nombre de producteurs est passé de trois a plus d'une trentaine, et les superficies cultivées, de 127 à près de 1 200 hectares. Le Centre-du-Québec s'est taillé une position de chef de file dans la production de canneberges. Globalement, cette industrie a généré quelque 500 emplois dans la région au cours des dix dernières années. La croissance de ce secteur d'activité a amené des investissements de l'ordre de 12 millions de dollars pour l'année 2005-2006. On considère aujourd'hui cette production comme étant aussi importante pour le Centre-du-Québec que le bleuet peut l'être pour le Lac-Saint-Jean. La région détient le plus grand nombre de superficies destinées à la culture de canneberges biologiques a l'échelle mondiale. Cette production de créneau a pu se développer notamment grâce à des investissements importants dans la transformation de ce petit fruit.

> Les fruits et légumes

Quoique moins présente dans le Centre-du-Québec que dans les autres régions environnantes, la production de fruits et de légumes s'est développée sur de petites surfaces dans la région centricoise, à partir de la vente à la ferme et dans les marchés publics.

La culture des arbres fruitiers et des petits fruits, excluant la canneberge, a connu une certaine expansion durant les vingt-cinq dernières années. Malgré la diminution du nombre de fermes productrices de fruits, le nombre d'hectares consacrés a ce type de culture a plus que triplé de 1981 à 2006. En 2005, les superficies cultivées pour les fruits occupaient près de 380 hectares dans la région du Centre-du-Québec. Avec ses 43 hectares, la culture du bleuet en corymbe dans le Centre-du-Québec équivaut à 18 % du territoire québécois alloué à cette culture. La fraise occupe la deuxième plus grande superficie réservée à la culture des petits fruits dans la région, ce qui correspond à 5,3 % des superficies totales du Québec.

Les superficies servant a la culture de légumes a l'état frais dans la région du Centre-duQuébec représentent 3,6 % des superficies au Québec. La production de légumes de transformation est en déclin depuis 2005 en raison de la forte compétition internationale.

> L'acériculture

La superficie des érablières de la région du Centre-du-Québec représente 10 % de celle de l'ensemble des érablières exploitées au Québec. L'acériculture s'est développée considérablement dans la région, et le nombre d'entailles est passé de 2,1 millions à 3,2 millions entre 1981 et 2006, soit une augmentation de 52 %. En 2006, on dénombrait près de 800 producteurs dans le Centre-du-Québec. Ils produisaient plus de 7 millions de livres de sirop d'érable, ce qui permet a la région d'occuper le quatrième rang québécois en la matière. L'agriculture biologique, sur laquelle reposaient les activités de 17 transformateurs et de 91 entreprises en 2005, connaît une croissance de l'ordre de 20 % depuis 2002 en termes de nombre de producteurs. La plus grande proportion de fermes biologiques est localisée dans la MRC de L'Érable. L'acériculture est d'ailleurs le secteur qui présente le plus fort taux de production biologique de la région.

Description des pratiques agricoles au Centre-du-Québec

L'exploitation industrielle moderne est une entreprise commerciale, elle n'a plus la fonction d'autosuffisance de la ferme familiale traditionnelle de 100 arpents (40 hectares environ). Il est intéressant de voir qu'au Québec on ne parle pas d'exploitation agricole mais bel et bien d'entreprise agricole, ce trait au niveau du langage est évocateur, l'entreprise agricole doit dégager des bénéfices, alors que chez nous l'exploitation agricole vise en premier lieu à mettre en valeur un terroir. L'agriculture dans ce contexte revêt un aspect industriel qui n'a alors plus aucun lien avec la nature. La tailles de ces méga-exploitation ne cesse d'augmenter depuis les années 1950, comme en témoigne le tableau ci-dessous, les exploitations sont de plus en plus grandes, elles sont aussi de plus en plus chères, elles deviennent ainsi inabordables pour la relève. De fait, une tendance s'est amorcée, les fermes sont rachetées par les grandes compagnies du secteur agroalimentaire. Les exploitations modernes au Québec et qui plus est dans la région Centre-du-Québec, se spécialisent dans une super production en respectant des règles strictes. Les méga-élevages intensifs de poulets, de porcs, de bovins, sont la plupart du temps des élevages dit « sans sol » ou « hors sol », les animaux ne sortent plus aux pâturages, on les parque dans des bâtiments agricoles a longueur d'année, si bien que le stress, l'enfermement et la non stabulation les rend vulnérables aux maladies. Au cours de mon stage, j'ai eu la chance de visiter, la ferme Landrynoise, une entreprise agricole laitière qui comptait plus de mille vaches, l'organisation de l'exploitation est impressionnante, toutes les opérations (traites, nettoyage,...) sont robotisées, le plus frappant est que les bêtes ne sortent pas de la stabulation.

