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Le sacrifice de l'animal dans les sociétés africaines précoloniales: le cas des Mbo à  la lumière ds égyptiens anciens

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par Cédric Stéphane Mbah
Université de Yaoundé 1 - Master 2 en Histoire 2017
  

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B-LES FONCTIONS SOCIO-CULTURELLES DU SACRIFICE RITUEL DES ANIMAUX CHEZ LES EGYPTIENS ANCIENS ET MBO PRECOLONIAUX

Les sacrifices rituels dans la société égyptienne ancienne et Mbo précoloniale révèlent également des aspects importants sur le plan socio-culturel, notamment : la réconciliation, l'entraide, le partage, bref de cohésion entre hommes en société et celui de stratification sociale en la matière.

1- Le sacrifice et la cohésion sociale chez les Egyptiens anciens et les Mbo précoloniaux

Les Égyptiens procédaient aux sacrifices d'animaux lors des cérémonies funéraires et au cours de certaines fêtes, à l'instar de la célébration de la victoire d'Horus contre Sethà Edfou à Abydos399(*). C'est aussi le cas de la fête de Min au Moyen Empire à Memphis où on sacrifiait un taureau blanc au dieu de la cité à savoir Ptah. Ces fêtes étaient marquées par des liesses populaires, car liées à la religion. Le but était que l'animal sethien soit sacrifié afin de célébrer ladite victoire dans une logique de commémoration et de satisfaction communautaire. Dans le même sillage, les occasions rituelles des sacrifices animaliers Chez les Mbo, faisaient également l'objet des retrouvailles, des rencontres entre les membres de la communauté, avec pour conséquence immédiate, le renforcement des relations inter-humaines par le biais de la rencontre.

Toutefois, à l'annonce d'un péril, les populations Mbo se réunissaient autour d'un sacrifice commun afin de le conjurer. C'était le cas d'un rituel de conjuration appelé éyan Adjan pour dissuader les usurpateurs des terres du lieu dit n'leu mbo'o400(*). Dans d'autres cas ; pour y parvenir, chaque village se réunissait en un endroit sacré dit pè'éh ngwe'uehou Ebeumdans le but de laper une potion susceptible de conjurer une épidémie, une attaque pernicieuse, les mauvaises récoltes etc. Se faisant, chaque personne ramenait de chez lui, un morceau de bois, qu'il estimait plus ancien de son entrepôt à bois, afin de braiser la viande de l'animal sacrifier mais aussi et surtout de bruler symboliquement le sort annoncé par les devins. Cette situation créé d'une manière ou une autre, un rapprochement entre les hommes et par ricochet, l'harmonie dans leurs rapports, d'autant plus qu'ils se réunissent pour une cause commune.

Dans la même perspective, le sacrifice du poulet après la naissance d'un bébé dans la société Mbo tient lieu de scellage du pacte de transfèrement avec l'au-delà, comme nous l'avons si bel et bien mentionné plus haut. Notons que chez les Mbo, la part qui revient à l'entité destinataire du sacrifice, est l'entité spirituelle à savoir le sang. Dans le même ordre d'idée, le sacrifice de cet animal en l'honneur de la naissance, contribue tout de même à renforcer les relations entre les hommes dans la société par le truchement du repas fait avec la viande de l'animal sacrifié en l'honneur du nouveau-né.En effet les étrangers ou mieux ceux qui viendront voir le bébé seront invités à partager le repas «du bébé»401(*). Ainsi, nous avons observé que l'alimentation entretient les relations humaines chez les Mbo. Elle permet aux membres de la communauté au de la famille de communier, notamment lors des repas qui se prennent en groupe.C'est le cas du repas fait de la viande du poulet sacrifié lors de la naissance du bébé. De ce fait nous constatons une véritable convivialité autour du sacrifice via le repas qui est fait de la viande de l'animal du sacrifice.

