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Epiceries sociales et solidaires : histoire et typologie


par Mathieu Gros
Université Aix-Marseille Economie et Gestion - Master II RH ESS 2014
  

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CONCLUSION

Sur la base des travaux de recherches exposés, il apparaît qu'il existe une typologie des ES sur le territoire des Bouches-du-Rhône et à proximité. Soulignons que des modèles ont tendance à aller vers une finalité marchande au détriment du social.

À l'origine, l'aide alimentaire a toujours constitué une aide sociale envers une population défavorisée, « pauvre ». Après des mutations naturelles et institutionnelles, cette aide empirique a évolué avec le temps et s'est transformée. Elle a permis de nourrir des milliards de personnes à travers le monde et continue en 2014 d'aider plus de 800 000 personnes par an en France. Cependant, on observe que l'aide alimentaire pourrait également devenir un « commerce », un « système d'échange ».

L'étude menée a permis de montrer qu'il existe différents types d'épiceries, définies par leur finalité : conviviale, sociale ou marchande. Elles ont des points de similitude : le projet de l'aide alimentaire et l'accueil du public. Mais elles ont également des points de divergence, sur la manière d'organiser l'accueil du public et leur production. Le « modèle économique », les différencie également.

Nous avons ainsi pu dégager le modèle d'épicerie sociale ou solidaire qui oriente son projet vers une finalité marchande. C'est le cas de l'épicerie de type C. Cette épicerie est motivée par un projet basé sur la vente de produits issus de la production locale intégrant une aide alimentaire. Les conclusions des recherches ont montré que cela ne constitue pas une dérive. Il s'agit d'un modèle innovant s'appuyant sur un circuit alternatif à celui de l'aide alimentaire classique, le « circuit-court ».

Au cours de cette étude, nous nous sommes intéressés dans un premier temps à l'évolution de l'aide alimentaire à travers les siècles et ces variations au cours des périodes historiques. Nous avons réfléchi sur la notion de « pauvreté » de manière à faire ressortir une perception globale du terme et non une vision minimaliste basée uniquement sur l'aspect pécuniaire de la pauvreté.

des réalités sociales et économiques que nous vivons tous au quotidien, cependant un sondage réalisé dans le cadre de mon entourage fait ressortir que :

· 58 % des personnes n'ont jamais entendu parler du PEAD ou PNAA

· 88% approuvent l'utilité d'une aide alimentaire envers les populations les plus démunies.

À l'heure actuelle, il semblerait donc que peu de personnes s'informent spontanément sur l'aide alimentaire et que les initiatives en ce domaine ne prennent leur réalité que si elles sont relayées par les médias. On pourrait citer un évènement très médiatisé qui met en lumière chaque année, un des outils de l'aide alimentaire, celui des « Restos du coeur» par le biais du concert caritatif des « Enfoirés ».

Est-ce vraiment représentatif de tout ce qui est fait sur le terrain? N'y-a-t-il pas là une hiérarchisation des associations caritatives? Voire une marchandisation de l'aide alimentaire à des fins commerciales ? Si on peut difficilement remettre en cause les motivations «militantes» de Coluche, en son temps, qu'en est-il des motivations des artistes sur scène en 2014? II pourrait alors s'agir d'une dérive de l'aide alimentaire.

Le fonctionnement et l'organisation des épiceries a été décortiqué pour permettre une meilleure connaissance et sensibilisation de ces épiceries « pas comme les autres ». Lors de l'enquête exploratoire, j'ai pu me rendre compte que le grand public connaissait mal les épiceries, puisque selon ce sondage :

· 64 % des personnes interrogées ne connaissaient pas du tout les ES

· 24 % d'entre-elles ont eu connaissance des épiceries parla presse,

· 45 % l'entourage étant la première source d'information.

De nos jours, il est nécessaire de se connecter sur Internet ou d'aller sur des forums pour découvrir des initiatives locales oeuvrant également dans ce secteur. La médiatisation de l'aide alimentaire ne devrait pourtant pas se limiter aux « Enfoirés», une fois l'an. Il serait intéressant et d'intérêt général de promouvoir largement des initiatives qui luttent contre le gaspillage alimentaire et qui permettent de nourrir des milliers de personnes gratuitement au quotidien.

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Le mouvement « Disco-soupe », déjà cité, est né en 2012 en France. Ce « mouvement solidaire etfestif» a pour but de sensibiliser la population au gaspillage alimentaire parla mise en place d'un événement éphémère sur des marchés. Les passants sont invités par exemple, à venir préparer une soupe avec les bénévoles, qui sera ensuite distribuée gratuitement. Les denrées proviennent de deux sources : du « glanage », récupération des produits invendus et/ou abîmés d'une exploitation agricole ou issus des grandes surfaces. On peut lire ainsi sur leur page d'accueil : « 180 Disco Soupe ont été organisées entre janvier et juin 2014 dans 86 villes et io pays différents, soit 25 000 kilos de fruits et légumes sauvés de la poubelle et 3o 000 repas servis ! Bilan des 6 premiers mois de l'année ».

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Autre initiative, les GASE , sont actuellement en plein développement en France et notamment en Bretagne où la Région finance les projets depuis 2009. Ces groupements sont basés sur le principe du circuit-court et fonctionnent en autogestion avec des bénévoles et adhérents. L'idée est de donner l'accès à des produits bio, locaux et équitables, aux personnes à revenu modeste.