Fig. 8 : Photographie ferme automatisée

Source : ferme landrynoise-mai 2009-photographie personnelle

Les antibiotiques et les hormones sont couramment utilisés pour accélérer la croissance des animaux, les inséminations artificielles et la sélection génétique sont utilisées systématiquement. L'alimentation des animaux obéit aux contraintes de l'automatisation et du rendement. J'ai eu la chance de visiter une exploitation agricole parmi les plus grande du Québec, il s'agissait d'une entreprise laitière qui comptait 600 vaches, chaque vache a un collier qui indique a un robot de délivrer tant de nourriture à cette bête, les rations sont calculées par ordinateur en fonction du rendement de chacune; la bête ne dispose alors que de quelques minutes pour manger. On cherche à maximiser les rendements par l'ajout de céréales et d'ensilages riches en protéines. Les vaches ne sont plus des animaux mais des machines à lait. Un autre robot racle en permanence les fumiers semi-liquides. En effet, on utilise relativement peu de litière, pour éviter de manipuler les déjections on installe les animaux sur des matelas fait à partir de pneus, les déjections sont évacuées avec des jets d'eau, l'épandage doit s'effectuer sur de grandes étendues de terres, tout ce qui ne peut être absorbé par les plantes risques de polluer l'eau et l'environnement. Le compostage des fumiers solides, mélangés à une litière permettrait de résoudre les problèmes de pollution de l'eau et les problèmes d'odeur (le fumier composté avec litière ne sent pas, il ne contamine pas l'eau parce que l'azote et le phosphore y sont intégrés a la matière organique, de plus ainsi les volumes diminuent). De plus, comme les animaux sont en captivité et que l'on a de moins en moins besoin de pâturages et de fourrages, on élimine les rotations de culture nécessaires a la régénération des sols, en faveur du maïs parce qu'il peut absorber plus du double de lisier. Les pesticides sont utilisés en abondance par les producteurs comme j'ai pu le constater lors d'une formation que le club agroenvironnement Bois-Francs avait organisée pour apprendre aux producteurs à gérer les mauvaises herbes. Les agronomes eux-mêmes préconisent des traitements d'herbicides préventifs pour améliorer les rendements, toutefois l'utilisation des pesticides chimiques provoque de graves pollutions. Les riverains ne peuvent souvent pas boire l'eau de leur puits de surface. L'agriculture au Québec agit depuis depuis plusieurs décennies selon un mode de production industriel qui est préoccupé par la conquête de grands marchés d'exportation. De fait, tout l'écosystème rural est bouleversé, les paysages ne sont plus entretenus par les agriculteurs (déboisement massif pour la culture de la canneberge, disparition des animaux des pâturages, disparition des clôtures, des haies...), la terre est envisagée comme un outils de production et non plus comme une ressource organique nécessaire a la vie; l'eau et les sols sont les premières ressources affectées par la surexploitation, par l'abandon des rotations de cultures, par la destructions des bandes riveraines... De plus, au niveau de la commercialisation des produits, la majorité des agriculteurs passent par les circuits longs pour diffuser leurs produits et suivent cette logique de filière :

Tableau 4 : les circuits longs de distribution

Compagnie
Négociant
Grossiste
Distributeur
Consommateur

Source : schéma personnel

Dans ce système, le producteur apparaît comme un simple rouage d'une grande entreprise. Il ne gère, en fait, qu'une toute petite partie de l'activité globale de production. Il n'a plus en charge, ni le choix des aliments pour les productions animales, ni le choix des intrants pour les productions végétales. Le choix des variétés et races lui échappe également, car la nature de la production doit correspondre à la demande du marché. Par ailleurs, il ne suit pas son produit jusqu'au bout de la chaîne. Il devient, en fait, un spécialiste de l'activité de production. Cette organisation, en circuits longs, convient tout particulièrement aux producteurs possédant des surfaces d'exploitation assez importantes. Ce sont, majoritairement, de grandes exploitations industrielles.

En raison du caractère majoritairement intensif et donc très productif des exploitations, la règle est donc d'utiliser les circuits longs de distribution. Pourtant depuis quelques années de nouvelles tendances s'amorcent dans le domaine touristique et agroalimentaire.

1.3.3. De nouvelles tendances dans le domaine touristique et de l'agroalimentaire : sortir des circuits de distribution institutionnalisés, diversifier les modes de productions et valoriser les productions

La croissance de l'intérêt pour l'agrotourisme n'est pas étrangère à l'augmentation importante de la demande pour les aliments santé et biologiques et de la recherche d'une alimentation saine.