Aussi pendant des rituels sacrificiels lors de la dote juste après la déclaration officiel des fiançailles chez les Mbo, la présence des représentants dechacune des familles des futures époux est obligatoire afin de porter les bénédictions qui devront soutenir les fiancés pendant leur vie de mariés. Dès lors qu'on avait égorgé l'animal ou mieux la chèvre, on faisait cuire sur les braises et d'une manière spéciale de la viande, puis on le distribuait aux convives qui mangeaient cette viande. Cette dernière consommée était synonyme de mariage accepté ce qui tient lieu de pacte unanimement consenti en l'honneur des mariés. Cette même cohésion se faisait ressentir au niveau de l'entraide entre les membres la communauté. D'ailleurs, la structure sociale traditionnelle de l'Afrique, comme nous l'avons dit plus haut, met surtout l'accent sur le sens communautaire. Ainsi, les groupements sociaux sont régis par des règles immuables et sacrées de solidarité collective où l'individu ne se sent jamais comme un élément à part mais comme une partie d'un tout qui est sa seule raison d'être. Pour ce faire, la société africaine traditionnelle, au niveau clanique, tribal et l'ethnique est caractérisée par une organisation sociale qui privilégie, divinise même cette notion de solidarité du groupe402(*).

La religion négro-africaine lie l'homme à la nature mais, surtout les hommes entre eux en société. Cette liaison générale maintient la cohésion de la société dont les institutions sont ainsi justifiées. Le désordre est toujours possible et tous les grands mythes personnifient ce danger : le renard du mythe dogon403(*) ou encore Seth en Egypte ancienne404(*), sont les incarnations du mal qui sont souvent à l'origine des troubles sociaux. La présence de ces acteurs du désordre exprime la nécessité de maintenir permanemment les relations entre tous les éléments de l'univers. C'est par l'accomplissement scrupuleux des sacrifices animaliers, qui sont en quelque sorte les jointures du monde, que les hommes peuvent s'assurer d'une poursuite conforme de leur existence dans la société Egyptienne ancienne et Mbo précoloniale.

Dans un autre cas de figure, les funérailles sont généralement les occasions de sacrifier les animaux en l'honneur des défunts. De ce fait, le sacrificateur reçoit l'aide tout azimut de la communauté. En Egypte antique, le désir d'offrir l'animal en sacrifice au divin faisait également appel à cette entraide. Toutefois, les animaux du sacrifice avant le Nouvel Empire étaient des animaux sauvages comme nous l'apprennentNadine Guilhou et Janice Peyré405(*). Dans ce sillage, pour capturer les animaux de sacrifice, les parties de chasse étaient communautaires ceci par ricochet consolidait les relations entre les Egyptiens. On aperçoit dans ce contexte, une solidarité inconditionnelle et idéale autour du sacrifice animalier, qui se situe, comme un gage du communautarisme et de convivialité séculaire tendant à consolider la cohésion sociale dans la société égypto-Mbo. Ainsi, le sacrifice rassemble dans le partage alimentaire à la fois les puissances surnaturelles et les êtres humains. Il participe sans doute, à la suspension certes provisoire des dissensions inter-humaines. Ainsi, le sacrifice de l'animal dans la société égypto-Mbo, se présente comme un vase dans lequel les différences des hommes s'absorbent, pour garantir la cohésion sociale. Cette cohésion se manifeste par une structure bien élaborée, qui donne à chacun son rôle dans le maintien de l'équilibre sociétal via la hiérarchisation.

2- Le sacrifice : un socle de la stratification sociale dans la société égyptienne et Mbo précoloniale

