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Conflits hommes-faune sauvage en Inde du sud: déterminants spatiaux et socioculturels


par Paul Badaire
Le Mans Université - Master Gestion des Territoires et Développement Local 2018
  

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5.1. Opinions des habitants de la zone du PRA

Cette sous-partie s'attache à analyser le ressenti que les habitants de la zone du PRA ont des conflits hommes-animaux et, plus particulièrement des dégradations agricoles.

5.1.1. Les types de conflits hommes-faune sauvage

Les 84 foyers interviewés ont tous exprimé vivre au moins une forme de conflits avec les animaux sauvages.

L'ensemble des foyers subissent des dommages réguliers sur leurs cultures. Les sangliers sont impliqués dans 79 des 84 cas, les sambars dans 69 cas, les éléphants dans 49 cas, les macaques dans 15 cas, les calaos (oiseaux nommés « Hornbill » en anglais) dans 1 cas, les porcs épics dans 2 cas et les écureuils géants dans 2 cas.

Le 2ème type de conflit le plus reporté est le sentiment d'insécurité (76,19%). Ce dernier est causé par 4 animaux : éléphants (pour 59 des 84 foyers), sangliers (6 foyers), tigres (17 foyers) et chiens sauvages (9 foyers).

Seulement 13,10% des foyers ont subi des dommages matériels (13,10%), à cause d'éléphants (7 foyers), sangliers (5 foyers) et porc-épic (1 foyer).

Il y a eu des cas de prédation d'animaux domestiques dans 7,14% des foyers, à cause de tigres (5 foyers) et de python (1 foyer). Ce dernier a mangé 2 chevreaux, alors que les tigres ont tué 3 chiens et 2 chèvres.

3 foyers (3,57% du total) ont reporté des blessures physiques non invalidantes : un par un sanglier et deux par des serpents.

Types de conflits reportés (en % des 84 foyers
interviewés)

100,00% 90,00% 80,00% 70,00% 60,00% 50,00% 40,00% 30,00% 20,00% 10,00% 0,00%

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

76,19%

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

13,10%

3,57%

7,14%

 
 
 
 
 
 
 

Dommages
Matériels

Dommages
Physiques

Prédation
d'animaux
domestiques

Insécurité

100,00%

Dommages agricoles

41

Figure 7:Types de conflits reportés

Il a été également demandé d'exprimer l'espèce animale étant la plus problématique. Les sangliers ont été cités dans 78,57% des foyers, alors que les éléphants et les sambars l'ont été chacun dans 25% des foyers. Seule une personne a énoncé les macaques.

Les opinions sur les raisons principales poussant les animaux à sortir de l'AWS sont principalement partagées entre le manque de nourriture dans l'enceinte de l'AWS et les préférences alimentaires des animaux (41,67% chacun). Le manque d'eau est beaucoup moins considéré (14,29%), conformément aux opinions des gestionnaires de l'AWS. Une personne a répondu que les animaux venaient pour nuire aux humains et une autre a suggéré que c'était par peur des prédateurs dans l'AWS.

Seulement 39,29% des foyers ont demandé à se faire compenser pour les dommages subis, et 72,73% de ces foyers ont obtenu une compensation financière. Chaque foyer a pourtant le droit de se faire compenser financièrement par le gouvernement indien pour les dégâts occasionnés par la faune sauvage une fois par an. Les habitants se plaignent cependant que les autorités de l'AWS ne viennent que tardivement vérifier leurs déclarations, quand les dégâts sont bien moins visibles, ce qui leur permet de d'estimer à la baisse la gravité des dégâts, voire de les nier.

60,71% des personnes interviewées ont exprimé que ces conflits ont un impact important sur leur vie quotidienne, 35,71% un impact faible et 3,57% ne sont pas dérangés par

42

les animaux sauvages. Ces derniers (3 foyers) possèdent tous les 3 une plantation d'hévéas, peu sujette aux dommages de la faune sauvage, dont ils tirent la majorité de leurs revenus.

La source principale de conflits sur ce terrain est les dégradations agricoles, d'autant plus que l'agriculture sert de complément de revenus essentiels pour la majorité des foyers. L'insécurité ressentie est également forte, alors que les dommages matériels et sur l'intégrité physique des habitants sont minoritaires. Ce sentiment d'insécurité est de plus très lié à la venue des éléphants. Le fait que ces derniers ne soient pas ceux causant le plus de dégâts matériels semble indiquer que le problème est plus d'ordre psychologique. Plutôt que les dégâts réels provoqués, la taille et le potentiel de destruction des éléphants provoquent certainement ce sentiment. Le sentiment d'insécurité est de plus causé dans 71% des cas par les herbivores. Ces derniers sortants de l'AWS essentiellement dans le cadre de leurs stratégies de recherche de nourriture (Rajan, Madhusoodhanan, comm. personnelles), le sentiment d'insécurité est donc lié au problème des dégradations agricoles.

5.1.2. Les dégradations agricoles

L'ensemble des foyers interviewés estime subir régulièrement des dégradations de leurs cultures par la faune sauvage. Les espèces animales les plus en cause dans les dégradations agricoles dans la zone du PRA sont les sangliers (Sus Scrofa), les sambars (Rusa Unicolor), les éléphants (Elephas Maximus) et les macaques (Macaca radiata et Macaca Silenus).

Les dégradations agricoles peuvent être séparées en deux catégories : les dommages résultant de la recherche de nourriture sur la plante même (que l'on appellera par la suite les raids agricoles) et les dommages non liés directement à la recherche de nourriture, comme le déracinement d'un arbre par un éléphant (que l'on appellera par la suite les dommages agricoles collatéraux).

