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Les changements comportementaux des acteurs de la pêche maritime sénégalaise pour une gestion durable de la filière

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par BA Gorgui Aly
Université de Strasbourg - Diplôme des Hautes Etudes des Pratiques Sociales 2015
  

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PARTIE I : LA PECHE AU SENEGAL

16125

C'est le nombre d'espèces animales et végétales menacées d'extinction selon la liste rouge établie par l'Union internationale de la nature (IUCN).

Espèces animales : 40%

Plantes à fleurs et fougères : 34% Bryophytes : 42%

Lichens : 41%

« La biodiversité ne sera pas sauvée par les seuls spécialistes de l'environnement, il suffit qu'elle devienne la responsabilité de chacun d'entre nous et que nous ayons les moyens et les ressources pour agir ».

A .STEINER, Directeur général de l'IUCN.

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Le Sénégal se trouve dans la partie Nord-ouest de l'Afrique où il marque une pointe avancée du continent dans l'océan atlantique.

Il est limité au Nord et au Nord-est par le fleuve Sénégal qui constitue une frontière naturelle avec la République Islamique de Mauritanie, au Sud-est par la rivière Falémé qui sert de frontière naturelle avec la République du Mali, au Sud, les frontières de la Guinée Bissau et de la République de Guinée. La Gambie est une enclave de 10 000 km2, s'avance à l'intérieur du territoire. La superficie totale du Sénégal est de 196 722 km2.6

Chapitre 1 : Le secteur de la pêche au Sénégal, une activité économique et ancestrale 1- Les méthodes traditionnelles de pêche

Bien avant l'introduction des filets modernes synthétiques et des pirogues motorisées, la pêche artisanale maritime sénégalaise était et demeure encore de nos jours une activité traditionnelle, techniquement insuffisante, un mode de production où les rapports de production s'expriment à travers le langage de la parenté. Dans les unités de pêche, le père travaille avec ses enfants ou neveux auxquels seront destinés l'héritage. Généralement le métier de pêcheur se transmet de père en fils mais avec les crises enregistrées ces dernières années dans le monde rural, plusieurs agriculteurs se sont reconvertis dans la profession7.

L'histoire de la pêche au Sénégal est inséparable de la pêche piroguière qui utilisait la voile ou la pagaie comme force motrice. Afin d'accroître la production de la pêche artisanale qui pourrait fournir à la fois le marché national et les entreprises européennes installées au Sénégal pour le traitement du poisson, les pouvoirs publics ont pris l'option de motoriser les pirogues. Cette motorisation est, en outre, censée conduire naturellement l'adoption ultérieure d'embarcations motorisées (de type européen) et faciliter l'organisation des pêcheurs en

6 Voir carte Sénégal dans les annexes

7 Au Sénégal, le monde rural traverse une crise depuis 1972 avec une période de sécheresse. L'exploitation agricole familiale qui est la forme la plus répandue n'arrive plus à faire vivre les agriculteurs. C'est pourquoi, certains agriculteurs se sont reconvertis dans la profession de pêcheurs, mareyeurs et transformatrices de poisson.

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coopératives contrôlables par l'administration et les services techniques. Autre avantage, l'essor de la pêche artisanale permet de vulgariser la technique motorisée à moindre coût en faisant supporter l'essentiel du financement aux pêcheurs par des prêts remboursables.

Ce programme de motorisation des pirogues a permis à l'Etat du Sénégal et aux pêcheurs, l'acquisition de revenus souvent plus importants que ceux obtenus par la pratique des activités agricoles. En plus, traditionnellement, la pêche utilisait des techniques locales dans le cadre d'une organisation domestique. Elle était destinée essentiellement à l'alimentation familiale et, avec le surplus des mises à terre disponible.

La diffusion de ces produits restait limitée aux zones immédiatement contigües aux lieux de pêche au travers de circuits d'échanges très courts et mal équipés en moyen de transport et de conservation ; par là même, les débouchés de cette production artisanale étaient restreints aux seules perspectives régionales pour la satisfaction d'une clientèle à faible pouvoir d'achat.