La stratification sociale se confond à la hiérarchisation.Cette dernière peut être appréhendée comme, un classement des fonctions, des pouvoirs, dans une communauté, selon un rapport de subordination et d'importance, de connaissance respective dans une société donnée. La hiérarchisation est présente dans les sacrifices animaliers dans la société égyptienne et Mbo précoloniale. Celle-ci sous une forme pyramidale, tient au sommet un prêtre, par ailleurs grand initié de l'ordre des sacrificateurs. Ensuite vient les prêtres de degré inferieur notamment, les chefs de familles... ainsi de suite jusqu'à la base où se trouvent les profanes dont l'ascension ne sera possible que par le biais de l'initiation, elle aussi creuset de sacrifices animaliers chez les Mbo. Les sacrifices animaliers chez les Mbo, peuvent permettre de stratifier cette société.Dans les sociétés secrètes, à l'instar de Mouankoum ou Ahon, le passage d'un grade à un autre à l'issue d'une initiation particulière, l'initié sacrifiait un animal, gage du transfert d'un niveau à l'autre. Cela est d'ailleurs une lapalissade, au vue de toutes les considérations qu'on peut avoir des sacrifices animaliers chez les Mbo que, le partage même de la viande de l'animal sacrifié fait encore acte de stratification. C'est ainsi que, s'agissant du sacrifice du poulet, les pattes reviennent au dernier de la chaine d'hiérarchisation et le gésier au doyen d'âge ou le grand initié.

Toutefois, la manipulation des rituels sacrificiels des animaux est une affaire réservée dans la société égyptienne ancienne et Mbo précoloniale. Elle est essentiellement l'apanage des initiés et des chefs des familles ou bien des prêtres chez les Egyptiens anciens. Cette classification est également observable au niveau de l'âge et du sexe du sacrificateur. Le statut du sacrificateur ou prêtre, ainsi que la vision que l'on fait de sa personne varient sensiblement d'une société à une autre. Chez les Mbo, le prêtre jouit d'un crédit « d'homme sage». Pour le lui en témoigner, il reçoit respect et vénération.

La société traditionnelle Mbo est une société segmentaire. Elle est constituée de clans, mieux, des grandes familles. Dans cette société, la vie de l'individu s'inscrit toujours dans une logique communautaire. A côté ou à l'intérieur même de ces clans qui forment dès lors le village, il existe une classe sociale que l'on pourrait qualifier de caste  constituée des initiés qu'on appellera prêtre. Or Chez les Egyptiens anciens les prêtres ne sont pas une secte à part, ils ne sont pas des prédicateurs, ils n'ont pas de «  paroisse » à endoctriner : ils sont comme chez les Mbo, au service des dieux et non des guides spirituels406(*). Dans l'Egypte prédynastique, la fonction de prêtre est initialement celle du chef de clan, tout à la fois magicien et chef de guerre407(*). Plus tard dans l'Egypte unifiée, cette fonction deviendra plutôt un privilège royal408(*). C'est donc par délégation de pharaon, que les prêtres accomplissent leurs offices dans divers endroit du pays.

Nous voulons nous contenter de parler du prêtre tout court. Qu'il soit prêtre-lecteur, prêtre-médecin, prêtre-guérisseur etc, tous sont et demeurent en matière de sacrifice des Prêtres. Dès lors celui-ci devient un personnage qui joue un rôle majeur dans les sociétés africaines.

Toutefois, la désignation de ce personnage aussi important dans la société Mbo pose beaucoup de problèmes. Il faut signaler que dans la société Mbo, tout homme peut, à quelque moment de son existence, être prêtre car une grande partie des rites accomplis partent du niveau familial pour s'élever progressivement à l'ensemble du groupe. Le praticien peut être membre d'une société secrète déjà mentionné (Nkoum, Mouankoum, Ahon409(*)) ou bien, une personne ordinaire disposant des aptitudes nécessaires à la divination mais soumis à une fonction divinatrice par ses ancêtres410(*). On le désignera alors par mo'oh mbo'oh ou bien mo'oh bwangueuh, mo'oh ngan littéralement l'homme de la société secrète, un tradi-praticien investie des pouvoirs qui le lient étroitement aux dieux. Cependant, l'homme qui pratique les sacrifices animaliers, peut à l'occasion exercer des fonctions sacerdotales. De ce fait,doit être appelé prêtre dans la société égyptienne ancienne et Mbo précoloniale, celui qui est habileté à présider une cérémonie, à prier une divinité ou une puissance au nom du groupe, à exécuter les rites d'un culte institué. Il n'est pas facile dans tout les cas de faire un distinguo entre le magicien et le prêtre lecteur ou devin. Celui-ci possède des connaissances religieuses, mais elles vont d'une profonde maîtrise des mythes, à une simple compétence rituelle accompagnée d'une grande familiarité envers les dieux411(*). En revanche, le prêtre détient des forces particulières, notamment la voyance, entendu comme le don de voir rituellement, le passé, le présent et l'avenir. Bref, tout ce qui est habituellement soustrait au regard du commun des mortels.

