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L'administration de mission en droit burundais: cas de la Commission Nationale des Terres et autres Biens (C. N. T. B. )

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par Emmanuel NIYOMWUNGERE
Université du Burundi - Licence 2010
  

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B. Les critères fondamentaux des administrations de mission

La plupart des définitions proposées indiquent que l'Administration de mission devrait répondre à un certain nombre de critères. Faute de référence dans la doctrine burundaise, nous avons fait recours à la doctrine étrangère pour les dégager.

1. La spécificité

Ce genre de structures administratives se voit confier une tâche spécifique, toujours bien délimitée dans le temps et dans l'espace mais également dans le domaine de la technique. La délimitation dans le temps veut dire que la mission est assortie d'un délai déterminé. La délimitation dans l'espace et dans le domaine de la technique signifie que la mission est localisée14 et qu'elle consiste dans un objectif ou un mandat bien défini par le législateur ou le gouvernement.

2. La mobilité

Les agents qui font partie desdites structures doivent être présents successivement au lieu d'accomplissement de leur tâche et au siège du gouvernement ou de l'organe interministériel auxquels ils doivent rendre compte du déroulement de l'opération. La mobilité est à ces fonctionnaires ce qu'est l'itinérance aux juges.

3. La double appartenance

Les agents qui accomplissent la mission, même s'ils sont détachés à plein temps, ne cessent pas d'appartenir au corps des fonctionnaires dans lequel ils ont été recrutés. Dans la plupart des cas, ces fonctionnaires sont en position de détachement, c'est-à-dire employés dans deux ou plusieurs structures simultanément.

14 A l'étranger, en France (la Délégation à l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale (D.A.T.A.R.), le Commissariat au Plan, ...) et aux Etats-Unis d'Amérique (la Tennessee Valley Athority, la Port of New-York Authority,...) par exemple, il s'agit souvent de la réanimation d'une région. Au Burundi, les sociétés régionales de développement auraient eu le même statut juridique si elles n'avaient pas été érigées en Etablissements Publics à caractère Industriel et Commercial (E.P.I.C.), puis en Sociétés publiques

4 t 9EKAR4RP 111Geifpouvoirs juridiques

Les administrations de mission ont l'autonomie du pouvoir d'émettre des directives, de prendre des décisions, d'édicter des prescriptions, de définir des orientations et d'en contrôler l'application. Elles ont pour rôle de définir les objectifs, de coordonner les actions qui doivent permettre de les atteindre et de contrôler l'exécution de celles-ci.

5. La légèreté et la maniabilité

A ces critères fondamentaux s'ajoutent d'autres plus ou moins secondaires

tels que l'esprit « missionnaire» de ses agents et l'échange d'information entre

eux15

Les structures de mission sont très souvent légères et faciles à manier. Pour titre légère et maniable, l'Administration de mission doit etre composée d'une toute petite équipe affectée à son service. Ceci est la condition essentielle pour son dynamisme et son efficacité.

. Soulignons enfin cette idée originale de C. DEBBASCH selon laquelle tous ces critères ne se retrouventpmais à l'état pur16; ce qui laisse subsister une certaine ambiguïté de la formule1 .

11 17 \ SRIRT111G1pGP i4iiArEAiR4i GIIP IiiiR4 eA OKIi rESSRIAi ENIFIei autres institutions administratives proches

Dans les développements qui suivent, nous allons essayer d'opérer une classification des administrations de mission et de les comparer avec les administrations connexes.

$ 17 \ SRIRTH GMEGP i4iiAIEAiR4i GHP iiiiR4

Plusieurs classifications sont possibles selon les critères considérés. Le cadre d'un mémoire étant réduit, nous avons retenu seulement trois critères à savoir la durée de l'administration de mission, le secteur dont relève la mission et la technique d'organisation administrative utilisée.

15 G. WIBAUX -- MARTINAUT, « Délégation à l'emploi et Administration de mission », L'Administration et l'Emploi, Journées d'études, Paris, Documentation française, 1981, pp.98-100

16 Idem, p.96

17 L'illustration de la formule d'Administration de mission à travers le cas de la C.N.T.B. se trouve au dernier chapitre de ce travail

1. Classification selon la durée de l'administration de mission

Si nous considérons le critère temporel, nous aurons trois types d'administrations de mission.

a. Une entité temporaire

Le premier type correspond, en théorie, à une administration particulière chargée d'une mission déterminée et temporaire qui devra disparaître sitôt son rôle achevé. C'est le cas de la C.E.N.I. de 200518, de la C.N.T.B. de 200619, et du Comité d'Orientation du Recensement de la population et de l'habitation de 2008 (C.O.R.)20 .

b. Une entité transitoire

Le deuxième type est un système expérimental destiné par la suite à être étendu et à devenir une administration de gestion. On peut citer à ce sujet, par exemple, le C.N.R.M.21 transformé tour à tour en Centre de Perfectionnement et de Formation en cours d'emploi (C.P.F.)22 et en Ecole Nationale d'Administration (E.N.A.)23. Il en est de même de la Commission Nationale chargée du Retour, de l'Accueil et de la Réinsertion des réfugiés burundais (C.N.R.A.R.) de 1991 étendue cinq ans après en Ministère à la Réinsertion et à la Réinstallation des Déplacés et des Rapatriés (M.R.R.D.R.).

