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Politique coloniale de lutte contre le paludisme. Cas de l'ancienne province de Léopoldville (1888-1960)

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par Leslie SABAKINU LUKWIKILU
Université de Kinshasa RDC - Licence en sciences historiques 2011
  

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1.3. Evolution de la morbidité du paludisme de la population blanche dans la
Province de Léopoldville

Après avoir présenté l'évolution générale du paludisme au Congo belge, il convient maintenant d'en présentez un aperçu dans la province de Léopoldville, une province qui constitue, par sa position économique et politique, l'un des lieux importants de peuplement de la population blanche au Congo.

Tableau n°3: Evolution du taux de prévalence au sein de la population blanche dans la
province de Léopoldville de 1933 à 1958(en%o)

Année

Effectif de la
population

Nombre de cas
traités

Taux de
morbidité
en%o

1933

4361

212

48,6

1934

4156

252

60,6

1935

4447

258

58,0

1936

4842

383

79,1

1937

5394

363

67,3

1938

5661

333

58,8

1939

6519

397

60,9

1940

6722

500

74,4

1944

8926

1099

123,1

1945

8999

866

96,2

1946

10086

663

65,7

1947

12085

706

58,4

1948

12856

764

59,4

1949

14062

969

68,9

1950

15901

1022

64,3

1955

27899

1500

53,8

1956

30867

1400

45,4

1957

32143

1293

40,2

1958

33578

1392

41,5

Sources : Rapports aux Chambres (1933-1956), Rapports annuels sur l'Hygiène Publique au Congo belge (1925-1947) et les Rapports annuels de la Direction générale des services médicaux (1948-1958).

L'objectif du tableau n°3 est de montrer le poids de la fréquence du paludisme dans la province de Léopoldville. C'est l'une des provinces dans laquelle on trouve un nombre élevé de cas de paludisme ; le but étant de voir l'importance numérique de cette maladie par rapport à la population de cette province.

De ce qui précède, il ressort que, d'une manière générale, l'évolution de la maladie ne s'écarte pas de l'allure générale du taux de morbidité qui prévalait au Congo. Si de 1933 à 1940, la tendance est à la baisse, avec une apogée en 1944, à partir de la fin de la seconde guerre mondiale, l'allure de la prévalence témoigne d'une réduction progressive de la maladie : le taux de morbidité au sein de la population européenne a légèrement diminué, en ce sens qu'il est passé de 48,6%o en 1933 { 41,5%o en 1958. Cette situation s'explique par le fait que durant la période 1933-36, les grands travaux d'assainissement n'avaient pas encore débuté. Les seuls petits travaux d'assainissement mis au point étaient loin de répondre aux besoins de la lutte contre le paludisme.

Toutefois, dans certains centres où les travaux d'assainissement ont été poussés au loin, la maladie est devenue rare, c'est le cas de la ville de Matadi où la maladie semble plus ou moins stable157. Il y a lieu en outre de faire remarquer que la population européenne ne suivait guère les conseils médicaux de prophylaxie individuelle, à savoir la prise de la quinine, la protection mécanique contre les moustiques. Comme le souligne le Rapport sur l'Hygiène Publique de 1931 « la population européenne ne semble pas se rendre compte des conséquences de la malaria qu'elle accepte comme nécessité inéluctable du climat »158.

Durant la deuxième période, la situation du paludisme fut stable dans les villes de Léopoldville et de Matadi, grâce sans doute aux grands travaux d'assainissement exécutés dans ces villes par le gouvernement central159. Comme le souligne le Rapport d'Hygiène Publique de 1937 « le paludisme est plus fréquent chez les européens vivant dans les petits centres et les postes de l'intérieur, tandis que les résidents des grands

157 Rapport sur l'Hygiène Publique, 1933, p. 18.

158 Rapport sur l'Hygiène Publique, 1931, p. 14.

159 Rapport aux Chambres, 1937, p. 43.

centres bénéficient des travaux d'assainissement »160. Mais la guerre de 1940-45, viendra mettre un terme à cette situation.

En effet, durant cette période, comme nous l'avons dit précédemment, les activités médicales avaient subi un ralentissement sur toute l'étendue du pays161. Dans la province de Léopoldville, { cause de l'effort de guerre, les services d'hygiène furent bloqués, l'assainissement des grands centres comme Léopoldville, Matadi, ne put se faire correctement. C'est ainsi que l'incidence du paludisme a été de 74,4%o en 1940, 123,1 en 1944 et 96,2 en 1945.

