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Politique coloniale de lutte contre le paludisme. Cas de l'ancienne province de Léopoldville (1888-1960)

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par Leslie SABAKINU LUKWIKILU
Université de Kinshasa RDC - Licence en sciences historiques 2011
  

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2. Réglementation et mesures sanitaires

Après la maladie du sommeil, le paludisme fut l'endémie la plus importante au Congo belge. Bien que l'activité déployée dans la recherche scientifique, le traitement, la prophylaxie du paludisme n'ait pas acquis la même intensité déployée pour la maladie du sommeil, cette maladie bénéficia tout de même d'une attention particulière des pouvoirs publics et du corps médical220.

En effet, la lutte contre le paludisme a fait l'objet d'un intérêt général dès la fin du 19e siècle par la protection des résidents étrangers et par la protection des populations indigènes. Bien que cette maladie ne fût rangée qu'au début des années 1930 parmi les maladies transmissibles qui devaient faire l'objet d'une lutte systématique, diverses dispositions ont été prises avant cette époque pour éradiquer cette maladie221.

En fait, la conception coloniale de la lutte contre le paludisme s'appuya premièrement sur la réglementation de l'hygiène publique. Etant donné que l'environnement joue un rôle important dans la propagation des maladies transmissibles tant en raison du climat et de la situation économique des populations, et étant donné que les recherches médicales avaient démontré qu'il y avait un rapport entre le paludisme et

218 Idem, p. 104.

219 De la connaissance à la science, approche structurelle, p. 149.

220 DUREN, A., Art. cit, p.3.

221 WERY, M- JANSSENS, P.G., Art. cit, p. 1250.

l'environnement du milieu, les dispositions légales contribuant { la lutte contre le paludisme furent donc celles ayant pour objet l'hygiène du milieu222, le Service d'Hygiène Publique répondait particulièrement { cette préoccupation223. Celui-ci était chargé non seulement de l'assainissement des cités et agglomérations, mais aussi des mesures de prévention et de lutte contre les différents vecteurs de certaines maladies transmissibles, à savoir les moustiques(paludisme), la mouche tsé-tsé(maladie du sommeil), mouches(cholera, fièvre typhoïde, dysenterie)224.

Dès lors, la situation sanitaire fut assimilée à la première cause de propagation du paludisme. L'hygiène deviendra donc une nécessité pour les autorités belges dans la lutte contre cette maladie. Cependant, quoiqu'il n'existe pas au Congo belge de législation visant exclusivement la lutte contre le paludisme, les principales dispositions intéressant cette lutte sont pourtant réunies en un petit nombre de décrets et ordonnances contenus dans la législation sanitaire225. Comme le disait si bien le docteur Kivits « la législation sanitaire constitue l'armature qui permet { un pays de protéger sa population contre l'introduction et la propagation des maladies transmissibles »226.

Suite aux craintes suscitées par de nombreuses épidémies, l'administration coloniale, essaya, dès 1888, de prendre des mesures sanitaires pour lutter contre les insectes et rongeurs vecteurs de ces maladies. Bien que ces mesures furent généralisées à plusieurs maladies, telles que la fièvre jaune, la fièvre typhoïde, etc., il en reste pas moins, que ces mesures aient été importantes dans la lutte contre le paludisme227.

En mars 1911, une circulaire est émise par l'administration coloniale, qui s'inquiétait des effets du paludisme sur la population tant européenne que congolaise ; ces craintes ont conduit à la création des équipes anti-malariales, sur la constitution et le rôle de ces équipes228. Ces équipes avaient dans leur attribution entre autres la surveillance des

222 VAN RIEL, Hygiène tropicale, Liège, ed. Deoer, 1958, p. 184.

223 ANDRE, J., BURKE, J., Art.cit, p. 123.

224 Idem, p. 124.

225 DUREN, A., Art. cit, p. 76.

226 KIVITS, M., « Hygiène et santé publique » in Livre blanc, Bruxelles, ARSOM, 1962, p. 902.

227 ANDRE, J., BURKE, J., Art. cit, p. 124.

228 Loi sur le gouvernement du Congo belge : loi, décret, ordonnance, p. 921.

collections d'eaux stagnantes et le prélèvement de spécimens de larves dans les zones risquées.