Très tôt cependant, même avant l'indépendance du Sénégal survenue le 4 avril 1960, cette activité a connu des débuts de modernisation avec la motorisation des pirogues et, par là, l'amélioration des conditions d'exploitation. « Le discours sur le développement des pêches dans les pays sous-développés sont déterminés par l'assimilation abusive entre richesse nationale et les exportations ; par la croyance à une efficacité supérieure des formes industrielles de pêche ; par sa réduction hâtive de la pêche artisanale à ses seuls effets sociaux »8. En effet, nous remarquons que la plus efficace des deux formes de pêche n'est pas celle qui repose sur une technologie lourde. Sur le plan des investissements les pêcheurs artisans travaillent avec plus de 70% des fonds propres contre 4 à 5% pour la pêche industrielle laquelle bénéficie des avantages substantiels du code des investissements, du crédit maritime, de l'aide des banques et organismes financiers.

On voit ainsi que la pêche artisanale gagne 50 à 70% par franc investi contre 3 à 7% pour la pêche industrielle. L'industrie emploie 2700 travailleurs et l'artisanat 27000. Sur le plan de la

8 Jacques Weber et André Fontana, Aperçu de la situation de la pêche maritime sénégalaise, déc. 82, 34 pages

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protection de la faune marine, l'artisanat prend le pas sur l'industrie. Bref, on peut s'apercevoir que la pêche artisanale est plus adaptée à l'économie sénégalaise mais aussi à la création d'emplois ; ce qui demande une bonne étude pour les nouvelles orientations.

Au Sénégal, la pêche maritime est subdivisée en deux filières qui sont : la filière artisanale et la filière industrielle.

1-1- La filière artisanale

Cette filière est pratiquée par des pêcheurs artisans utilisant le plus souvent des embarcations en bois construites par des charpentiers. Elle est occupée par plusieurs communautés de pêcheurs s'adonnant à plusieurs techniques de pêche dont les principales sont les suivantes :

? La pêche au filet dormant, où le filet est maintenu tendu par le fond grâce à un poids lourd pour la recherche d'espèces démersales9;

? La pêche au filet maillant, basé sur une nappe de filet placée entre deux ralingues, l'une étant plombée, l'autre flottante;

? La ligne simple qui est le type de pêche utilisant des appâts et des hameçons reste la plus pratiquée au Sénégal;

? La ligne glacière qui utilise la même technique que la ligne simple mais regroupe les pirogues de marée avec des lignes, elle nécessite l'utilisation de glace à cause du nombre de jours restés en mer;

? La senne tournante qui nécessite l'utilisation de deux grandes pirogues, l'une porteuse du filet de plusieurs mètres de long contenant l'équipage et l'autre servant à stocker les captures;

9 Espèces démersales vivent au dessus du fond. Elles sont très mobiles mais très dépendantes du fond d'où elles tirent leur nourriture.

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? La senne de plage est aussi un filet généralement placé au large de la plage en cas de période faste (bancs de Guiss10, de Tassergal11 ou de Sardinelles par exemple), pas très loin et ne nécessite pas de pirogue mais beaucoup de bras pour tirer le filet;

? Le casier, destiné à la capture de crustacés ou de mollusques comme les poulpes et les seiches;

? La palangre, ensemble de hameçons d'une centaine grandeur choisie, noués sur des cordes intermédiaires qui sont fixés avec une certaine distance à une seule corde.

1-2- La filière industrielle

L'exercice de la pêche industrielle, dans les eaux maritimes sous juridiction sénégalaise est subordonné à la possession d'une licence de pêche en cours de validité, délivrée par le ministre chargé de la pêche maritime, après avis de la commission consultative d'attribution des licences. Il existe quatre types de licences à l'intérieur desquelles existent des options de pêche : licence de pêche démersales côtières, licence de pêche démersales profondes, licence de pêche pélagique côtière, licence de pêche pélagique hauturière.

On distingue au niveau de cette filière les différents types de pêche suivants :

? La pêche sardinière dakaroise, de type semi-industriel

? La pêche des thoniers (canneurs essentiellement) lorsqu'ils effectuent leur approvisionnement en appât vivant.