Les années qui ont suivi la guerre ont été bénéfiques pour la province de Léopoldville, { savoir l'intensification des campagnes de désinsectisation dans les zones urbaines de la ville de Matadi, Léopoldville et Boma, la création de différents services d'hygiène publique dans les centres importants, tels que la mission de désinsectisation du Bas-Congo, dont la zone d'action comprenait les territoires de Thysville et de Madimba162. De plus, grâce aux nouveaux produits synthétiques, les nouvelles thérapeutiques ont permis la régression de la maladie, celle-ci est passée de 74,4%o { 41,5%o en 1960.

1.2.4. Evolution du paludisme au sein de la population congolaise dans la
province de Léopoldville (1937 à 1957).

Les données concernant l'évolution des affections du paludisme dans l'ensemble de la province de Léopoldville sont fragmentaires ; nous ne pouvons donc pas donner des indications concernant toute la période de 1933 à 1958. Toutefois, nous avons pu obtenir quelques données relatives à certains districts de la dite province.

160 Rapport sur l'Hygiène Publique, 1937, p. 27.

161 Conseil du gouvernement, 1949, p.26.

162 Rapport aux Chambres, 1952, p. 152.

[51]
Tableau 4 : Evolution du taux de morbidité dans la province de Léopoldville (1937-1957)

Année

Effectifs de la
population

Nombres
de cas
traités

Taux de
morbidité(%o)

1937

1997796

49642

24,85

1938

2060960

56789

27,55

1949

2431339

43123

17,74

1950

2558882

43510

17,00

1955

2957039

291909

98,72

1956

3024102

242135

80,07

1957

3102383

265379

85,54

Sources : Tableau élaboré par nous, à partir des Rapports aux Chambres (1918-1956), et les Rapports annuels de la Direction générale des services médicaux (1948-1950).

Lorsqu'on examine le tableau n°4, on remarque une augmentation significative du nombre de cas traités par les services médicaux du gouvernement. En ce sens, le nombre de cas est passé de 49642 en 1937 à 265379 en 1957, soit un taux de morbidité de 24,85%o { 85,54%o. Comme nous l'avons dit précédemment, l'augmentation de la morbidité au sein de la population congolaise est due d'une part { l'extension de l'assistance médicale aux indigènes et d'autre part la population congolaise qui faisait de plus en plus confiance à la médecine européenne fréquentait dorénavant plus facilement les centres médicaux se trouvant { proximité de leur habitation. C'est ainsi que le nombre élevé des cas dépistés doit être bien analysé pour pouvoir faire ressortir les causes exactes de cette augmentation continue de la morbidité du paludisme au sein de la population congolaise.

Dans le Bas-Congo, d'après les rapports du Foréami, de 1932 { 1934, sur une mortalité générale de 24%o, le paludisme est intervenu pour 0,73%o ; et l'importance du paludisme dans la morbidité est de 2,6%o163. De même, durant la période 1931-1934, dans une consultation pour nourrissons de 0 à 2 ans, sur 1496 décès constatés dans le Bas-Congo, 237 étaient dus au paludisme164. En 1933, le Dr. Zanetti avait constaté que sur 8051 résidents indigènes à Matadi, il n'y eut que 57 cas de paludisme, soit 0,6% des

163 DUREN, A., Art. Cit, p. 708.

164 Ibidem.

décès165. Grâce aux travaux d'assainissement, de drainages effectués dans cette ville cette maladie était devenue quasiment rare à Matadi166.

C'est au Kwango que la maladie semble être plus grave. En effet, d'après les rapports du Foréami, le paludisme est considéré comme une affection dont l'importance est parfois considérable: de 1936 { 1939, 20725 cas ont été dépistés, ayant entraîné 97 décès, soit un taux de léthalité de 0,46%167 ; de 1941 à 1943, 28330 cas ont été constatés ayant entrainé 115 décès, soit un indice de mortalité de 0,40% ; de 1946 à 1947, 21701 cas ont été traités, ayant entrainé 83 décès, soit un indice de mortalité de 0,38%168. Ceci ne signifie pas toujours l'extension de la maladie au Kwango, mais bien une connaissance plus avancée de la situation sanitaire de la région. De même, la fréquence des consultations médicales a permis de mieux évaluer la maladie en termes de mortalité et morbidité169. Cette maladie occupa une place prépondérante dans les milieux ruraux que dans les milieux urbains parmi les causes de mortalité infantile. Mais grâce à la chimioprophylaxie hebdomadaire dans les consultations pour nourrissons, la mortalité du paludisme est descendue de 50,8% en 1950 à 39,9% en 1953170.