Les tendances dans le domaine de l'agroalimentaire : a la recherche d'une alimentation saine

Le retour à la terre et les produits provenant directement de la ferme constituent une nouvelle tendance dans le domaine de l'agroalimentaire. Le consommateur demande de plus en plus une agriculture alternative, à taille humaine. En effet, les consommateurs développent une curiosité accrue au sujet de la provenance et des méthodes de fabrication des produits. Le vieillissement de la population, l'augmentation du niveau de scolarité, une plus grande diffusion de l'information, l'accroissement du taux d'obésité chez les jeunes, les reportages à sensation (p. ex. : ((Supersize Me))), le phénomène de (( malbouffe )) et les scandales liés à la sécurité et à la salubrité des aliments ont largement contribué à cette tendance qui progresse dans la société vers la recherche d'une alimentation plus saine. Par ailleurs, le mouvement croissant du ((slow food)) (par opposition au ((fast food)) et à la production de masse industrielle) a contribué à promouvoir les produits frais, les produits, locaux, les productions artisanales, l'agriculture durable et le plaisir de cuisiner et prendre son temps pour manger. Tout cela dans une perspective que l'on peut bien manger tout en réservant l'environnement. Ce courant ne peut qu'être bénéfique à l'agrotourisme. Les consommateurs sont de plus en plus conscients du rôle majeur d'une alimentation saine dans l'amélioration de leur santé et celle de leur famille. Dans cette optique, ils ont de plus en plus tendance à se méfier des produits de masse, à rechercher davantage les produits santé, biologiques, de meilleure qualité, frais et à fréquenter les marchés publics, les fermes, les kiosques en bordure des routes et les événements champêtres pour découvrir et se procurer des produits frais de qualité. Dans un tel contexte, le secteur de l'agrotourisme peut saisir cette opportunité pour se positionner comme une alternative crédible pouvant répondre aux besoins et attentes ces consommateurs. De plus, on assiste à un engouement

sans précédent pour les aliments biologiques : aux États-Unis ; selon une enquête de Zins Beauchesne et associés effectuée auprès de 600 consommateurs québécois, 84,6% d'entre eux achètent au moins occasionnellement des produits biologiques, et environ un cinquième des ménages prévoient augmenter leur consommation de produits biologiques au cours des prochains mois. Pour leurs achats de produits biologiques, les consommateurs de produis biologiques ont davantage tendance a se tourner vers d'autres canaux que les supermarchés traditionnels, dont les marchés publics, les kiosques en bordure des routes, les réseaux d'agriculture soutenue par la communauté (ASC).

Cette tendance est favorable au développement de l'agrotourisme puisque, pour leurs achats de produits biologiques, les consommateurs se tournent vers d'autres canaux que les supermarchés traditionnels en achetant, notamment, directement à la ferme et dans les marchés publics.

 

La montée des canaux alternatifs de distribution en réponse à la concentration du secteur de la distribution alimentaire

Fig. 9 : photographie chèvres au pâturage

Source : photographie MAPAQ-26 mai 2009

La récente vague de fusions qui a transformé le secteur de la distribution alimentaire au Québec et au Canada a poussé bon nombre de producteurs a se tourner vers d'autres canaux de distribution, dont la vente directe aux consommateurs. Alors que les trois géants de l'alimentation, Loblaws, Sobeys et Métro, occupent plus de 80% du marché au Québec, l'accès aux supermarchés est devenu véritablement problématique pour plusieurs petits producteurs qui n'arrivent plus à satisfaire aux exigences élevées de ces grands distributeurs (p. ex. : pression sur les prix, quantités minimums requises, spécifications relatives à l'emballage, etc.). Afin de pallier cette situation, plusieurs producteurs se tournent vers la vente directe aux consommateurs, dont notamment : la vente à la ferme, les kiosques en

bordure des routes, les marchés publics, et y trouvent leur compte. Les exploitants qui intéressés par ces tendances misent sur la qualité de leurs produits, ils ne sont pas forcément en production biologique toutefois, ils recherchent une agriculture alternative de type agriculture raisonnée. Au cours de mon stage j'ai par exemple visité une ferme caprine dont les exploitants avaient à coeur d'envoyer les bêtes au pâturage pour la qualité de la viande. Ce type d'expérience est encore relativement rare au Centre-du-Québec, si bien que cet exploitant était vu par sa profession comme un avant-gardiste.