En effet, ces deux filières contribuent de façon importante au développement économique et social du Sénégal. Elles jouent un rôle capital dans les domaines vitaux tels que la sécurité alimentaire, la création d'emplois et de richesses. Actuellement elles occupent directement ou indirectement plus de 600 000 emplois dont 400 000 dans la pêche traditionnelle. Avec une

10 Bancs de « Guiss » en français, Bancs de Mulet jaune

11 Bancs de « Tassergal » en français Bancs de poisson bleu

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production qui atteint un chiffre d'affaire estimé à 278 milliards par an, la pêche joue un rôle crucial pour les populations et l'économie nationale12 au Sénégal.

2- Importance culturelle et économique de la pêche pour le Sénégal

Le Sénégal est situé dans l'une des zones les plus poissonneuses de l'Afrique. La pêche y est une activité ancienne et traditionnelle qui a une grande importance sur les plans culturel, social et économique et joue un rôle primordial dans l'alimentation humaine.

2-1- Culturelle

2-1-1- Croyances et mythes liés aux éléments naturels

En empruntant la définition du mot croyance donnée par Nelly Bidot- Bernard Morat, le mot « croyance » est la forme substantivée du verbe croire13. Si l'on se réfère à l'utilisation que l'on fait du mot croire, il est amusant de constater que nous pouvons lui donner trois sens différents, voire contradictoires: croire dans le sens d'avoir confiance, croire dans le sens de tenir pour sûr et croire dans le sens de douter.

A partir de cette définition, je tenterai de comprendre certaines croyances mystiques des pêcheurs dont les départs pour les marées s'accompagnent de nombreux faits anecdotiques liés à une préparation teintée de croyances mystico-religieuses. Et ceci, depuis la nuit des temps. Dans leur immense majorité, les pêcheurs n'échappent pas à cette attitude.

De même avec leurs croyances, les pêcheurs ont convenu ensemble dans certaines zones de pêche, quand la marée est haute, ils ne vont pas pêcher car craignant pour leur sécurité; ils se disent toujours qu'une marée haute est due à la volonté divine ou à des forces surnaturelles.

12 Source: Monographie sur la pêche et la forêt et la Stratégie de la croissance Accélérée, grappe pêche et aquaculture, 2007.

13 Nelly Bidot- Bernard Morat, « Agir ou Subir ? Des clefs pour vivre le changement imposé », 1996, Inter Editions, 184 pages.

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Durant les clairs de lune, les pêcheurs ne vont pas en mer, car durant cette période, ils ne peuvent pas détecter les bancs de poissons.

Un autre pêcheur Y ayant soixante dix années au village pêcheur de Yoff, m'a confirmé les propos du premier interviewé.

Il ajoute que si des accidents en mer se soldent parfois par des pertes en vies humaines, c'est parce que la communauté de pêcheurs ne fait pas régulièrement les offrandes qui les protègent des calamités naturelles.

A Yoff, j'ai rencontré des messieurs dont Monsieur Z, qui a fait pratiquement les mêmes appréciations que celles recueillies à Thiaroye sur les marées hautes, l'agitation de la mer provoquée par les vagues houleuses et les clairs de lune.

Il a abordé le sujet des offrandes qui sera davantage commenté par Monsieur H qui est né en 1950, et qui est sans doute le plus âgé de cette localité. Il m'a fait comprendre que cette localité avait un « rap» qui s'appelle «Mam N'diaré», qui exige aux villageois une cérémonie appelée «Ndeup» (cérémonie rituelle), qui se fait annuellement et qui est gérée par deux familles à tour de rôle.

Cette cérémonie se fait autour d'un grand puits qui se trouve à Thongore (village de pêcheurs à Yoff). Les pêcheurs s'y regroupent, versent du lait et du sang aux « Khamb », endroits où l'on trouve les génies. Ils préparent des bouillies qu'ils partagent avec les habitants, et dont une grande partie est versée dans la mer avec du lait. On notera également que durant cette cérémonie, ils tuent des boeufs. Ils font ces sacrifices pour que les reines de la mer les protègent des mauvais esprits vivants dans la mer.

Cette cérémonie se déroule une seule fois pendant l'année, et ce sont deux familles du village (Soumbari et de Mame Guissance DIOUF) qui s'en occupent, avec l'aide financière et matérielle des pêcheurs. Parmi les interdictions, il y a le vendredi qui est un jour saint, et le lendemain de la «Thamkharite», jours durant lesquels les pêcheurs ne vont pas en mer. A part cette cérémonie collective, il y a également des pêcheurs qui vont chercher des prières et des gris-gris (amulettes) pour se protéger de cette mer qui est si mystérieuse.