Il est cependant difficile d'évaluer la mortalité du paludisme dans les milieux ruraux, car il existe souvent une surestimation et une sous-estimation de la léthalité dans les dispensaires qui faussent les résultats des enquêtes171.

Comparativement { d'autres maladies, le paludisme n'a pas été la seule maladie { avoir affecté la pathologie générale de la population congolaise dans la province de Léopoldville. En effet, d'autres maladies épidémiques ou endémiques ont affecté considérablement l'état sanitaire des Congolais. Il s'agit notamment de la maladie du

165 VINCKE, « La lutte antimalarienne au Moyen de DDT au Katanga (1947-1950) » in Compte rendus du Congrès scientifique, vol. 5, 1950, p. 56.

166 DUREN, A., « Un essai d'étude d'ensemble du paludisme au Congo belge », in IRCB, V(1937), p. 56; Rapport aux Chambres, 1933, p.21.

167 Rapport annuel du Foréami, 1936, p. 89.

168 Rapport annuel du Foréami, 1946-1947, p. 71.

169 Rapport annuel du Foréami, 1956, p. 40.

170 Rapport annuel du Foréami, 1953, p. 80.

171 Rapport annuel du Foréami, 1956, p. 41.

sommeil, la tuberculose, la variole, la fièvre typhoïde et la méningite cérébro-spinale. Les paragraphes qui suivent y sont consacrés.

La maladie du sommeil est toujours restée active. Elle a ravagé le Bas-Congo, le Kwango et le Lac Léopold II. C'est { cause de cette maladie que des organismes spécialisés dans la lutte contre ce fléau ont été crées, notamment le FOREAMI172, le Service Auxiliaire d'Assistance Médicale aux Indigènes (SADAMI) ; de plus les entreprises installées dans la région, notamment la Société Huilever et la Compagnie du Kasaï s'y sont investies. C'est { cause de cette gravité que des missions médicales de lutte contre la maladie du sommeil furent créées.

La première mission médicale fut confiée { l'Ecole de Médecine Tropicale de Liverpool. Le 8 juillet 1920, deux missions prophylactiques sont créées : elles ont comme objectifs, d'une part, de refaire des essais de recensement et de reprendre des traitements ambulatoires en employant sur place des infirmiers formés en microscopie et habilités à faire des injections, d'autre part, de mettre au point des rôles à attribuer aux agents sanitaires et aux auxiliaires bénévoles de mission.

L'une des missions les plus importantes est celle établie au Kwango où le Dr. Schwetz avait observé des taux d'infection alarmants : 6 { 10%. Les taux d'infection observés respectivement en 1920-1923 et en 1927 sont les suivants : à Kikwit 12,8% et 0,6% ; à Bulungu 12,2% et 0,38% ; à Kandale 5,3% et 1,1% ; à Niadi 5,8% et 0,45% ; au Bas-Kwilu 4,7% et 1,2% ; à Lukula soit 3,7% et 4,3% ; sur la Kamtsha et la Lubue 9,8% et 0,65%. Par rapport à 1920-1923, il constate une régression de l'infection.

Le Dr. Schwetz devait compter sur la collaboration de cinq médecins et de cinq agents sanitaires173. La mission du Kwango examina, en 1923, 285.792 indigènes sur lesquels on trouva 23.865 malades ; en 1924 sur 430.284 Congolais examinés, on recensa 40.061 malades et en 1925 sur 313.839 Congolais consultés, on recensa 67.531 cas de maladies soit 14,8% de la population. Les suspects atteignent le chiffre de 16.029, soit 5,1% de la population totale. La régression des indices annuels est constante et régulière. L'indice annuel d'infection a

172 ANDRE, J., BURKE, J., Art. Cit. p. 105.

173 BURKE, J., « La trypanosomiase », in JANSSENS, P.G., KIVITS, M., VUYLSTEKE, J., Médecine et hygiène en Afrique centrale de 1885 à nos jours, Vol. II, Bruxelles, Fondation Roi Baudouin, 1992, p. 1432

été de 1,4. Le territoire de Bulungu qui a pu être revisité quatre fois donne un indice d'infection de 6,6% en 1923 et de 5% en 1924 et se retrouve avec un indice de 2,3 en 1925. L'opération était basée sur la palpation des ganglions cervicaux, suivi d'un traitement { l'Atoxyl des porteurs de ganglions.