Des raids agricoles ont été reportés par 96,43% des foyers : sangliers (75 des 84 foyers), sambars (67 foyers), éléphants (44 foyers), macaques (15 foyers), calao (1 cas), porc-épic (2 foyers) et écureuils géants (2 foyers). Des dommages agricoles collatéraux ont été signalés par 34,52% des foyers : éléphants (10 foyers), sambars (10 foyers), sangliers (9 foyers). À titre d'exemple, les sambar utilisent parfois l'écorce d'un arbre pour soulager une démangeaison, détruisant au passage les poivriers avec ses rameaux.

43

Contrairement à d'autres études dans un contexte environnemental similaire, les animaux causant le plus de dégâts agricoles ne sont donc pas les éléphants, mais plutôt les sangliers et les sambars (Gubbi, 2012; Karanth et al., 2012).

Espèces animales causant des dégradations
agricoles (en % des 84 foyers interviewés)

100,00%

90,00%

94,05%

82,14%

58,33%

17,86%

1,19% 2,38% 2,38%

80,00%

70,00%

60,00%

50,00%

40,00%

30,00%

20,00%

10,00%

0,00%

Figure 8:Espèces animales causant des dégradations agricoles

D'après les habitants, les dégradations agricoles ont lieu principalement la nuit pour les sangliers, éléphants et sambars (100% des foyers), au coucher du soleil pour les éléphants et sangliers (33,33%) et dans la journée pour les éléphants et les singes (25%). De nombreuses personnes ont mentionné une heure précise de la nuit, 22h. Seulement 15,48% des foyers ont exprimé une période de l'année particulièrement corrélée à la venue de la faune sauvage, la période de début des moussons en Juin-Juillet. Le reste estime que les dégradations agricoles ont lieu tout au long de l'année.

63,10% des personnes ont le sentiment que les dégradations agricoles sont en augmentation par rapport aux années précédentes, alors que 17,86% estiment qu'elles sont stables et 19,06% qu'elles sont en diminution.

La fréquence de venue de ces espèces animales sur les parcelles des habitants de la zone du PRA interviewés varie.

Les sangliers viennent tous les jours chez 91,67% des personnes interrogées.

Fréquence de venue des sangliers (en % des 84
foyers interviewés)

100,00%

91,67%

90,00% 80,00% 70,00% 60,00% 50,00% 40,00% 30,00% 20,00% 10,00% 0,00%

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

4,76% 1,19% 1,19% 1,19%

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Tous les jours Plus d'une fois Plus d'une fois Plus d'une fois Jamais

par semaine par mois par an

44

Figure 9: Fréquence de venue des sangliers

Les sambars viennent également très fréquemment : tous les jours dans 89,29% des cas.

Fréquence de venue des sambars (en % des 84
foyers interviewés)

100,00%

89,29%

90,00% 80,00% 70,00% 60,00% 50,00% 40,00% 30,00% 20,00% 10,00% 0,00%

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

5,95% 1,19% 2,38% 1,19%

 
 
 
 
 
 
 

Tous les jours Plus d'une fois Plus d'une fois Plus d'une fois Jamais

par semaine par mois par an

Figure 10: Fréquence de venue des sambars

45

Les éléphants viennent moins régulièrement. Ils ne sont en effet observés que sur un rythme mensuel dans la moitié des foyers.

Fréquence de venue des éléphants (en % des 84
foyers interviewés)

60,00% 50,00% 40,00% 30,00% 20,00% 10,00%

0,00%

 
 
 
 
 
 

51,19%

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

16,67%

 

21,43%

 

7,14%

 
 
 
 
 
 
 

3,57%

Tous les jours

Plus d'une fois Plus d'une fois Plus d'une fois Jamais

par semaine par mois par an

Figure 11: Fréquence de venue des éléphants

Les macaques sont les moins observés. Ils ne viennent plus d'une fois par semaine que dans 21,44% des cas. 21,43% des foyers ne les voient même jamais.

Fréquence de venue des macaques (en % des 84
foyers interviewés)

35,00% 30,00% 25,00% 20,00% 15,00% 10,00% 5,00% 0,00%

 
 
 
 
 

29,76%

 
 
 

27,38%

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

14,29%

 
 
 
 
 
 
 
 

7,14%

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Tous les jours

Plus d'une fois Plus d'une fois Plus d'une fois

par semaine par mois par an

21,43%

Jamais

Figure 12: Fréquence de venue des macaques

Les habitants ne ressentent donc pas les macaques comme posant beaucoup de problèmes, comparativement aux trois autres espèces animales. Leur petite taille fait qu'ils ne sont peut-être pas tout le temps repérés. De même, ils privilégient les fruits et la perte de quelque

46

uns de ces fruits peut ne pas être observée. Ils posent donc peut-être plus de dégâts que reportés, mais ces dégâts ont un impact beaucoup moins important sur la vie quotidienne des habitants.

D'après les habitants de la zone du PRA, l'espèce animale posant le plus de problèmes est donc celle des sangliers, à cause des dégradations agricoles causées. Les sambars et les éléphants sont également sources de destructions de nombreuses cultures. La venue de l'éléphant crée, en outre, un fort sentiment d'insécurité. La régularité de la venue des sangliers et des sambars (quasiment journalière) renforce d'autant plus les problèmes.

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"Il faudrait pour le bonheur des états que les philosophes fussent roi ou que les rois fussent philosophes"   Platon