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J'ai rencontré un autre pêcheur nommé N, âgé de 40 ans. Je lui ai posé plusieurs questions liées aux relations entre l'homme et la mer. A la question : « existe-t-il des mythes liés à la mer ? », il m'a dit qu'il existe bien des mythes, car ils font des sacrifices. Selon lui, tout le monde doit faire des sacrifices ici.

Selon le pêcheur XY rencontré, «les activités de pêche se caractérisent par la croyance en une force vitale cosmique, Dieu, qui énmane à la fois des esprits de la nature, des ancêtres et des chefs de tribu». En continuant toujours ses propos, il affirme qu'ils doivent toujours respecter les traditions en les consolidant: y renoncer, c'est aller contre l'ordre sacré et social établi par les ancêtres, signifie aussi limiter la force vitale, voire la détruire.

Il m'a expliqué que si la ressource se raréfie, c'est parce que certains d'entre eux ne respectent plus la tradition et croient plutôt à la modernité. Dans certaines localités de pêche, les professionnels ne respectent plus les différentes formes de cultes que sont les prières, les sacrifices et les danses sacrées.

Par conséquent, c'est avec ces croyances que la plupart des pêcheurs résistent aux changements dans les pratiques et méthodes de travail, annoncés plus haut car, ils considérent que ces changements vont à l'encontre de leurs intérets.

2-1-2- Compétences des pêcheurs

Ici, il s'agit de compétences des pêcheurs sénégalais qu'on attribut le nom «de bretons de l'Afrique». Depuis des temps immémoriaux, ils naviguent et repérent des bancs de poisson sans instruments de navigation grâce à leur intelligence et bravoure.

C'est dans cette optique que j'ai rencontré un pêcheur X qui raconte lors de l'entretien :

« Les pêcheurs ne vont pas à la mer quand il y a des vents forts, surtout pendant l'hivernage » et « Parfois, il y a des eaux transparentes et des eaux non transparentes mais, en général les eaux moins transparentes portent plus de poissons que les eaux transparentes ».

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On peut avoir comme explication à ces deux assertions que de décembre à juillet, la pêche est la principale occupation des pêcheurs. Mais, dés les premières pluies de l'hivernage, les gros poissons migrateurs disparaissent et les pirogues sont au repos. En plus, quand les vents forts (alizés) soufflent dans le nord du pays, la navigation devient extrêmement dangereuse. Ces vents sont sources de nombreux accidents en mer.

« Les pêcheurs ne pêchent pas seulement sur leur côte, ils effectuent des déplacements vers d'autres ».

« Pendant la saison sèche, les poissons sont plus nombreux contrairement à la saison des pluies. Il existe des zones dans la mer auxquelles les pêcheurs donnent des noms pour se repérer ».

Pendant cette saison sèche correspondant à la morte-saison agricole, et où la pêche est parfois fructueuse, les pêcheurs se déplacent volontiers d'un point du littoral à l'autre, à la poursuite des bancs les plus poissonneux.

Selon les résultats des entretiens ci-dessus sur les croyances, il est apparu nécessaire de constater que la pêche artisanale maritime sénégalaise reste encore sujette à d'énormes croyances à certains génies capables de répandre diverses espèces de poissons que les piroguiers viennent pêcher sans effort exagéré. Ces croyances aux esprits d'ancêtres tutélaires et bienfaiteurs auxquels l'on peut s'accorder des faveurs sur simple demande collective, sont bien ancrées dans l'esprit des populations qui possédent une longue tradition dans un village de pêcheurs. En effet, les vieux pêcheurs ont une croyance absolue aux génies ainsi qu'à leurs désservants: Féticheurs, Djins et les Voyants qui déploient des forces surnaturelles d'obtention du poisson.

Cette catégorie d'anciens pêcheurs reste encore majoritaire par conséquent, les croyances aux génies demeurent vivaces même si leurs activités sont quantitativement en recrudescence. Ces pratiques mythico-religieuses sont suffisamment enrancinées pour être en mesure de survivre auprès de la population de jeunes pêcheurs surtout que les conditions matérielles actuelles semblent guère favorables à la démystification des pratiques mythico-religieuses.