Le Laboratoire de Léopoldville fut chargé d'examiner, chaque année, depuis 1920, la population des environs de Léopoldville. Il observa en 1924 un taux d'infection de 2%, et en 1925 de 1,2%174.

Plus encore, les recherches menées par le Dr. Gilmore à Bolobo sur la population de toute la rive du fleuve Congo depuis Gombe jusqu'{ Kwamount démontra que sur les 6184 Congolais examinés, 309 nouveaux cas furent trouvés. De même, la mission suédoise des Cataractes-Nord dirigée par le Dr. Palmeur, constata que sur les 30.098 Congolais recensés, 584 malades ont été traités dans les dispensaires et 385 dans les chefferies175.

En 1931, on constate que des nouvelles infections sont, d'une façon générale en régression. Ce qui montre une diminution d'intensité de la maladie. Cette évolution est particulièrement signalée dans le cas du Mayumbe, où l'action du FOREAMI a obtenu les résultats suivants durant la période de 1927 à 1931: en 1927, sur les 173.158 congolais examinés, on enregistra 1851 nouveaux cas ; en 1928, sur 154.772 consultés, on signala 1211 nouveaux cas ; en 1929, 1135 nouveaux cas sur 193.919 examinés ; en 1930, 1091 nouveaux cas sur 204.621 examinés et en 1931 sur 209.742 examinés, 589 nouveaux cas furent signalés. L'infection la plus violente est signalée dans le secteur d'entre Lutshima-Bwele176.

En 1937, la province de Léopoldville et celle de Lusambo sont considérées comme les plus atteintes. L'augmentation du chiffre des nouveaux malades n'implique pas pour autant une aggravation de la situation, car dans de nombreuses zones desservies par le FOREAMI le pourcentage de la population atteint a été réduit grâce au travail méthodique effectué par les médecins, et aux résultats thérapeutiques par la tryparsamide et par la tryponasyl.

174 Rapports aux Chambres, 1925, p.17.

175 Ibidem.

176 Rapports aux Chambres, 1931, p. 19.

Durant cette période, on a tout de même relevé la persistance des foyers dangereux dans les territoires de Mushie, de Bolobo, sur le Chenal et au Bas-fleuve.

En 1945, on signale un certain réveil d'infections dans quelques foyers au Kwango et dans les environs du Kwamount et dans les Cataractes. En 1947, les rapports d'hygiène publique signalent que dans la province de Léopoldville un plus grand nombre de congolais fut examinés. Et cette même province est également la seule { connaître une baisse d'infection de la maladie. Cela est dû au fait que l'occupation médicale fit découvrir cette année de nombreux cas non prospectés durant les années précédentes par suite d'une pénurie du personnel. Ainsi, le nombre des Congolais examinés augmenta par rapport à 1946. Durant l'année 1948, l'indice d'infection est tombé de 0,44 { 0,36%177.

Les quelques données présentées dans le tableau n°5 donnent une idée très succincte, mais suffisante de la situation de l'endémie de la maladie du sommeil dans la province de Léopoldville.

Tableau n°5 : Evolution de la maladie du sommeil dans la province de Léopoldville (1933-
1949)

Année

Recensés

Ancien cas

Nouveau cas

Total des
cas

%

1933

1395295

47080

13496

60576

2,03

1934

1451200

44278

11607

55895

1,65

1936

1746100

22353

9182

33926

1,2

1937

1801702

19976

6774

26750

0,75

1938

1778533

5456

14855

20311

0,61

1939

1674095

5117

10511

15626

0,64

1940

1584846

5671

10624

16295

0,76

1941

1437956

4287

9563

13850

0,57

1942

1370385

5333

9451

14784

0,76

1943

1503132

5555

9709

15264

0,59

1944

1458605

5081

8846

13876

0,65

1945

1463950

5568

9904

15472

0,71

1947

1646817

5461

10660

16121

0,59

1949

633610

4088

10731

14895

0,41

Sources : Rapports aux Chambres (1933-1949), Rapport sur l'hygiène publique (1925-1949)

177 Rapport sur l'Hygiène Publique, 1948, p. 39.

La tuberculose resta parmi les problèmes majeurs de santé publique au Congo belge. Cette maladie s'est rapidement propagée dans les grands centres industriels et urbains. La colonisation amena chez les Africains un nouveau genre de vie et les mauvaises conditions de logement, ainsi que la mobilité de la population ont favorisé les contacts entre les populations et les germes de cette maladie.