Chez les Egyptiens anciens et les Mbo précoloniaux, comme partout d'ailleurs en Afrique noire, les tradi-praticiens ou les prêtres sont détenteurs d'un savoir et d'un savoir-faire, de la connaissance technique et scientifique dont-ils se servent pour pratiquer les sacrifices des animaux. Ce savoir-faire leur assure paradoxalement une certaine respectabilité dans les rapports sociaux. Les prêtres interviennent dans toute la vie socio-culturelle. Hérauts, civilisateurs, médiateurs entre les vivants et les morts. Les prêtres jouent, dans le déroulement des sacrifices collectifs et individuels, un rôle déterminant car, selon Mbonji Edjenguelé « Le tradi-praticien détient un savoir avéré et non une science absolue d'efficacité et imparable. Ce savoir faire est la science des lois régissant les divers éléments de la nature, aux fins de rétablissement de l'équilibre vital, individuel ou du groupe412(*) ».

De ce fait, derniers militent fort pour la protection des hommes de par leur vocation de prédire, de prévenir et d'expliquer les événements métaphysiques. Ce sont les tradi-praticiens, les guérisseurs, magiciens bref les prêtres qui apparaissent selon Théophile Obenga comme « les savants traditionnels par excellence, qui ont crée une tradition culturelle et scientifique d'une richesse inouïe en Afrique noire 413(*)». Ceux-ci interviennent dans tous les gestes de la vie, notamment ceux des sacrifices des animaux. C'est par ces entités que la différenciation entre le prêtre et l'homme ordinaire se fait ressentir. D'où le sacré et le profane reconnu par Henri Hubert et Marcel Mauss, dans leur ouvrage414(*). En ce sens, les deux anthropologues interprètent le sacrifice conformément à son étymologie latine : sacrificium « faire sacrer ». C'est la distinction durkheimienne entre le profane et le sacré, qui fonde la religion415(*). Dès lors, le sacrificateur devient l'intermédiaire qui permet de lier, ce qui est normalement séparé par les rituels sacrificiels qu'il sait bien manipuler. Ce savoir faire lui concède par le fait, charisme, respectabilité au vue des situations délicates et critiques dans lesquelles il extirpe les gens dans la société. Des lors, les hommes se sentiront soulagés de certains maux, qui par la circonstance les conduit à l'état de quiétude, de confort, avec l'éloignement du mal à travers le sacrifice des animaux. D'où la fonction thérapeutique du sacrifice de l'animal.

B- LES FONCTIONS THERAPEUTIQUE DU SACRIFCE DE L'ANIMAL CHEZ LES EGYPTIENS ANCIENS ET LES MBO PRECOLONIAUX

La thérapeutique peut se comprendre comme toutes méthodes relatives au traitement et à la guérison des maladies, dans le but certain de soulager le malade de sa souffrance416(*).Pour cela, la thérapeutique va de la prévention à la curation d'une maladie donnée.Dans cette perspective, les sacrifices animaliers se place en amont et aval des prestations thérapeutiques dans la société égypto-Mbo. Cependant, les sacrifices animaliers contribuent en même temps à la protection des hommes(prévention), et à la guérison des pathologies préalablement identifiées par le guérisseur (curation). Toutefois, les sacrifiants trouvent satisfaction dans divers cas de sacrifices animaliers, qui engloutissent aussi leur personne que leur être psychologique, après avoir sacrifié un ou plusieurs animaux à la suite des situations embarrassantes417(*). Ces derniers se retrouvent comblées par l'acte de purification, de blindage après qu'un animal est servi de bouc émissaire à leurs souillures ou de substrat pour racheter leurs vies.