A la base de toute législation sanitaire du Congo belge, se trouve le décret du 19 juillet 1926. Celui-ci prévoit des mesures à prendre pour sauvegarder la santé des populations vivant au Congo belge229. Les recommandations de ce décret ont permis d'échafauder sur des bases légales, les différentes ordonnances qui ont organisé la lutte contre les maladies épidémiques et endémiques230.

Ainsi, l'ordonnance du 10 mai 1929 relative { la création de la Direction technique des travaux d'hygiène mènera ses actions contre le paludisme, plus particulièrement sur la lutte anti-moustique, grâce au comblement des marais et d'une manière générale grâce à toutes les mesures propres à assurer l'assainissement du sol231. Cette ordonnance sera complétée par celle du 4 juin 1929 qui vise la lutte contre les mouches et les moustiques dans les circonscriptions urbaines, et interdit de maintenir dans ces localités des conditions favorables { l'éclosion de ces insectes232. Si ces deux ordonnances portent plus sur les notions d'hygiène publique, elles trouvent tout de même leur importance du fait que la lutte contre les moustiques fut l'un des moyens essentiels si pas le principal, préconisé dans la lutte contre le paludisme. Cette thèse a été confirmée par le Dr Duren « il n'est plus { démontrer que le moyen le plus sûr pour éliminer le paludisme, c'est la destruction des anophèles >>233. Et pour y arriver, toute une série de mesures avait été prise, notamment les travaux d'assainissement, les comblements des marais, le drainage des eaux, tout cela en vue de ne pas favoriser la multiplication des moustiques. Le Dr J. Schwetz l'a lui-même confirmé «pas d'eau stagnante, pas de moustique : voilà la base de la lutte dite mécanique ou anti-larvaire contre le paludisme >>234, quoi de plus normal que la lutte contre les moustiques intervient dans les priorités des différents services d'hygiènes publiques. Toutes ces dispositions vont être renforcées par l'ordonnance du

229 Codes et lois du Congo belge, 1934, p. 1228 ; Bulletin officiel du Congo belge, 1926, p. 732.

230 DUREN, A., Art. cit, p. 76.

231 Bulletin administrative du Congo belge, 1929, p. 185.

232 Ibidem, pp. 230-236.

233 DUREN, A., Art. cit, p. 56.

234 SCHWETZ, J., « Quelques considérations sur l'aspect entomologique de la lutte antimalarienne au Congo belge », in ASBMT, (1928)8, p. 27.

10 octobre 1931 qui va ranger le paludisme parmi les différentes maladies transmissibles, épidémiques et endémiques nécessitant une grande attention235.

En dehors de ces dispositions législatives, d'autres dispositions éparses dans les ordonnances relatives à la réglementation des agglomérations et plus particulièrement des quartiers africains et européens des circonscriptions urbaines vont être prises. Il s'agit notamment des ordonnances du 29 juin 1954 ainsi que celle du 28 juin 1959. Ces dernières reprennent des mesures prises déjà en 1929, mais en y ajoutant quelques améliorations. Elles portent sur le débroussaillement des terrains, l'élimination des eaux stagnantes, la désinsectisation des agglomérations ainsi que leur protection contre les moustiques, non seulement pour des raisons de confort, mais aussi pour réaliser la prophylaxie contre le paludisme236.

En fait, la mise en application de ces différentes mesures a plus concerné la lutte prophylactique du paludisme ; il s'agissait d'exclure tout contact entre les populations et le vecteur de la maladie. L'évincement des moustiques (anophèles) fut donc le point fondamental de cette lutte contre le paludisme.