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En effet, il faut ajouter que la croyance aux esprits en général et à la sorcellerie en particulier hantent les pêcheurs et leurs voisins à tel point qu'il n'est pas encore temps de prétendre les enrayer par quel moyen que ce soit. Ces croyances fonctionnent dans le milieu pêcheur comme des idéologies dans cette société où les lois coutumières coexistent avec les lois de la société moderne.

En plus, selon les réponses des pêcheurs, la raréfaction du poisson peut-être expliquée par le fait que les génies protecteurs sont en colère contre les communautés de pêcheurs qui n'organisent pas régulièrement de cérémonies aux génies de la nature. Selon les pêcheurs, ses génies en colère retirent les poissons pour répandre la famine qui leur obligera peut-être à rendre à nouveau des cultes aux ancêtres.

Dans une autre dimension, la religion joue un rôle dans la régulation de la société sénégalaise qui reste très attachée à celle-ci. Les différentes religions pratiquées au Sénégal sont l'Islam, le Christianisme et l'Athéisme. Le cadre religieux est d'une grande richesse qui correspond à la variété de la population. Les religions au Sénégal participent d'un modèle unique, avec une base commune caractérisée par le culte des ancêtres, la croyance en la réincarnation, un aspect initiatique et, dans la majorité des cas, la matriarcat, le totémisme et l'impartialité de Dieu. Les religions au Sénégal incluent la croyance aux forces, ensemble d'intermédiaires entre Dieu et l'homme, animant l'univers sous la forme de génies, d'esprits souvent nommés «djins» dans l'Islam, ou les ancêtres. Ils incluent aussi le totémisme, expression de la communication homme-animal, et l'ancestrisme, avec les ancêtres intercesseurs auprès de Dieu. Mais avec le fétichisme, la manipulation sacrée peut respecter la magie du verbe par rapport aux forces, mais aussi la superstition et les attitudes magiques.

La société sénégalaise est un mélange de tout, certains ont des croyances mythiques, d'autres ont des rites qui leur sont propres, certains mélangent tout. Il y'a ceux qui ont à la fois des croyances mythico-religieuses et la logique des choses. Il esiste un autre groupe qui ne croit pas aux «djins», aux fétiches et aux voyants, car selon eux tout provient de l'ordre divin et que la religion musulmane leur interdit toutes pratiques féticheuses et rituelles.

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2-2- Economique

Autrefois, l'économie sénégalaise s'est reposée sur l'arachide et les phosphates. Mais suite, à des années successives de sécheresse et la détérioration des termes de l'échange due au choc pétrolier, la pêche occupe désormais la première place dans l'activité socio-économique.

Les résultats généraux de la pêche maritime ont montré, que les captures totales débarquées en 2012, s'élèvent à 447 961 tonnes pour une valeur commerciale estimée à 152 milliards de francs CFA (soit environ 231 722 506 euros)14.

Graphique 1 : Débarquements par type de pêche

Source : DPM

14 Source : DPM, Rapport 2012

Ce graphique montre que les captures de la pêche maritime artisanale sont de loin plus importantes que celles de la pêche industrielle. En 2012, la pêche artisanale représente plus de 91% du volume total débarqué par la pêche maritime sénégalaise. Par rapport en 2011, elle a augmenté de d'environ de 9%. Globalement, les débarquements de la pêche artisanale et industrielle confondues ont augmenté de 6% par rapport à l'année 2011, passant ainsi de 420 879 tonnes à 447 961 tonnes. La région de Thiès réalise à elle seule plus de la moitié des poissons débarqués au Sénégal.

En 2012, on dénombrait au niveau de la filière artisanale 58 116 pêcheurs et 10455 pirogues. Le volume total des captures estimé à 405 974 tonnes contre 372 956 tonnes en 2011, soit 89% de la production totale débarquée au Sénégal en 2012.

En plus de son rôle d'approvisionnement du marché national en produits frais, elle approvisionne aussi en produits frais les ateliers et usines de transformation du Sénégal. Ces produits transformés sont destinés à la consommation locale ou à l'exportation.