1- L'animal du sacrifice : Un bouc émissaire chez les Egyptiens anciens et les Mbo précoloniaux

René Girard, dans ses ouvrages418(*) reconnaît que les sacrifices sontles moyens de focaliser les pulsions violentes sur un objet ou un animal de substitution notamment, un bouc émissaire. Le but du sacrifice est de détourner cette violence sur un animal bouc émissaire. Cet animal est à la fois maudit, puisque la violence s'abat sur lui, mais il est en même temps sacré, puisqu'il permet le retour à la quiétude humaine, gage d'un équilibre psychologique, et par ricochet, à la paix sociale. Parlant de la paix sociale, Thierno Bah nous donne une vision claire avec sa thèse419(*) sur les mécanismes traditionnels de prévention de la paix. Celui-ci précise que, comme le préconisait Paul Valéry, les mécanismes de préventions de la paix peuvent mettre fin à la guerre mais pas à l'état de guerre. Pour ce fait, Thierno Bah reconnaît que, pour parvenir à une paix véritable, le sacrifice rituel de l'animal se présentait comme une nécessité incommensurable dans les sociétés africaines précoloniales420(*). Cette pratique dans l'Afrique traditionnelle avait pour leitmotiv de conduire à une paix psychologique, une «paix de satisfaction421(*)», qui établit une confiance générale de paix durable, voire perpétuelle entre deux ou plusieurs communautés. A titre d'exemple, l'aire culturelle Djukun qui intègre divers groupes ethniques (Vouté, Mbum, Tikar, Bamoun, etc.) aurait entrepris un pacte sacrificiel pour que la guerre qui opposait ces derniers entre eux soit à jamais oubliée via le sacrifice successif d'un substrat animalier, Vouté, Mbum, Bamoun Bafia, etc. Suite au mélange du sang de ces derniers en offrande aux divinités, les Djukum de commun accord se sont convenus que, le retour à une quelconque guerre sera fatal pour quiconque déclencherait. De ce fait, l'on comprendra que les animaux sacrificiels n'ont été autres choses que des animaux boucs émissaires ou mieux des animaux d'expiations afin de repousser au loin, la guerre et attirer la cohésion, la stabilité dans l'aire culturelle Djukun.

Dans l'univers négro-africain, chacune des maladies est naturellement associée à un type particulier de soins. Ces maladies dont la principale manifestation dans l'univers égyptien ancien et Mbo précolonial se soldent souvent par l'échec thérapeutique, peuvent être traitées avec la puissance de la force supérieure dont la mise en exergue des procédés rituels et sacrificiels. De ce fait, les animaux sont souvent utilisés pour combattre un sort qui freine la guérison d'une maladie ou encore pour conjurer un sort. De ce fait Serge Matou422(*) précise que la poule sera l'animal le plus indiqué pour conjurer un sort qui ne permettrait pas la guérison d'une maladie.

Photo 10: Un patient soumis à la conjuration du sort d'épilepsie via un poulet bouc émissaire

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Source : Cliché Mbah Cédric, Mouamenan, le 9 Mars 2015

Sur cette photo on peut y voir le malade assis sur une chaise en bambou de raphia et nu. Ainsi, le thérapeute et par ailleurs notre informateur nous apprend qu'il se place devant le patient, tout en lui parcourant plusieurs fois le poulet sur le corps en prononçant des paroles jusqu'à la mort subite de l'animal. Il précise que ce gestuel a pour but de chasser le sort qui a été jeté au malade423(*). Ce rituel s'apparente au rite de diagnostic nægPi:li chez les Diide l'Adamaoua au Cameroun424(*).C'est le même procédé qu'utilisaient les anciens Egyptiensdans le traitement par transfert de maladie et par assimilation à travers un animal bouc émissaire. De ce fait, Sauneron précise que : « Le transfert [...] consiste à mettre un animal à proximité de l'homme malade, en prononçant les formules magiques pour que le mal, abusé, se transporte dans l'animal425(*) ».