Les médecins signalent que les Africains sont les plus exposés { cette maladie. L'allure extensive que prit la maladie amena les autorités sanitaires à prendre des mesures réglementaires dès 1921 afin de limiter la propagation.

En 1923, au Stanley Pool, la tuberculose n'avait pas été maitrisée : il avait été admis 31 cas de tuberculose pulmonaire au camp de tuberculeux de Léopoldville, dont 27 provenaient de l'agglomération elle-même. Et le grand nombre des cas signalés en 1925 est en relation avec un dépistage plus sévère qui avait été organisé dans les grands centres et spécialement à Léopoldville et à Stanleyville. L'enquête dirigée par le Dr. Van den Branden { Léopoldville en collaboration avec les docteurs Fornara et Staub, a conclu que l'indice tuberculeux est relativement élevé au Stanley Pool. Le nombre total des cas diagnostiqués s'élève { 90 et le chiffre total des décès est de 53 soit 21,2%.

Au lazaret de Banana, on enregistra 29 tuberculeux et 9 décès sont survenus, dans celui de Léopoldville 80 malades et 34 décès signalés178. La tuberculose a donc un caractère grave et permanent. En 1932, la tuberculose prend une allure lente et chronique et a lieu dans les grands centres où l'on constate des foyers secondaires. En 1933, la province de Léopoldville donne les indications les plus alarmantes : cela est sûrement dû à la promiscuité des travailleurs qui favorisa la contagion et l'augmentation du pourcentage des cas de tuberculose. Il convient de signaler, une fois de plus, la progression lente et sûre qui eut lieu en 1934 dans les milieux africains, soit 206 cas de tuberculose pulmonaire. Cette extension, qui auparavant ne se remarquait que dans les grands centres industriels et urbains touche également les milieux ruraux. Comme les années précédentes, la tuberculose frappa plus d'hommes que les femmes.179Cette situation s'explique par le fait que les villes et les camps des travailleurs étaient peuplés par les hommes.

178 Rapports aux Chambres, 1925, p. 18.

Les données recueillies par le FOREAMI dans le Bas-Congo, au cours de la période de 1931-1935, révèlent que, sur une population de 600.000 habitants examinés par le recensement médical, on trouve, chaque année, 52 à 100 cas de tuberculose pulmonaire. Fort occupé par la maladie du sommeil, les médecins firent moins attention au dépistage de la tuberculose ; ce qui explique le nombre élevé de tuberculeux. Dans la province de Léopoldville, le service du gouvernement signala 260 cas de tuberculose en 1935, 292 en 1936, et, 207 en 1937180. Le nombre de décès par rapport au cas découvert annuellement décroit de façon lente, mais régulière jusqu'en 1945, sans doute en raison de la meilleure résistance acquise par la population181.

Les services du FOREAMI au Kwango tirèrent les conclusions suivantes : l'augmentation des tuberculeux d'année en année est due { l'extension de la maladie et les guérisons qui s'en suivaient grâce aux antibiotiques, ont modifié l'attitude des malades qui se présentent plus spontanément dans les dispensaires et hôpitaux ; ainsi le taux de léthalité était de 36,4% entre 1941 et 1945182. De même en 1946, 298 tuberculeux ont été diagnostiqués et, 460 en 1948. Par contre, durant l'année 1949, sur 204.413 Africains examinés, 1.669 tuberculeux y avaient été dépistés, soit une endémicité de 6,37%0183. Malgré l'emploi de nouveaux produits thérapeutiques, l'on ne peut signaler d'amélioration nette de la situation qui reste confuse { cause de l'état encore élémentaire de l'hygiène publique.

La variole a été pendant longtemps l'une des maladies endémo-épidémiques les plus meurtrières. Dès lors, on peut affirmer que grâce aux vaccinations générales, la variole a été supprimée en tant que fléau possible. Seuls quelques cas sporadiques d'épidémies sont déclarés dans certaines régions de la province, notamment dans le district du Bas-Congo, du Kwango et de Léopoldville où une mortalité excessive a été constatée.

179 Rapport sur l'Hygiène, 1934, p. 36.

180 Rapports aux Chambres, 1937, p. 35.

181 DARRAS, T., CAMPHYN, R. et HALET, J., Art. Cit, p.1539.

182 Idem, p. 1541.

183 Rapport sur l'Hygiène Publique, 1949, p. 168.

En 1923, la variole s'est maintenue au Stanley pool avec virulence où elle s'est étendue dans les régions centrales et surtout occidentales. Le Dr. Duren mentionna que sur 764 décès, il enregistra dans le district urbain de Léopoldville, 210 imputables à la variole soit un indice de 27,49% et en 1927, sur 1647 décès enregistrés, 227 étaient provoqués par la variole, soit un indice de 13,78%184.