C'est ainsi que ces différents textes arment suffisamment le Service de l'Hygiène du Congo belge pour appuyer sur des bases légales la lutte contre le paludisme dans les agglomérations et plus particulièrement dans et autour des circonscriptions urbaines237. En dehors de cette législation, une propagande constante est faite pour mettre la population en garde contre le danger du paludisme et les familiariser avec les méthodes de protection individuelle. Ainsi, pour mieux imprégner les populations du danger du paludisme, une inscription géante faite sur le dock flottant au port de Boma, c'est-à-dire à la porte du Congo, leur rappelle que « le plus redoutable ennemi de ce pays est le moustique »238. C'est dans cet angle que la lutte contre le paludisme a été envisagée par le pouvoir colonial.

235 DUREN, A., Art. cit, p. 78.

236 KIVITS, M., Art. cit, p. 912.

237 Ibidem.

238 CORNET, J., Bwana Munganga, in ARSOM, Bruxelles, XLI(1971)1, p. 149.

IV.2.1. Mesures prophylactiques

Ces mesures avaient été prises pour empêcher l'apparition, l'extension ou l'aggravation du paludisme. Etant donné que cette maladie a été l'une des premières causes de mortalité au sein des populations, il avait été pris un certain nombre de mesures appropriées pour lutter contre cette maladie. Comme il n'existait aucun service spécialisé dans la lutte antipaludique, seuls les services d'hygiène avaient la charge de cette lutte. C'est ainsi que l'accent avait surtout été mis sur des mesures prophylactiques. Ces mesures furent très tôt adoptées par le pouvoir colonial dans le cadre de sa lutte contre le paludisme.

Ainsi, la lutte prophylactique contre le paludisme au Congo belge fut donc menée sous deux aspects : le premier consistait { supprimer l'hôte vecteur de la maladie (la lutte antimoustique) ou au moins en empêchant tout contact avec les populations (grâce à l'utilisation des moustiquaires), le deuxième consistait à détruire le germe causal déjà introduit dans l'organisme.

Deux méthodes de lutte antimoustique vont être préconisées. Il s'agit premièrement de la lutte antilarvaire. Cette lutte exigeait au préalable la détermination des types d'anophèles, la localisation exacte de ses gîtes et de ses abris, une fois cet aspect rempli, la lutte antilarvaire visait la destruction de toutes les collections d'eau pouvant abriter des larves de moustiques, le drainage des eaux, le comblement des marais dans des surfaces limitées, le débroussaillement et le désherbage ainsi que le curage des canalisations239. En deuxième lieu, il s'agissait de la lutte contre les moustiques adultes. Cette dernière était menée conjointement avec les mesures classiques d'assainissement en vue de supprimer les gîtes larvaires ou d'entraver le développement des larves dans les gîtes inévitables (grâce { l'épandage de pétrole, de mazout et d'autres produits chimiques)240.

239 DROOGMANS, H., « La lutte antilarvaire dans la lutte contre la malaria », in Revue Congo, I(1927)2, p. 374.

240 WERY, M, JANSSENS, P.G., Art. cit, p. 1243.

Ces mesures qui avaient été préconisées comme des moyens nécessaires et efficaces pour vaincre le paludisme connurent une certaine évolution au fil du temps.

Cette lutte a été dès le début considérée comme la solution aux nombreux problèmes que posait cette maladie. Toutefois, cette lutte connut certaines difficultés suite au manque de financements adéquats, des ingénieurs hygiénistes et surtout cette lutte a souffert d'un manque de personnel entomologiste 241. C'est { ce sujet que le Dr Schwetz s'est lamenté en ces termes : << Au Congo belge, il n'existe pas assez d'études sur les moustiques, cette lacune paralyse l'application des mesures antimoustiques prises dans le cadre de la lutte antimalarienne. L'urgence s'impose donc pour l'envoi au Congo des entomologistes spécialisés dans la lutte antimoustique »242. La situation fut tout de même plus favorable à cause de la petitesse des centres pour lesquels il était question d'effectuer des travaux d'assainissement243. Mais compte tenu du fait que ces centres se développaient rapidement pour devenir de grandes agglomérations, il a fallu améliorer et adapter toutes ces mesures à la situation qui prévalait sur le moment. Des changements ne tardèrent pas à être apportés vers la fin des années 1930.