2- Le sacrifice : un tremplin deprévention chez les Egyptiens anciens et les Mbo précoloniaux

Selon nos informateurs, les rituelssacrificielsdes animaux permettentd'apporter à la famille ou à la communauté une protection contre les mauvais esprits, les mauvais sorts, mieux, les met à l'abri de toute situation susceptible d'ébranler la quiétude des hommes en société. Pour cela, en Egypte antique, on sacrifiait lors de certaines cérémonies comme à Edfou, dans le but prévenir, de garder en équilibre l'ordre cosmique susceptible d'être troublé par les dieux du mal, pourvoyeurs des maladies426(*). Toutefois, la consommation de la viande de l'animal du sacrifice, procure à l'homme, une force magique susceptible d'être le réceptacle d'une force occulte et surnaturelle. Elle met l'Homme à l'abri de toutes attaques mystiques427(*). Les Egyptiens anciens avaient depuis compris que l'ingurgitation de la viande de l'animal de sacrifice était une source indéniable de protection contre les esprits pernicieux428(*). De ce fait, après le rituel de mise à mort de l'animal sethien ou typhon dans la nome d'Edfou, les hommes se livraient à la consommation de la viande de l'animal sacrifié qui selon  P. Germond et J. Livet,« possède une force surnaturelle et une vertu divine que l'homme s'approprie en les consommant après le rituel429(*). ». Cette manière de faire était manifeste dans la société Mbo par le fait que les hommes consommaient les viandes rituellement préparé des animaux sacrifiés pour se prévenir des certaines situations telles les maladies ou des accidents. Charles Gaston Njalla précise que la viande du chien cuit à l'étouffé avec certains ingrédients chiffrés à trente-deux (32)protège contre la fièvre, les poisons, la typhoïde430(*) etc. De ce fait, la viande de l'animal de sacrifice consommée, loin de satisfaire sa fonction première dont l'alimentation, elle va au-delà de cela, pour devenir un repas médical.

Aussi, la protection se faisait également par l'utilisation de certains objets qui se présentent comme les réceptacles des dieux avec pour fonction la protection contre les attaques mystiques ou bien d'autres situations imprévisibles. Ce sont les cauris ou des gris-gris faits à base des parties des animaux préalablement sacrifiés.Nous avons à l'occasion des pendentifs, les colliers faits des os et dents des animaux ou encore des ceintures faites de peaux des animaux. Cependant, les hommes arborent par devers eux, tous ces objets faits à base des parties d'animaux préalablement sacrifiés pour certains,afin d'avoir assurément protection contre les mauvais sorts. Dans le même ordre d'idées, Serges Sauneron nous apprend que la magie égyptienne servait à la protection des humains. A cet aspect défensif ou préventif était inhérenteà l'emploie des talismans, l'usage des amulettes pour protéger le corps de toutes atteinte pernicieuse431(*).Ces amulettes pouvaient provenir des parties des animaux ou conçues en formes miniaturées de l'animal auquel ont lui adjoignait sa puissance. Cependant lorsque l'homme était atteint d'une maladie, le traitement qui lui était administrépouvait faire appel aux animaux ou parties d'animaux pour arriver à la thérapie.

3- Sacrifice animalier : une partie de lathérapie propre à certaines pathologies chez les Egyptiens anciens et les Mbo précoloniaux

Nous précision plus haut que le sacrifice de l'animal pouvait se faire par dévotion. De ce fait l'animal de sacrifice pouvait entièrement ou en partie être donné en offrande aux divinités. Toutefois, dans certains rites thérapeutiques, les sacrifiants présentaient en offrande, une partie de l'animal et utilisait d'autre parties pour la thérapie de certaines maladies. Se faisant, nous avons recensé bien de recettes qui utilisaient les parties des animaux dans le but de guérir des maladies.