18 Art. 2 du D. P. n°100/102 du 5 août 2004 portant organisation et fonctionnement de Commission Electorale Nationale Indépendante tel que modifié à ce jour, B.O.B. n°8/2004, pp.535 -537

19 Art. 26 de la loi n°1/17 du 04 septembre 2009 précitée

20Voir .D.P. n°100/238 du 30 août 2007 portant la création et la compétence du Comité d'Orientation du Recensement de la population et de l'habitation de 2008 (C.O.R.), B.O.B. n°8/2007, pp.1405-1406

21 D.P. n°1/38 du 11 juillet 1969 portant création du Comité National de Réforme et de Modernisation du secteur public (C.N.R.M.), B.O.B. n°9/1969, p.257

22 Voir D.P. n°100 /148 du 08 novembre1979 portant création du Centre de Perfectionnement et de Formation en cours d'emploi (C.P.F.), B.O.B. n°12 /79, pp.537 -540

23 Voir D.P. n°100/253 du 30 août 2007 portant création, organisation et fonctionnement de l'Ecole Nationale d'Administration (E.N.A.), B.O.B. n °8/2007, pp.1414 -1418

c. Une entité permanente

Le troisième type est une administration « carrefour »24 créée sans limitation de durée et destinée à coexister avec l'Administration de gestion. On peut ranger dans cette catégorie la Commission Nationale de Démobilisation, de Réinsertion et de Réintégration des ex-combattants (C.N.D.R.R.)25 qui coexiste avec le Ministère de la Défense Nationale et des anciens combattants ainsi que le Conseil National de Lutte contre le SIDA (C.N.L.S.)26 qui coexiste avec le Ministère de la Santé et de la Lutte contre le SIDA.

2. Classification selon le secteur dont relève la mission

Le champ d'application de l'Administration de mission peut être subdivisé en quatre secteurs principaux.

a. Le secteur politique

C'est la nécessité de régulation et de transparence politiques, mais surtout de rapidité des opérations de vote qui font intervenir la création d'une administration de mission. Celle-ci se rapproche dans ce cas d'une Autorité Administrative Indépendante.

Au Burundi, l'organisation des consultations électorales pour la mise en place des institutions étatiques est dorénavant l'apanage de la C.E.N.I. qui vient de refaire surface pour le rendez-vous électoral de 201027.

b. Le secteur économique

Dès son accession à l'Indépendance, le Burundi a été rapidement gouverné par des régimes autoritaires avec une économie dirigée. La volte-face qu'il a opérée sur le plan politique dans les années 1990 avec la vague de la démocratisation des institutions s'est accompagnée d'un mouvement de

24 R. DRAGO, op.cit., p.71

25 Voir D.P. n°100/127 du 28 août 2003 portant structure institutionnelle du programme de démobilisation, de la réinsertion et de la réintégration des ex-combattants, B.O.B. n°8bis /2003, pp.549- 550

26 Voir art.2 du D.P. n°100/015 du 4 février 2002 portant organisation, fonctionnement, et composition du Conseil National de Lutte contre le SIDA (C.N.L.S.) tel que modifié à ce jour, B.O.B. n°2/2002, pp.62 -64

27 Voir D.P. n°100/22 du 20 février 2009 portant organisation et fonctionnement de la Commission Electorale Nationale Indépendante, B.O.B. n°2 bis/2009, pp. 440-443

libéralisme économique. L'une des manifestations de ce dernier est le Programme d'Ajustement Structurel (P.A.S.)28 présenté par ses partisans comme la panacée du développement. Pourtant, certains éléments contenus dans le P.A.S. ont suscité très tôt des controverses et des remous au sein de la population. C'est le cas de la privatisation des entreprises publiques.

Comme pour rassurer les esprits échauffés, le Gouvernement a opté pour la délégation de la mise en oeuvre de la politique de privatisation à une administration de mission qui coordonne l'intervention de tous les concernés. Ainsi est née le Comité Interministériel de privatisation (C.I .P.)29.

Par ailleurs, il est prévu la création d'un Comité Interministériel d'Aménagement du Territoire et une commission ayant le même objet dans le cadre de la stratégie nationale d'utilisation durable des terres30.

c. Le secteur administratif

C'est dans ce secteur qu'est née la première administration de mission burundaise dont le mandat était de concevoir et de mettre en oeuvre la réforme et la modernisation du secteur public. Il s'agit du C.N.R.M. qui, en 1979, a changé de configuration en devenant le C.P.F., lui-même transformé récemment en E.N.A.

d. Le secteur social

Le foisonnement des administrations de mission dans ce secteur est lié au contexte post-conflit actuel où l'urgence est de remettre le tissu social dans son pristin état. Le mandat prioritaire des pouvoirs publics consiste à restaurer et stabiliser la paix, à réintégrer les ex-combattants et les sinistrés dans la vie sociale normale et amener la population à se réconcilier. C'est à cette dynamique en trois étapes que participent les administrations de mission intervenant dans le secteur social.