En 2011, la pêche industrielle disposait d'une flotte nationale et étrangère composée au total de 129 navires dont les captures s'élèvent à 119 330 tonnes. Parmi ces captures, 60 694 tonnes ont été débarqués au port de Dakar. Elle dispose d'une flotte nationale et d'une flotte industrielle.

La flotte nationale est composée de 98 navires, dont 91 chalutiers, 1 sardinier et 6 thoniers. Ses débarquements sont estimés à 48 456 tonnes. La flotte étrangère est composée de 31 navires, dont 23 chalutiers pélagiques opérant dans le cadre du protocole thonier signé avec les armateurs français et espagnols.

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Source : DPM

La répartition des poissons débarqués par la pêche artisanale par région, montre que de Thiès demeure la plus grande région maritime du Sénégal. Cela s'explique par la présence d'un plus grand nombre de pirogues et de pêcheurs artisans, d'une zone de pêche très étendue, et par la présence de grands centres de pêche comme Mbour, Kayar et Joal.

En 2011, la valeur commerciale au débarquement de la pêche nationale industrielle est de 39,5 milliards de FCFA, dont 36,7 milliards de F CFA pour la pêche chalutière et 2,8 milliards de F CFA pour la pêche thonière15.

Par ailleurs, l'évolution de la production de la pêche industrielle sur la période 2005-2011 connait une tendance à la baisse alors que la valeur des captures est en hausse. Cette hausse s'explique par le fait que ces captures sont exportées sur le marché européen, très rémunérateur.

Dans cette partie, il s'agira de faire l'état de la commercialisation des produits de pêche mais aussi de montrer l'impact socio-économique de la pêche au Sénégal.

15 Source : DPM, Rapport 2012

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2-2-1- La commercialisation des produits de la pêche

La commercialisation des produits halieutiques vise les marchés intérieurs et extérieurs. ? Le marché intérieur

Le poisson est un produit traditionnellement apprécié des populations sénégalaises. La consommation de cette denrée alimentaire qui jadis s'est limitée aux zones côtières se répand progressivement à l'intérieur du pays avec la construction des voies de communication facilitant ainsi la distribution rapide de cette denrée très périssable.

Les produits frais sont commercialisés localement (dans les marchés par les micro-mareyeurs le plus souvent) ou vers l'intérieur du pays par des mareyeurs qui viennent s'approvisionner sur place au niveau des centres de débarquement du poisson (plages).

Ces mareyeurs, pour la plupart, sont issus du milieu rural et ont quitté leur lieu d'origine par suite de la sécheresse, pour venir s'employer sur les plages. Sans accès aux crédits bancaires, ils travaillent le plus souvent avec des matériels d'occasion vétustes. Ces mareyeurs encourent des risques car le matériel de transport dont ils disposent n'est pas idéal à la commercialisation des poissons par manque de système d'isolation adéquat, mais aussi par l'utilisation d'importantes quantités de glace (15 kg de poisson pour 15 kg de glace). Dés fois, la moindre panne entraîne la perte de toute la cargaison.

En 2011, 191 236 tonnes de poissons issus presque des débarquements de la pêche artisanale ont été commercialisés au Sénégal. Depuis quelques années on constate une baisse importante des quantités de poissons vendus sur le marché national, passant de 248 500 tonnes en 1997 à 191 236 tonnes en 201116.

16 Ministère de la pêche et des affaires maritimes, Conseil interministériel sur la pêche, document introductif, 2013, p.40

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Cette baisse est liée à la part croissante des exportations de poissons destinées notamment aux pays de la sous-région. La création de marchés centraux au poisson à Dakar et à Kaolack qui jouent un rôle important dans la collecte et la distribution du poisson a favorisé l'essor du mareyage.

Toutefois dans certaines zones, notamment la partie méridionale du pays, le mareyage reste faiblement développé à cause des problèmes d'enclavement et du manque d'infrastructures (fabrique de glace, chambre de stockage, route et piste de production,...).

L'activité est exercée par deux types d'acteurs : les mareyeurs et les micro-mareyeurs. Elle subit actuellement d'importantes mutations marquées par l'arrivée massive de ressortissants des pays de la sous-région dans cette filière.