Plusieurs substances animales comme nous l'apprennentNadine Guilhouet Janice Peyré432(*) entraient dans le processus deguérison des malades chez les Egyptiens anciens. Ainsi, les prêtresguérisseurs ou les médecins prescrivaient des animaux qu'ils sacrifiaient au préalable avant d'utiliser certaines entités pour la médication du malade. Cependantles substances comme les fientes, les urines, les utérus, les vulves des animaux occupaient des places de choix dans la pharmacopéeégyptienne433(*). Après sacrifice d'un animal pour guérison chez les Mbo, certaines substances étaient utiles pour la médication du malade. C'est par exemple le cas des myomes quinécessitaientles urines d'un quadrupède ou encore le traitement de rate qui faisait appel à la bile d'un bovidé afin de soulager le malade du mal. En Egypte, le papyrus d'Ebers et Hearst434(*) nous donne une pléthore des recettes médicales faites à base des substances d'animaux. Par exemple, d'après le Papyrus médical d'Ebers, les corps des animaux auraient des propriétés magiques,  leurs graisses, poils et excréments entraient dans la composition des remèdes qui avaient des usages multiples comme, combattre les brûlures, les piqures de scorpions, les douleurs articulaires,  l'apparition des premiers cheveux etc. Le papyrus Ebers présente bien de recettes comme : La recette pour empêcher le retournement des cils dans l'oeil, « myrrhe, sang de lézard, sang de chauve-souris; faire l'extraction des cils et après appliquer le remède, l'oeil sera guéri435(*) ».

Bien queles sacrifices animaliers aient un caractèrebeaucoup plus symbolique dans la société égyptienne ancienne et Mbo précoloniale, l'on peut se rendre compte au terme de ce chapitre que le sacrifice des animauxest d'une importance indéniable dans ces sociétés. L'on peut ainsi dire qu'autant chez les Egyptiens anciens, que chez les Mbo précoloniaux, les sacrifices animaliersavaient une fonctionsociale. La portée de ces sacrifices animaliers est manifeste dans presque tous les aspects de la viequotidienne des Hommes,qui, loin d'être exhaustive, vont du profane au sacré,du mystique à l'ésotérisme, du religieux à la médecine etc.

* 399 Anonyme, « les sacrifices des animaux typhons» http://www.legypteantique.com/ consulté le 25 Avril 2015.

* 400 Entretien avec Simon Nnané, 85 ans, Ekanang le 27 décembre 2014.

* 401Entretien avec Leobert Eboulé, 64 ans, Fonctionnaire de Police retraité, traditionnaliste, Chef de quartier 4-Loum, Loum le 27, 28, 29 Décembre 2014.

* 402 L. Heush (de), Le sacrifice, le mariage, la mort et la folie chez les Thonga, Système de pensée en Afrique noire, no 3, 1978, pp 59-85.

* 403 M. Griaule, Masque dogon, Paris, Institut d'Ethnologie XXXIII, 1938, p. 91.

* 404 J. C. Aimé, « Animaux en Egypte antique, Typhonien », www.anhk.over-blog.com, consulté le 26 octobre 2015.

* 405Guilhou et Peyré, La mythologie..., 2006, pp. 282-283.

* 406Sauneron, « Clergé », Dictionnaire..., pp.56-58.

* 407 Anonyme, « serviteurs de Dieu », http://www.egypte-bd.com/0100-menu.htm, consulté le 28 Mars 2015.

* 408 Ibid.