La première étape, celle de la restauration et de la consolidation de la paix est l'oeuvre des administrations de mission telles que la Commission Technique de Désarmement de la population civile et de lutte contre la prolifération des

28 Le Programme d'Ajustement Structurel (P.A.S.) a pour objet principal la relance économique et est initié par les institutions financières de Bretton Woods

29 Voir Loi n°1/07 du 10 septembre 2002 portant révision de la loi sur l'organisation de la privatisation des entreprises publiques, B.O.B. n°9bis/2002, pp.902 -905

30 Voir Ministère de l'Aménagement du Territoire, du Tourisme, et de l'Environnement, Stratégie nationale d'utilisation durable des terres, 2006, pp 69 et 99

armes légères et de petit calibre (C.T.D.C.)31 dont le sigle est devenu actuellement C.D.C.P.A. à la suite de la modification du décret précédent.

Au second stade du processus se situent la C.N.R. du 30 juin 1977, la C.N.R.A.R. du 22 janvier 1991, la C.N.R.S. du 13 décembre 2002, la C.N.D.R.R. du 28 août 2003 et la C.N.T.B. du 04 mai 2006.

La dernière étape s'étend sur les travaux du Comité de pilotage tripartite en charge des consultations nationales sur la justice transitionnelle au Burundi du 02 novembre 2007 et de la Commission Vérité et Réconciliation (C.V.R.) qui n'a pas encore vu le jour.

3.

administrative utilisée

Trois types d'administrations de mission apparaissent quand on se réfère au critère de la technique d'organisation administrative: les administrations de mission centrales; les administrations de mission décentralisées et les administrations de mission indépendantes.

a. Les administrations de mission centrales

Par administrations de mission centrales, il faut entendre celles qui sont présidées par les autorités de l'Administration centrale. Celles qui sont placées sous le haut patronage du Président de la République sont le C.N.L.S. et la C.D.R.R. Le C.I.P. est, à son tour, présidé par le ministre ayant la privatisation dans ses attributions; tandis que le C.N.R.M. et la C.N.R. de 1977 avaient respectivement à la tête le ministre de la Fonction Publique et un membre du Conseil révolutionnaire32.

L'appellation « administrations de mission centrales » a été retenue pour marquer la différence qui existe entre celles-ci et les structures administratives centralisées de gestion qui sont placées sous l'autorité hiérarchiquement supérieure. Or, ce n'est pas le cas en ce qui concerne le C.N.L.S. et la C.N.D.R.R.

31 Voir D.P. n°100/123 du 29 avril 2006 portant création, composition, organisation et fonctionnement de la Commission Technique de Désarmement de la population civile tel que modifié à ce jour, B.O.B. n° 5/2006, pp.460-461

32 Art. 2 al. 2 du D.-L. n° 1/21 du 30 juin 1977 précité

Même pour le C.I.P. et le C.N.R.M. présidés par des ministres qui sont placés sous l'autorité directe du Président de la République, ils ne demeurent pas moins des administrations de mission centrales car le pouvoir hiérarchique du Président de la République sur les ministres est général et se trouvent agencés au niveau de l'Administration centrale. Ainsi donc, pour une entité administrative, être présidée par une autorité centrale et être placée sous son pouvoir hiérarchique sont deux situations juridiques plus ou moins différentes.

b. Les administrations de mission décentralisées

Ce sont celles qui ont une compétence propre de décision et autonomes par rapport au pouvoir politique qui les a instituées et qui n'exerce sur elles qu'un contrôle tutélaire. Elles sont dotées de la personnalité juridique et ont par voie de conséquence un patrimoine et une gestion financière propres.

Néanmoins, cette personnalité juridique ne leur est conférée que pour la réalisation des missions en vue desquelles elles sont instituées. Ainsi, elles ne peuvent posséder ou acquérir que les biens qui sont nécessaires à la réalisation de ces missions. Les administrations de mission burundaises décentralisées sont la C.N.R.S.33, la C.T.D.C.34 et la C.N.T.B.35

c. Les administrations de mission totalement indépendantes

Elles se caractérisent par une autonomie absolue, exempte de contrôle de la part des autorités de l'Administration centrale. Cette indépendance totale est le prix que l'Administration centrale paie pour un bon accomplissement des missions qu'elle confie à ce genre de structures administratives et qui nécessitent une impartialité et une sérénité les plus complètes.

Rentrent dans cette catégorie la C.E.N.I. et le Comité de pilotage tripartite en charge des consultations nationales sur la Justice transitionnelle.

33 Voir Art.2 de la loi n°1/017 du 04 septembre 2009 précitée

34 Voir Art. 5 al. 2 du D.P. n°100/123 précité

35 Voir Art. 2 du D.P. n°100/196 du 24 novembre 2009 portant application de la loi n°1/17 du 04 septembre 2009 précitée, B.O.B. n°11 bis 2009, pp. 2290-2293

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"Je ne pense pas qu'un écrivain puisse avoir de profondes assises s'il n'a pas ressenti avec amertume les injustices de la société ou il vit"   Thomas Lanier dit Tennessie Williams