Il convient de signaler que la variole avait fait de nombreuses victimes surtout chez les enfants. La mortalité provoquée par cette épidémie avait éveillé l'autorité coloniale. Les autorités du district urbain de Léopoldville rendirent ainsi la vaccination obligatoire depuis 1925. En 1926, on constate une certaine régression de la maladie en termes de mortalité et de morbidité, { l'exception du district du Kwango où 152 cas ont été signalés ayant provoqué 17 décès parmi les travailleurs industriels et agricoles185. Par contre, durant l'année 1926, la variole fit un retour assez sérieux au Stanley pool où elle suivit les voies de communications donnant ainsi naissance à des foyers plus ou moins graves186. L'année 1928 fut plus favorable, car sur 474 cas, on signala seulement 8 décès. Cette situation est due à la vaccination obligatoire effectuée tous les 2 ans.

Néanmoins en 1940, une flambée d'épidémie fut déclarée dans la province entraînant 2058 cas de variole dont 31 furent mortels. Cette épidémie régna surtout dans les régions de Matadi, des Cataractes et de Manianga187. A partir de 1947, la variole été en régression dans toute la province188.

La fièvre typhoïde est une maladie fébrile sévère qui se manifeste sous forme de petites flambées épidémiques et son caractère sporadique a été signalé par presque tous les observateurs. En 1927, elle sévit dans la province de Léopoldville et ce malgré les nombreuses vaccinations pratiquées.

En 1928 le Dr. Vanden Branden mentionne 51 cas de fièvre typhoïde causant 14 décès
parmi les habitants du district urbain de Léopoldville. De même, le Dr. Van Oye indique

184 DUREN, A., « Quelques données sur la situation démographique de la cité indigène de Léopoldville entre 1923 et 1947 » in IRCB, XXI(1950)3, p. 713.

185 Rapports aux Chambres, 1925, p. 13.

186 Rapports aux Chambres, 1926, p. 10.

187 Rapport sur l'Hygiène publique, 1940, p. 16.

188 Ibidem

un indice d'infection de 51,5% sur un total de 3.216 individus reçus au centre de Léopoldville. La province de Léopoldville s'inscrit pour l'année 1935 avec 31 cas dont 10 décès, soit 19 cas et 4 décès à Boma, 12 cas et 6 décès à Léopoldville, 5 autres cas ont été diagnostiqués à la compagnie du chemin de fer du Congo189. Les quelques cas sporadiques signalés dans la province de Léopoldville ne proviennent pas de la pollution des eaux de boisson mais, d'une infection accidentelle { partir des porteurs sains190.

Toutefois, il convient de noter en 1946, une éclosion d'un nombre relativement élevé de cas de fièvre typhoïde parmi les africains, 100 décès sur 252 cas enregistrés. Il est possible que ce phénomène soit attribué aux mouvements des troupes pendant la période de guerre. D'une façon générale, la maladie était en régression dans toute la province.

La méningite cérébro-spinale fut considérée parmi les chroniques des épidémies meurtrières qui désorganisaient la vie des communautés et qui décimaient des collectivités.

C'est au Stanley pool que les premières études sur la méningite furent faites par le Dr. Vanden Branden et Van HooF en 1922. En 1923 aucune épidémie de méningite n'a été déclarée. Cette maladie ne se développant qu'au cours de la saison sèche, explique le caractère sporadique de la maladie dans la province. En 1936,6 cas ont été identifiés dont 2 cas de décès dans le district du Bas-Congo191. En 1937, quelques cas furent signalés sans tendance { l'extension, car la production intensive des vaccins par le Laboratoire de Léopoldville explique la faible mortalité. De même, en 1938, les malades purent être traités par les sulfanilamides192.

Les rapports des médecins du gouvernement mentionnent, en 1943, l'apparition de 74 cas
de méningite et cette augmentation fut attribuée aux effectifs militaires rapatriés de

189 Rapports aux chambres, 1935, p. 34.

190 Rapport sur l'Hygiène publique, 1938, p. 25.

191 Rapport sur l'Hygiène Publique, 1936, p. 21.

192 Rapport sur l'Hygiène Publique, 1938, p. 24.

diverses zones d'engagement. Depuis lors, la méningite ne constituait plus un fléau pour la population.

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