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La strategie du Niger dans la lutte contre la radicalisation et l'extremisme violent: cas de la region de Tillaberi


par Moussa Hassabal kerim ABDEL-HADI
ENA-Niger - Maîtrise  2022
Dans la categorie: Droit et Sciences Politiques > Sciences Politiques
   
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3.1.1 La pauvreté

La pauvreté est le socle de toute violence dans l'espace sahélien et surtout au Niger. Certes, c'est un phénomène, mais, à l'heure de la mondialisation, elle n'a pas cessé d'augmenter. C'est pourquoi James Wilfenson disait à propos de la pauvreté que je cite : « Nous portons, donc, entre nos mains, la bombe de la pauvreté, qui est une bombe prête à exploser dans n'importe quel moment... »16.

La pauvreté, combinée à la criminalité transnationale organisée et à la faiblesse des institutions, crée un sentiment croissant d'insécurité, d'instabilité et de conflits dans la région. La pauvreté est devenue le terreau de toute violence et demeure une préoccupation majeure dans la région de Tillabéry. Cette pauvreté engendre la frustration qui peut facilement être exploitée par les groupes extrémistes violents, notamment lorsque la population est privée d'un accès inéquitable aux services sociaux de base.

Conséquemment à toutes ces caractéristiques, les jeunes se retrouvent pour la plupart dans la précarité et perdent de plus en plus la confiance à la

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société et à l'État qu'ils considèrent comme étant indifférent à leur « sort de misère »17. Ce sentiment est davantage accentué par la désarticulation des cellules familiales victimes de la pauvreté et des mutations exogènes des valeurs socioculturelles qui sont mal appréhendées. Face à cette situation, les jeunes deviennent de plus en plus attentifs aux discours des groupes extrémistes violents. Les jeunes, piégés par des perspectives nébuleuses d'une vie meilleure, socialement plus juste et fautes d'alternatives, se retrouvent acteurs involontaires de la radicalisation et de l'extrémisme violent.

Aussi, la déscolarisation ou le manque de fréquentation des enfants est considéré comme une des problématiques majeures dans certaines localités de la région de Tillabéri a l'exemple de Ouallam, Bankilaré et Ayérou. Ces problèmes ont poussé plusieurs enfants à quitter les villages soit pour rejoindre les groupes extrémistes soit pour migrer vers les grandes villes.

Les niveaux d'éducation restent faibles, en particulier chez les jeunes filles. De plus, l'offre de formation technique et professionnelle formelle s'avère insuffisante pour relever le défi de l'emploi des jeunes. Ce déficit prédispose la plupart des jeunes au désoeuvrement ou à des emplois qui ne leur permettent pas de subvenir dignement à leurs besoins fondamentaux. Cela participe à casser leur estime de soi et à renforcer leur sentiment d'être des victimes d'un système d'exclusion. Ce qui constitue une porte ouverte à toutes les dérives dont les stratégies négatives18.

La pauvreté demeure une préoccupation majeure pour la population et plus précisément les jeunes. Cette pauvreté, exacerbée par le chômage et le sous-emploi, touche de plus en plus les populations, dont les jeunes sont victimes. Les conditions de vie fragile des jeunes et leur désespoir incluent les

17 Ces propos ont été récurrents dans plusieurs entretiens de groupe avec les jeunes lors des concertations régionales par le CNESS

18 Stratégie Nationale de Prévention de la radicalisation et de l'extrémisme Violent-Niger

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dangers de la stigmatisation sociale. Les populations sont soumises à de multiples privations, en particulier les zones rurales, ce qui constitue une base d'adhésion aux groupes terroristes et criminels présents dans certaines régions du Niger et augmente le sentiment d'injustice sociale.

3.1.2 L'injustice sociale

Le sentiment d'injustice est également l'une des causes qui motivent les individus à la radicalisation. Ce sentiment est souvent exploité par des groupes extrémistes pour inciter les populations à la violence. C'est un sentiment largement partagé au sein de la population. La stratégie utilisée consiste à démontrer aux jeunes que ce qu'ils pensent est une réalité et qu'ils peuvent et doivent combattre l'injustice par tous les moyens.

À cet effet, la justice et l'équité constituent le fondement le plus sûr pour construire une nation en magnifiant la nécessité de s'unir d'une part et d'autre part, suscitent des perceptions très mitigées et demeurent, enfin, un problème crucial dans les différentes localités du pays. L'impunité, la violation des droits humains, notamment les droits économiques, sociaux et culturels semblent gagner du terrain au détriment de l'intérêt général.

Ainsi, selon une enquête (juin 2018) menée par le Centre National d'Études Stratégiques et de Sécurité (CNESS), il ressort de cela qu'en milieu rural à Tillabéri, 58 % des jeunes pensent que les riches et les pauvres ne sont pas égaux devant la loi et 56 % pensent la même chose entre les citoyens ordinaires et les hommes politiques. Les raisons restent les mêmes : la corruption et le trafic d'influence19.

Aussi, faut-il le rappeler que lors du forum sur le maintien et le renforcement de la cohésion sociale tenu à Niamey du 24 au 26 novembre

19 Étude approfondie sur les facteurs de la radicalisation en milieu rural, urbain, carcéral et universitaire dans cinq régions du Niger de juin 2018 menée par le Centre National d'Études Stratégiques et de Sécurité-Niger.

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2021, certaines personnes aient relevé l'injustice dans la succession au niveau de la chefferie traditionnelle. Pour les tenants de cette assertion, lorsqu'un chef traditionnel décède, le successeur serait quelqu'un qui utilise les moyens possibles pour accéder au trône. Cette pratique révolte certains prétendants légitimes qui font les recours à la violence pour revendiquer leur place en tant que successeurs de droit. Tous ces phénomènes illustrent et donnent l'impression d'une mauvaise gouvernance.

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