En effet, c'est { partir de la fin des années 1930 que de grands travaux d'assainissement vont débuter au Congo belge. Il s'agissait des grands travaux de drainage, de comblement des eaux dormantes par assèchement ou l'aménagement d'eaux courantes (endiguement, canalisation, curage). Les marais desséchés seront mis en culture et suivant les cas, les canaux de drainage seront libérés de toute végétation244. Cependant, pour que les mesures antilarvaires soient efficaces, il aurait fallut couvrir la quasi-totalité des gîtes larvaires dans toute la colonie. Or, une telle entreprise pose problème. Si théoriquement, elle pourrait être résolue, pratiquement elle dépasse les forces et moyens ; il a fallu donc envisager cette lutte suivant les possibilités matérielles et l'urgence245. Van den Branden et Van Hoof ont quant à eux confirmé cette thèse << la lutte antimoustique est une question dont le succès dépendra des capitaux engagés et de

241 DROOGMANS, H., Art. cit, p. 640.

242 Ibidem.

243 Rapport aux Chambres, 1926, p. 14.

244 DROOGMANS, H., Art. cit, p. 373.

245 DUREN, A., Art. cit, p. 55.

leur bonne utilisation. Cette situation démontre que la lutte antimoustique n'est pas si simple si l'on veut obtenir des résultats satisfaisants »246.

Bien plus encore, l'assainissement d'une zone contaminée par le paludisme est plus compliqué à exécuter et cette tâche devrait être assurée non pas par les médecins mais par des ingénieurs hygiénistes qui devront travailler de pair avec des médecins, des entomologistes, des géographes, etc.247. Finalement dans le cadre d'une politique de restriction budgétaire, les actions menées vont plus se concentrer sur les grands centres de la colonie, que dans les zones rurales où vivait une forte population congolaise248. C'est ainsi que des grands travaux vont être entrepris dans les centres de Boma, Matadi, Léopoldville, Coquilhatville et Elisabethville249.

Par ailleurs, ces grands travaux ne seront effectués que dans les grands centres où ne vivait que la population européenne et aux quelques cités africaines qui s'y étaient rattachées et seuls ceux-là ont pu bénéficier de ces travaux250. En fin de compte, les mesures prophylactiques prises depuis le début de la colonisation jusqu'{ la fin de la deuxième Guerre Mondiale ont plus bénéficié aux populations vivant dans les zones urbaines que celles des zones rurales. En fait, avant la guerre, la lutte antipaludique au Congo belge était uniquement menée dans les grands centres urbains où des mesures antilarvaires appliquées en permanence étaient complétées par des grands travaux améliorant les conditions locales de salubrité. Le coût de ces grands travaux d'assainissement a justifié le fait qu'il n'a pas été possible d'étendre ces mesures aux immenses étendues rurales que comptait la colonie.

Les autorités coloniales reconnaissaient toutefois que la tâche n'était pas aisée. L'inquiétude sanitaire fut surtout grande en ce qui concerne les agglomérations à forte population, c'est en ce sens que l'ordonnance du 4 juin 1929 fut une des plus importantes dans la lutte contre le paludisme. L'application stricte de cette ordonnance

246 DROOGMANS, Art. cit, p. 376.

247 Idem, p. 375

248 WERY, M., COOSMANS, M., Le paludisme de l'Afrique tropicale, Belgique, ed. Biometrix, 1993, p. 20.

249 DUREN, A., Art. cit, p. 56.

250 Idem, p. 57.

devait réduire considérable le pullulement des moustiques dans les régions tant urbaines que rurales.

C'est ainsi que s'étant rendu compte de la difficulté de réaliser des mesures prophylactiques de grande envergure, les autorités sanitaires vont insister sur la nécessité d'ajouter aux mesures déj{ prises, les moyens de prophylaxie individuelle251. Il s'agissait de mener des actions ciblées pour empêcher tout contact entre les populations du Congo et les vecteurs du paludisme, grâce { la vulgarisation de l'utilisation des moustiquaires de lit, le recouvrement des portes et fenêtres par des treillis antimoustiques252.