? Le marché extérieur17

L'exportation du poisson au Sénégal est une activité pratiquée par des mareyeurs - exportateurs. Ces mareyeurs sont des professionnels qui s'adonnent régulièrement à la commercialisation des produits de la pêche et qui disposent d'installations et de matériels de travail conformes à la réglementation en vigueur.

Depuis de nombreuses années, les produits marins sont commercialisés à l'extérieur du pays par des commerçants qui viennent s'approvisionner sur place, notamment pour l'exportation vers des pays africains et asiatiques. La demande extérieure est croissante et s'oriente vers des produits qui ne sont pas consommés au Sénégal (sali, poissons fumés). Cette tendance d'évolution du marché est très prometteuse car la transformation artisanale n'entre pas en concurrence avec la consommation en frais et constitue un marché

17 Ministère de la pêche et des affaires maritimes, Conseil interministériel sur la pêche, document introductif, 2013, p.40

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spécifique pour la pêche artisanale. Les produits frais sont destinés le plus souvent vers les pays européens contrairement aux poissons transformés artisanalement.

Depuis 2007, l'Afrique est devenue la première destination des exportations des produits halieutiques en termes de volume, supplantant l'Europe. Les exportations des produits halieutiques en 2011 s'élèvent à 110 867 tonnes pour une valeur commerciale estimée à 143,2 milliards de FCFA. L'évolution à moyen et long terme des exportations révèle une tendance baissière en volume et en valeur.

Ainsi en 2011, la part respective de l'Afrique et de l'Union européenne dans les exportations en volume est de 51 % et 32 %. Toutefois, en termes de valeur, la part de l'Union européenne dans les exportations reste prépondérante. La réorientation géographique des exportations s'explique aussi par la raréfaction croissante de groupes d'espèces habituellement exportés vers le marché européen ( mérous, daurades, crevettes, céphalopodes...), ce qui a entraîné un report des exportations vers des espèces jusqu'ici destinées au marché national (sardinelles, chinchards, ceintures,...). L'essentiel des exportations est composé de produits congelés, suivis par les produits frais.

En 2011, les proportions de congelés et de frais représentent respectivement 89 % et 6 %. En outre, les produits halieutiques sont exportés à 80 % en entier, sans aucune transformation.

2-2-2- La transformation des produits halieutiques

La transformation artisanale des produits halieutiques est dominée à 90 % par les femmes sénégalaises qui travaillent dans ce domaine. Ces femmes ou transformatrices, très dynamiques dans cette activité sont regroupées en Groupements d'intérêts économiques. Le Groupements d'intérêts économiques est une association qui se définie comme une personne morale ayant pour but exclusif de mettre en oeuvre pour une durée déterminée, tous les moyens propres à faciliter ou à développer l'activité économique de ses membres, à améliorer ou accroître les résultats de cette activité. En effet, la transformation artisanale absorbe à peu prés les 30 à 40 % des captures et jusqu'à 75 % dans certaines régions et permet de mettre sur les marchés divers produits. Aujourd'hui, on note, même qu'une bonne partie des produits

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transformés artisanalement (fumage, braisage, séchage, salage, tambadiang18) sont exportés en grande quantité vers les pays de la sous-région, notamment le Mali, le Burkina-Faso, le Ghana et le Togo. Cependant, cette activité est en train d'être reprise petit à petit par les étrangers, notamment les ghanéens et les Burkinabés qui se chargent de l'amélioration et de la commercialisation des produits transformés vers leurs pays d'origines dont ils maîtrisent les goûts et les préférences.

La transformation artisanale des produits halieutiques est facilitée par l'existence d'une multitude de sites de débarquements où sont implantées l'essentiel des unités de transformation artisanale. Elle est aussi simplifiée par l'existence de plusieurs espèces utilisées comme matière première.

La transformation artisanale des produits halieutiques contribue à la création d'emplois car elle utilise plus de 700019 transformatrices qui embauchent à peu prés 5 personnes chacune. Elle revêt un caractère culturel car mettant sur le marché des produits qui participent aux habitudes culinaires des sénégalais. Elle permet également aux populations locales qui ne peuvent pas avoir du poisson frais du à leur éloignement des zones côtières, de s'approprier en protéines animales, car ces produits sont plus faciles à conserver. Mais ces dernières années, avec la dégradation des ressources les produits transformés par manque de matières premières, deviennent rares et onéreux.

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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.



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