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En Finlande , autre exemple certes beaucoup plus marginal, dans une banlieue résidentielle d'Helsinki, le partage de la nourriture est organisé entre voisins. Dans un local d'immeuble aménagé en «garde-manger», chacun peut mettre à disposition des produits à DLC ou DLUO arrivant à expiration ou autres et laisser une marque de son passage sur un registre. Une page « Facebook » permet de mettre les stocks à jour. Au-delà de la lutte contre le gaspillage, cela crée du lien social par cet échange profitable et encourage une consommation responsable.

Évolutions et questionnements

Quelles évolutions possibles pour les épiceries sociales et solidaires?

Dans ce travail, nous avons examiné les différents outils de l'aide alimentaire et notamment le PEAD (1985-2013) qui est remplacé depuis début 2014 par le FEAD. Le principe de gratuité des denrées alimentaires distribuées en épiceries sociales et

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Groupe d'Achat Service Epicerie, http://www.aboneobio.com/blog/post/2oî3/11/13/Le-GASE-Groupement-dAchat-Service-Epicerie

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http://www.zominutes.fr/monde/finla ndeho97463-f inlande-contre-gaspillage-immeuble-partage-nourriture

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solidaires est désormais acquis. Il s'agit d'un véritable changement d'orientation de la part des parlementaires européens qui peut être source de questionnement.

Que vont devenir les épiceries sociales et solidaires si elles ne peuvent plus demander une participation financière, si symbolique soit-elle, à ses «clients» ?

Cette question interpelle aujourd'hui les employés des épiceries de type A et B, reposant sur le système basique de l'aide alimentaire. Bien que les réseaux nationaux aient lancé une pétition nationale contre ce nouveau plan pour tenter de conserver leur spécificité, le Parlement européen n'a pas fléchi (amendement de février 2014) et elles doivent désormais s'adapter ou innover pour poursuivre leur act ion.

Cette réflexion peut faire penser que les épiceries de type C sont en partie dans

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l'innovation sociale , parce qu'elles apportent des «réponses nouvelles â des besoins

sociaux nouveaux ou mal satisfaits dans les conditions actuelles du marché et des politiques sociales». Le manque d'implication et de collaboration de leurs clients apporte un bémol à cette notion d'innovation sociale. En effet, dans la notion d'IS, le processus participatif (co-production, co-construct ion,...) est déterminant.

On pourrait préconiser aux ES souhaitant faire évoluer leur projet, de faire évaluer leur niveau d'innovation sociale, parla CRESS PACA par exemple, qui a mis au point une grille

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en collaboration avec le LEST-CNRS .

Cette étude fait émerger une autre préconisation, celle du regroupement. On entend par regroupement, la constitution d'un collectif et non une fusion ou absorption comme on peut le constater parfois. Il est actuellement encouragé par les Banques Alimentaires, chaque épicerie conserve son projet mais partage ses expériences pour aider les autres structures à se développer. Il s'agit également d'un outil où la motivation peut-être politique : agir à plusieurs face aux élus peut s'avérer déterminant dans certaines situations.

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Définition de l'innovation par l'AVISE : http://www.avise.org/decouvrir/innovation-sociale/de-quoi-parle-t

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http://www.cresspaca.org/ess-enjeux-innovat ions.html

On se rend compte qu'il existe de multiples «groupements» d'épiceries sociales et solidaires via Internet tels que le GESRA (Rhône-alpes), GALISOL (Nord) ou encore le GESMIP (Midi-Pyrénées) dont les principaux objectifs sont la solidarité et la mutualisation. On peut se demander pourquoi aucun regroupement n'a encore été initié en PACA.

Les collectivités locales et territoriales sont amenées à réduire leurs budgets et les politiques sociales ne vont pas toujours dans le bon sens. L'existence d'un groupement pourrait jouer le rôle de « lobbyiste » lors de réunions majeures où se prennent les décisions.

Dans la situation actuelle, les réseaux nationaux (BA et ANDES) ne montrent-ils pas leur limite au niveau local ?

Dans l'histoire de l'aide alimentaire, nous avons vu qu'à chaque crise économique correspondant à une période historique, les organisations caritatives ont toujours fait preuve d'innovation pour parer aux contraintes qui se présentaient à elles. On peut penser qu'elles continueront à s'adapter.

En 2014, les chiffres du chômage atteignent des sommets, la pauvreté continue de toucher des classes sociales diverses et variées, l'accès à l'alimentation devient de plus en plus difficile à cause des prix élevés des produits de première nécessité. De plus l'organisation de l'aide alimentaire semble devenir complexe et inadaptée.

Alors, plusieurs questions peuvent se poser :

Les épiceries sociales et solidaires vont-elles rester ancrées dans leur rôle « d'assistance alimentaire » ou au contraire s'ouvrir à un plus large public ?

Le fait qu'il n'y ait plus de personnalité charismatique médiatisée pour porter l'aide alimentaire ne risque-t-il pas de représenter un frein pour son évolution ?

Enfin, faut-il continuer de produire toujours plus ou simplement mieux produire pour mieux consommer?

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