La fin de la deuxième Guerre Mondiale va marquer un tournant important dans la lutte contre le paludisme. En effet, cette période sera marquée par l'apparition des insecticides puissants à effet rémanent, qui vont marquer une véritable révolution dans la prophylaxie des maladies parasitaires253. L'avènement des insecticides, tel que le DDT ((dichlorodiphényltrichloroéthan) a permis d'envisager et de mettre en pratique des mesures plus effectives et de grande envergure dans la lutte contre le paludisme. La particularité du DDT est la persistance (rémanence) de son pouvoir toxique : le contact d'une surface qui a été traité au DDT reste mortel pour les insectes pendant plusieurs mois, et c'est cette technique qui a permis { plusieurs pays occidentaux d'éradiquer cette maladie254.

Ainsi, l'usage de ces insecticides a permis de compléter la lutte antimoustique dans toutes les habitations des agglomérations urbaines et même dans certaines régions rurales255. Bien plus encore, l'intensification de désinsectisation, ainsi que les pulvérisations domiciliaires d'insecticide { effet rémanent sont restées à la base de la lutte antipaludique en milieu rural256 ; on constata parmi les populations congolaises des zones rurales qui fréquentaient les dispensaires une certaines diminution du taux du

251 DROOGMANS, Art. Cit, p. 360.

252 DUREN, A., GILLET, H., Art. Cit, p. 71.

253 WERY, M, JANSSENS, P.G., Art. cit, p. 1250.

254 SCHWETZ, J., Art. cit, p. 44.

255 KIVITS, M., Art. cit, p. 914.

256 Rapport aux Chambres, 1954, p. 180.

paludisme et de l'intensité des anémies post-malariennes257. De ce fait, malgré des moyens relativement limités, la lutte antipaludique entra dans une phase active dans presque toutes les régions de la colonie par la mise en train des campagnes de désinsectisation domiciliaire258. Les différents services d'hygiène publique dans les centres importants, la Mission de Désinsectisation du Bas-Congo, la Mission médicale de la Ruzizi et le service d'Hygiène de la côte vont constituer les éléments fondamentaux de cette action antipaludique259.

Par ailleurs, la lutte antipaludique va bénéficier des subventions prévues dans le plan décennal. En effet, l'amélioration de la santé publique fut le premier objectif du plan décennal élaboré en 1949. Cette tâche dépasse toutefois le domaine strictement médical ; elle postule l'amélioration des conditions d'hygiène générale, et notamment de l'alimentation, de l'approvisionnement en eau potable, de l'habitation, de l'habillement, de l'hygiène corporelle260. A cet effet, la lutte contre les maladies épidémiques et endémiques sévissant au Congo sera l'objet d'une campagne intensive. Et au premier plan du programme figure la lutte contre deux maladies ayant attiré l'attention des pouvoirs publics : il s'agit du paludisme et de la maladie du sommeil261.

Ainsi, pour lutter contre le paludisme, ce plan prévoyait l'octroi des crédits importants pour l'exécution des campagnes de prophylaxie de la maladie (il s'agit des campagnes de désanophelisation au DDT et { d'autres produits chimiques), pour l'achat des matériels divers, pour la formation d'un personnel spécialisé dans la lutte antipaludique262. Ces campagnes seront organisées tant dans les milieux ruraux que dans les milieux urbains. Cette lutte prophylactique essentielle dans la lutte contre le paludisme, fera l'objet des campagnes intensives prévues par le plan263.

En résumé, pour combattre le paludisme, le plan prévoyait : l'application de la
chimioprophylaxie individuelle et collective, des campagnes de désinsectisation (c'est-à-

257 Rapport aux Chambres, 1952, p. 170.

258 Rapport aux Chambres, 1956, p. 68.

259 Rapport aux Chambres, 1957, p. 72.

260 Plan décennal, 1949, p. 40.

261 Ibidem.

262 Idem, p. 50. Malheureusement nous n'avons pas pu trouver des références concernant les crédits dégagés spécialement pour le paludisme. Mais nous donnons toutefois, en annexe, le budget prévu par le plan décennal dans le domaine de la santé.

