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La production littéraire tchadienne écrite d'expression française : essai d'analyse sociologique.

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par Robert MAMADI
Université de Ngaoundéré - Master ès Letrres 2010
  

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3.3 Le chemin vers la liberté d'écriture

Parler de la littérature tchadienne en terme de liberté, c'est faire référence à la censure qui a sévi sur les oeuvres littéraires en temps de dictature, étudier les effets des grandes et longues guerres fratricides qui ont poussé les intellectuels à l'exil et qui n'ont pas été favorables à la mise en place des instances de production, de diffusion et de consommation de la littérature. Asguet Mah affirme cependant que la liberté était l'objet de recherche des écrivains tchadiens : « Dans un pays où l'individu est traqué, affamé, il est de tout temps en exil, la liberté constitue un outil de démarcation et d'épanouissement» (Asguet, 2007 : 2). Cette quête de liberté et de justice est une piste de recherche dans les textes de fiction d'auteurs tchadiens qui ont produit en dehors du Tchad.

En effet, en ce temps de trouble et d'insécurité, personne ne pouvait penser à l'oeuvre de l'esprit. Seuls ceux qui ont pu sortir hors des frontières nationales ont produit des oeuvres de fiction. Au niveau du pays, beaucoup de personnes ont dû, de temps en temps, quitter la ville pour trouver refuge au village auprès des leurs parents.

La démocratie et la liberté « véhiculées » par le président Idriss Déby ont été favorables à la mise sur pied d'une institution de la littérature dynamique. C'est d'ailleurs

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pour cette raison que nous avons préféré faire une analyse sociologique de la littérature tchadienne, de ses instituions pour voir ce qui existe et ce qui manque pour une littérature nationale digne de ce nom.

L'activité d'édition n'a été entreprise au Tchad que sous Déby. Que ce soit les actions des missionnaires xavériens de Pala, du CEL et du CRP de Sarh, en province ou de l'ADELIT, du CCF, du RLPT, du SBL à N'Djaména, leur début ne remonte pas avant l'ère débyienne. Du coté des écrivains, les plumes sont « déliées ». La seule maison d'édition, Sao a édité, en dix ans, une vingtaine d'oeuvres littéraires dans sa collection « littérature tchadienne ». Ceci est la moitié de ce que les Tchadiens ont produit pendant quarante ans, en Europe, en Afrique et au niveau du pays. Ce progrès n'est pas seulement à mettre à l'actif de cette maison, mais aussi au compte des centaines de jeunes qui ont pris connaissance de la nécessité d'écrire et jouissent actuellement de la totale liberté d'expression pour produire des oeuvres. Cette réalité est valable pour ceux qui se sont tournés vers le centre Al-Mouna, le CEFOD ou à l'extérieur pour écrire des textes comme République à vendre, sans être gêné.

Il faut néanmoins reconnaître que la littérature tchadienne dans ce domaine de la production est sous-développée. Il y a des difficultés au niveau linguistique, poussant les créateurs au doute de franchir les portes des maisons d'édition qualifiées. Ces maisons ont aussi de problème d'expérience et de diffusion au niveau du marché intérieur. Nous réitérons les propos de Chevrier pour dire que :

Si la multiplication au cours de ces dernières années de maisons d'édition

africaines a permis à certains auteurs d'être publiés sur place, les conditions du marché sont telles que le livre demeure encore pour la plupart des Africains un objet de luxe inabordable en raison de son prix élevé. Cette situation s'explique par plusieurs raisons : le manque d'expérience des éditeurs, la médiocrité du circuit de diffusion et surtout l'absence criante d'une réelle politique de la lecture publique, seule susceptible de familiariser l'opinion avec la chose littéraire. (Chevrier, 1981 : 9).

L'économie est une des causes de la sous-production. L'acquisition du moyen financier est incontournable pour l'éveil d'une volonté d'écriture. C'est elle qui conditionne la large distribution du produit. Malgré le nombre restreint de tirage par titre (200 à 500 copies), au début des années 2000 chez Sao, à N'Djaména, le stock reste inépuisable. On est encore loin d'une idée de réédition au niveau local. Le prix et le nombre de pages donnent matière à

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réflexion chez ceux qui n'ont pas l'habitude de lire. Sao est cependant disposé à éditer en arabe et en ngambaye.

Ce chapitre nous a permis d'identifier les différentes étapes de l'histoire politique du Tchad. Les colonisateurs ont trouvé des rois et des conquérants redoutables lors de leur pénétration au Tchad. Ceux-ci les ont combattus pour « stabiliser » le pays. Après les indépendances, il y a eu une période de stabilité au début du règne de Tombalbaye, puis ont survenu des rebellions à répétition.

Les dissensions politiques et les luttes armées qui ont ensanglanté le pays ont poussé les créateurs à partir pour l'Europe, le Canada et l'Afrique de l'Ouest. Volontaires ou contraints, ces jeunes ont erré sur le chemin de l'exil. Témoins des situations sociopolitiques, les écrivains se nourrissent de ces souffrances et puisent leur force dans cette exclusion.

Depuis 1990, la démocratie porte des fruits admirables. Malgré quelques mécontentements et des coups d'État manqués, le Tchad tend vers une stabilité politique. Les romanciers, poètes, nouvellistes, autobiographes, essayistes et critiques ont commenté ces époques, ont utilisé leurs ancrages spatiaux et temporels pour produire leurs textes et critiquer ou moraliser les Tchadiens. Une étude intertextuelle peut révéler des ressemblances et des parodies certaines (au vue de notre lecture).

Le résultat obtenu dans ce chapitre est que le pouvoir politique a été un facteur de violence. Il a freiné l'épanouissement de la littérature par les coups d'État, les guerres civiles et militaires. Ces conflits, non seulement ne permettaient pas aux tchadiens de s'aimer et de s'unir pour le développement socio-économique, mais ils ont rendu inutiles les efforts de ceux qui voulaient s'installer à leur compte dans le domaine littéraire. Car en temps de troubles, l'insécurité, la répression et les moyens financiers ne permettent pas aux écrivains de nourrir, sécuriser les proches parents et progénitures, et d'écrire des livres. Donc, le contexte politique n'a pas été favorable à l'écriture et il n'existait pas des instances de production reconnues avant l'avènement de la démocratie en 1990. Ceci nous conduit à l'étude du contexte socio-économique et culturel de la production littéraire tchadienne écrite d'expression française.

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"I don't believe we shall ever have a good money again before we take the thing out of the hand of governments. We can't take it violently, out of the hands of governments, all we can do is by some sly roundabout way introduce something that they can't stop ..."   Friedrich Hayek (1899-1992) en 1984