Par ailleurs, les consommateurs qui fréquentent ces réseaux alternatifs s'attendent à vivre une expérience de « magasinage » agréable et aiment y prendre davantage leur temps comparativement aux magasins d'alimentation plus traditionnels. Le gouvernement du Québec a bien compris cette problématique puisqu'il a lancé en 2008 la campagne publicitaire « Mettez le Québec dans votre assiette » (voir le logo ci-dessous), l'objectif de cette campagne est de sensibiliser le consommateur à acheter pour de 30$ canadiens par an par foyer de produits locaux afin de soutenir l'économie l'agriculture locale.

Fig. 10 : logo « mettez le Québec dans votre assiette »

Source MAPAQ, campagne de communication lancée en 2008

La région Centre-du-Québec a décliné cette idée provinciale, en lançant le 4 mai dernier la campagne régionale : « Le Centre-du-Québec, goutez-y ! ».

Fig. 11 : logo le Centre-du-Québec, goutez, y ! »

Source : MAPAQ, Campagne de communication lancée le 4 mai dernier

L'idée est de sensibiliser le consommateur au pouvoir d'acheteur qu'il détient sur l'économie de sa région, l'objectif est aussi d'amener le consommateur a faire son « épicerie » dans des lieux différents des supermarchés et à connaitre les producteurs et les produits de sa région. Si cette mouvance se met en place c'est aussi grâce à de nouvelles tendances sociales.

De nouvelles tendances sociales : le consommateur citoyen entre recherche d'authenticité et sentiment de nostalgie

Paradoxalement, le phénomène de mondialisation qui s'est intensifié au cours des dernières décennies et la consommation de masse qui en découle, ont contribué à accentuer l'intérêt des consommateurs envers les produits plus authentiques, spécialisés et personnalisés : les produits régionaux et du terroir qui impliquent le travail d'un artisan (ou artisan-producteur) répondent a des besoins d'authenticité, de tradition, de qualité, de spécificité et de provenance. Afin de protéger ces produits, une nouvelle Loi sur les appellations réservées et les termes valorisants (sanctionnée le 19 avril 2006) permet d'encadrer l'utilisation des appellations réservées et de termes utilisés dans la désignation de produits régionaux et de niche afin de les mettre en valeur, par exemple pour les termes comme « terroir », « fermier » ou « artisanal ». L'intérêt des Québécois a l'égard de ces produits est bien réel. Selon une étude mandatée par Solidarité rurale du Québec au printemps 1999, 61% de la population québécoise s'est dite intéressée aux produits du terroir, dont 24% très intéressée. En outre, les offres considérées comme authentiques, traditionnelles, enracinées, vraies, augmentent fortement leurs impacts sur les clientèles. Les produits régionaux et du terroir sont ainsi intimement associés à l'agrotourisme : la nostalgie pour les mets maison et le savoir-faire d'antan devient donc une tendance très favorable. Conséquence d'une couverture médiatique accrue, la société nord-américaine se préoccupe de plus en plus des causes environnementales. Les valeurs émergentes liées à cette tendance de société sont notamment : le retour aux sources (Essences ou Going backto-basics); les préoccupations environnementales (Earth); la consommation de produits «équitables» provenant de compagnies ayant une éthique sociale et directement du producteur (Ethics). Les produits alimentaires citoyens découlent de cette tendance émergente. Ces derniers sont généralement caractérisés par la présence d'une certification (ex. : certification biologique), le respect des conditions de travail du personnel ou des fournisseurs (p. ex. : commerce équitable), le respect de l'environnement, le respect du bienêtre des animaux, et/ou l'appartenance à la communauté (par ex. : produits locaux, marchés de solidarité). Les activités encourageant l'agriculture locale et durable (à petite échelle), tels que l'agrotourisme ou les marchés locaux, s'inscrivent favorablement dans cette tendance. De plus, les fêtes champêtres et les circuits régionaux semblent connaître un regain d'intérêt. En effet, plusieurs apprécient fréquenter les multiples fêtes champêtres et gourmandes offertes dans les régions du Québec ou visiter les nombreux circuits agrotouristiques, et ce, principalement pendant la saison estivale. Ces événements et circuits offrent une excellente visibilité aux producteurs régionaux auprès des consommateurs tout en leur permettant de créer des liens avec les autres intervenants du milieu.

Très précisément ce sont ces nouvelles tendances dans le domaine touristique et de l'agroalimentaire qui m'intéressent pour ma vie professionnelle future. D'autant plus, que les tendances rencontrées au Québec se déroulent certes dans un contexte et dans une culture nord américaine, toutefois, les problématiques autour de ces sujets sont très proches des problématiques rencontrées en France.

II. Un stage au coeur des problématiques agricoles modernes, une expérience enrichissante pour ma vie professionnelle future

Le ministère de l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation du Québec est un acteur essentiel et incontournable du monde rural, d'autant plus qu'il travaille avec plusieurs intervenants du milieu.

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