263 Idem, p. 40.

dire la lutte contre les vecteurs), des campagnes d'éducation des populations sur la lutte contre les moustiques, qui doivent apprendre { s'en préserver et aussi { les détruire264.

En 1951, une commission du Conseil Supérieur d'Hygiène Coloniale, présidée par J. Rodhain étudia la question du paludisme dans son ensemble, plus particulièrement des méthodes de lutte contre cette maladie265. Cette commission envisagea successivement l'importance du paludisme dans la mortalité au Congo belge, la prophylaxie chimique contre le paludisme et la lutte contre les vecteurs grâce aux insecticides. De ces travaux se sont dégagées les conclusions suivantes :

- la commission estime que l'éradication totale des vecteurs par l'emploi des insecticides n'est pas possible dans les conditions actuelles du Congo, notamment à cause de l'immensité du territoire qui exige beaucoup de moyens, en matière de finances, en personnel, en produits et matériels adéquats, qu'il n'est pas possible de réunir266.

- Cette même commission estima qu'il était possible de rétrocéder le paludisme de façon très considérable sans obtenir l'éradication complète de la maladie. En ce qui concerne la rétrocession du paludisme et les moyens { mettre en oeuvre pour y arriver, la commission relève que les modalités de la lutte contre le paludisme sont envisageables d'une part sur le plan technique, et d'autre part sur le plan administratif267. Sur le plan technique, il s'agit de la suppression des vecteurs (moustiques) grâce { l'emploi des insecticides { effet rémanent, cette campagne ne pourra se réaliser que dans les grands centres urbains, dans les zones rurales. La commission suggéra de faire le choix de quelques régions pilotes où une campagne massive pourrait être entreprise268. Sur le plan administratif, la commission propose que l'organisation de la lutte contre le paludisme soit pris en charge par des services du gouvernement sous la direction des conseillers techniques fournis par l'OMS, elle préconise l'organisation d'un Service de Paludologie qui devra bénéficier d'un budget

264 Idem, p. 42.

265 RODHAIN, J., << Compte rendu des travaux des commissions chargées d'étudier l'organisation de la lutte contre le paludisme au Congo belge », in IRCB, (1951)22, p. 703.

266 MOUCHET, << Conclusion générale des travaux de la commission pour la coordination des méthodes de lutte contre le paludisme », in IRCB, (1951)22, p. 736.

267 Idem, p. 737.

268 Ibidem.

spécial pour la lutte antipaludique269; le programme d'action antipaludique devra être réalisé dans le cadre de l'activité générale du service médical, mais par des médecins provinciaux, le médecin en chef restant le coordinateur de l'action sur l'ensemble du territoire. Ces spécialistes en lutte antipaludique ne seraient chargés d'aucune autre tâche et le service de paludologie disposerait d'un budget spécial ; enfin cette commission proclama la nécessité de former des médecins hygiénistes spécialisés en matière de lutte antipaludique, et qui ne seraient chargés d'aucune autre tâche que celle de lutter contre le paludisme270.

A la suite de cette commission, la nécessité de coordonner toutes les activités relatives au paludisme et { la lutte antimalarienne fut { l'origine de la création en 1957, d'un organisme central, la S.E.C.L.A (Service d'Etude et de coordination de la lutte antimalarienne)271. Cet organisme qui fonctionna au sein de la Direction générale des services médicaux fut attaché directement { l'inspection des services d'hygiène. Parmi ses attributions, il convient de citer principalement les études effectuées sur le terrain et dans les laboratoires, l'établissement des programmes, le contrôle des moyens employés et l'interprétation des résultats obtenus. Cet organisme disposera d'un laboratoire et d'un insectarium des mieux équipés272.

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