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Politique coloniale de lutte contre le paludisme. Cas de l'ancienne province de Léopoldville (1888-1960)


par Leslie SABAKINU LUKWIKILU
Université de Kinshasa RDC - Licence en sciences historiques 2011
  

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0.2. Problématique

Pour bien comprendre certains problèmes socio-économiques que connaissent beaucoup de peuples des pays pauvres, les questions de santé doivent être prises en compte. L'importance d'une telle affirmation réside dans le fait que le facteur « santé » constitue à lui seul un phénomène important qui influe sur l'économie et les mouvements démographiques.

Ces faits méritent bien d'être approfondis pour bien comprendre l'évolution des sociétés africaines, car beaucoup de perturbations socio-démographiques que connait actuellement l'Afrique peuvent être justifiées par la permanence des fléaux naturels tels les sécheresses, les famines et particulièrement les épidémies qui participent grandement à la mortalité élevée de ces régions9.

Dans cette optique, la santé est considérée comme un critère du niveau socioéconomique d'un pays10. En outre, il n'y a pas de croissance économique sans le travail entendu comme moteur du développement dans la mesure où le bien-être général prédispose la population à participer et à contribuer efficacement au progrès d'un pays11. Or, une population ne peut travailler si elle n'est pas en bonne santé. Et le paludisme se trouve être parmi les affections qui semblent dominer dans le tableau de la morbidité dans la plupart des pays pauvres.

En effet, parmi les maladies les plus meurtrières en Afrique, le paludisme figure au premier plan. Cette maladie s'avère être non seulement la première grande endémie

8 DELAUNAY, K. << Faire de la santé un lieu pour l'histoire de l'Afrique : essai d'historiographie » in La santé et ses pratiques en Afrique : enjeux des savoirs et des pouvoirs, XVIIe - XXe siècles, p. 8.

9 NKUKU, K., Santé et population de Kinshasa. Quelques perspectives historiques depuis la fin du 19e siècle, p.1.

10 GRUENAIS M.-E. et POUTIER R., << La santé pour tous en Afrique : un leurre », dans : Afrique Contemporaine, (2000)195, p. 5.

11 TABUTIN, D., et al. << Mortalité et santé » in SHOUMAKER, B., TABUTIN, D. et

MASQUELIER, B., l'Afrique face { ses défis démographiques. Un avenir incertain, 2007, p. 122.

parasitaire en Afrique subsaharienne, mais également la plus meurtrière12. Cette
maladie se manifestant aussi bien dans les zones rurales que dans les zones urbaines, est
considérée à la fois comme une maladie des pays pauvres et comme cause de pauvreté13.

Actuellement, d'après les estimations de l'Organisation Mondiale de la Santé, il existerait entre 300 à 500 millions de personnes atteintes chaque année de cette maladie dont la moitié toucherait des enfants de moins de cinq ans14. C'est en Afrique subsaharienne que l'on retrouve 90% des décès dus au paludisme, soit plus d'un million de décès par an. Cette situation s'explique notamment par une politique de santé publique presque inexistante, une hygiène de vie précaire, un environnement insalubre et un manque de moyens financiers et logistiques nécessaires15. Cette situation d'urgence implique nécessairement la mise au point d'une politique de santé adaptée véritablement aux besoins de la population.16

La nécessité d'élaborer une politique de santé au Congo se fit sentir dès le début de la colonisation belge, au moment où les populations vivant au Congo subissaient les ravages de certaines maladies, notamment celles du paludisme. Cette politique consistait non seulement à préserver la santé des Européens, mais elle visait également à assurer de meilleures conditions sanitaires à la population congolaise dont le travail était nécessaire pour le développement de l'entreprise coloniale17. Comme le souligne si bien J.P. Bado « les priorités en matière de santé était claires pour les administrations coloniales puisqu'elles devaient répondre aux impératifs économiques et à la stratégie de domination coloniale »18.

Dans cette perspective, l'analyse des politiques sanitaires { l'égard des maladies épidémiques et endémiques, telle que le paludisme s'avère être nécessaire pour pouvoir comprendre le fondement même de ce système ainsi que les difficultés auxquelles

12 MOLINEAU, L., « La lutte contre les maladies parasitaires : le problème du paludisme, notamment en Afrique » in La lutte contre la mort, Paris, PUF, 1985, p.11.

13 Roll Back Malaria, Rapport annuel, 2008.

14 OMS, Rapport sur la santé dans le monde, 2009.

15 MOLINEAU, L., Art.cit, p. 34.

16 Roll Back Malaria, Rapport annuel, 2008.

17 BECKER, C., Quelques réflexions sur l'histoire, la santé et l'environnement en Afrique, Dakar, ORSTOM, 1993, p.1.

18 BADO, J.P., Médecine coloniale et grandes endémies, Paris, Karthala, 1996, p.9.

l'administration coloniale était confrontée dans l'élaboration et l'exécution de cette politique de santé. Ainsi, une rétrospective historique est importante car elle permet d'analyser la lutte contre le paludisme durant la période coloniale, en mettant en évidence les quelques tentatives et expériences ayant permis au pouvoir colonial de lutter contre cette maladie.

De ce fait, la question centrale de notre étude porte sur la politique de santé mise en place par le pouvoir colonial pour lutter contre le paludisme. Plus concrètement, ce travail portera sur les interrogations suivantes :

- Quelle a été la politique de santé mise en place par le pouvoir colonial pour lutter contre le paludisme ? Les mesures prises en la matière ont-elles été effectives? Quels en furent les résultats ?

- Quel a été l'intérêt de la lutte antipaludique pour le pouvoir en place et pour la population ? Quels sont les obstacles et difficultés rencontrés tout au long de cette lutte ? Autant de questions qui suscitent des réponses dans cette étude.

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