* 409 Parmi les institutions qui contribuent à prévenir les conflits, figurent en bonne place les sociétés secrètes. Leur nature et leur finalité sont reconnues de tous, et le champ ésotérique de leurs activités fait d'eux des organes dominants au sein de la société. Un exemple intéressant est celui du ngondo chez les Douala du Littoral. Au sein de ce peuple, différents lignages jetèrent au début du XIXème siècle, les bases d'une union pour la gestion harmonieuse de leurs affaires communes. Progressivement, le Ngondo prit de l'envergure, s'appropria certaines activités rituelles, avec pour objectif de faire jouer les formes mystiques à des fins judiciaires, disciplinaires et d'arbitrage4. Le Ngondo était à même de dissuader, de prévenir des conflits, d'imposer la paix. Les émissaires qu'il envoyait à cet effet, effrayants dans leur accoutrement, étaient craints et respectés. Au seul cri de Moussango ils rétablissaient la paix. Le sacrifice d'un cabri (mbadi) symbole de paix clôturait la cérémonie. Chez les Bassa du sud du Cameroun, la société secrète njèk constitue le principal facteur de prévention des conflits. C'est une institution qui a son emblème (cactus) et un corps de prêtres.

* 410 Ceux-ci peuvent etre les spécialiste dans les pratique tel le massage, le « kwelnen odu, adjan mo shé la pluie ».

* 411 Mercier, « prêtre » in G. Balandier, J. Maquet et al, Dictionnaire..., p. 347.

* 412 E. Mbonji, Morts et vivants en negro-culture : Culte ou entraide, Yaoundé, PUY, 2006.

* 413 T. Obenga, L'Afrique dans l'antiquité, Égypte pharaonique, Afrique noire, Présence africaine, Paris,1973. p.3.

* 414 H. Hubert et M. Mauss, Essai sur la nature et la fonction du sacrifice, édition de Minuit, Paris, 1989.

* 415 E. Durkheim, Forme élémentaire de la vie religieuse, Alcan, Paris, 1912, p. 19.

* 416Dictionnaire universel, France, Hachette Edicef, 2000, p.1197.

* 417 Entretien, Serge Matou, 65 ans, Tradipraticien, Mouamenan le 7,8, 9, 10 Mars 2015.

* 418 R. Girard, La Violence et le Sacré, Paris, Grasset,1972, p. 248.

Des choses cachées depuis la fondation du monde, Livre de poche, Paris,1983, p. 485.

* 419 BAH, «Guerre, Pouvoir et Société ..., p. 243.

* 420 Ibid. p 245.

* 421 Ibid. p. 249.

* 422 Entretien, Serge Matou, 65 ans, Tradipraticien, Mouamenan le 7,8, 9, 10 Mars 2015.

* 423 Entretien, Serge Matou, 65 ans, Tradipraticien, Mouamenan le 7,8, 9, 10 Mars 2015.

* 424 C.E.A. Naambow, nægPi:li le diagnostic chez les Dii de l'Adamaoua, Master II en Anthropologie, Université de Yaoundé I, 2010. p. 90.

* 425 Sauneron « Magie », Dictionnaire..., pp. 156- 158.

* 426 P. Germond et J. Livet, Le Bestiaire égyptien, Paris, Mazenod, 2001.

* 427 Entretien avec Leobert Eboulé, 64 ans, Fonctionnaire de Police retraité, traditionnaliste, Chef de quartier 4-Loum, Loum le 27, 28, 29 Décembre 2014.

* 428 Germond et Livet, Le Bestiaire égyptien, Mazenod, Paris, 2001, p. 125.

* 429 Ibid. p, 129.

* 430 Entretien avec, Njalla Charles, 82 ans, Planteur, Voyant, Ekanang le 6, 7 Janvier 2015 et le 12, 13 et 21 Février 2016.

* 431 Sauneron « Magie », Dictionnaire.., pp. 156-158

* 432GuilhouetPeyré, La mythologie,... p. 282-283.

* 433 B. Nico, « symbolique des animaux », http://www.egyptos.net/, consulté le 02 mai 2015.

* 434 T. Bardinet, les papyrus médicaux de l'Egypte pharaonique, éd. Fayard collection, penser la médecine, 1995, p, 36.

* 435 Le Papyrus Ebers: «Des recettes médicales et magiques, rédigés dans la Maison de Vie» www.wikipedia.org/wiki/fichier :Ebers7766.jpg. Consulté le 25 octobre 2015.

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