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Les limites du ministère public dans son pouvoir d'arrestation et de détention. La responsabilité civile et pénale du ministère public.


par Preme CIRHUZA MUSHAGALUSA
Université officielle de Bukavu - Graduat en droit 2019
  

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INTRODUCTION

PROBLEMATIQUE

Il n'est point de société sans ordre, il n'est point de société sans justice, encore moins de justice sans juge investi de pouvoir de la rendre. Au 19ème siècle, l'Etat gendarme défendait exclusivement l'ordre public en garantissant la salubrité, la sécurité et la tranquillité publique des personnes et de la collectivité. Aujourd'hui, l'Etat défend également une certaine conception morale et politique de la société1.

On oppose souvent la notion de l'ordre public au respect des libertés individuelles ; c'est la nécessité de protéger la société en générale qui justifie que l'Etat par le biais de ses instruments (police, Ministère Public) dispose du monopole de la violence légitime afin de maintenir l'ordre public en limitant parfois les libertés individuelles. Ainsi, les décisions de police ou du Ministère Public ne sont légales que si elles sont fondées sur la nécessité de maintenir l'ordre public.

Ainsi, pour M.F. Goyet et M. Rolland, le ministère public étant une institution destinée à assurer la défense de l'intérêt général et de l'ordre public en veillant à ce que la loi et le droit soient observés et correctement appliqués, il est chargé d'assurer la défense des intérêts de toute la société et de l'ordre public en veillant à ce que la loi soit appliquée de manière égale envers tous. C'est celui qui a la mission de rechercher les infractions qui troublent effectivement l'ordre public, d'arrêter leurs auteurs et de le traduire devant les cours et tribunaux tout en exerçant l'action publique afin de solliciter l'application des sanctions prévues par la loi. Le Ministère Public désigne à la fois l'institution et les membres qui la composent en l'occurrence les magistrats2.

Cependant, nonobstant le fait que la constitution et les lois de la RDC proclament le caractère exceptionnel des arrestations et détentions préventives au profit de la liberté

1 Cfr. Arrêté du gouverneur de la ville interdisant la vente de l'eau en sachet.

2 M. F. GOYET et M. Rolland, le Ministère Public en Droit Français, Seme. Jur ; 1950 ; cités par M. KISAKA - Kia- Ngoy ; Cours d'Organisation et Compétence Judicaire, Tome II, Année Académique 1985 - 1986, Fac. Droit, 1 er graduat/UNIKIN, p. 128).

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individuelle3, il est fréquemment constaté en pratique que les agents et officiers de police judiciaire ainsi que les officiers du ministère public (magistrats de parquets) recourent fréquemment aux arrestations souvent non justifiées, dans les buts soit de percevoir de l'argent, soit de trafiquer leur influence, soit encore de démontrer leur autorité. Par ailleurs, l'exercice du pouvoir du juge de détention apparait de nos jours comme une simple formalité tendant à régulariser simplement la détention opérée par le ministère public4.

En conséquence, la liberté individuelle en tant que droit fondamental de l'homme, est actuellement très menacée en République démocratique du Congo. En plus, les maisons carcérales sont de plus en plus encombrées par les détentions préventives qui deviennent en quelque sorte, une règle.

Ainsi, il nous est intéressant de poser les questions ci-après :

- Est-ce qu'en procédure pénale de la République démocratique du Congo, existe-t-il au profit des victimes, des recours tendant à faire cesser l'état d'arrestation et de détention arbitraires, et dans l'affirmative, la question d'efficacité de ces recours ?

- Quelle serait une meilleure procédure pour limiter le pouvoir du Ministère public ?

- A quelle sanction l'OMP peut-il s'attendre en cas d'une attestation ou détention irrégulière ? : La responsabilité du ministère public.

HYPOTHESES

L'hypothèse étant une réponse provisoire aux questions soulevées dans la problématique, nous allons répondre aux différentes questions soulevées dans la problématique. D'abord à la première question, contrairement aux textes internationaux relatifs aux droits de l'homme, le droit congolais n'a pas encore organisé des vois de recours tendant à faire cesser les arrestations et de détentions arbitraires, il n'existe semble-t-il que des mécanismes implicites dont l'efficacité

3Art.17, al.1 de la Constitution du 18 février 2006 telle que révisée à ce jour, in JORDC, n° spécial, février 2006. 4L. LUZOLO BAMBI et BAYONA BA MEYA, Manuel de procédure pénale, Kin, PUC, 2011, p. 303.

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serait très moindres, à l'instar de l'intervention de l'autorité du ministère public ainsi que la saisine du juge de détention par l'inculpé pour sa demande de mise en liberté provisoire.

Ensuite, la multitude des dossiers ou le surcharge du ministère public fait que certains individus auteurs présumés des infractions passent plusieurs jours au delà même du délai légal du MAP dans des maisons d'arrêtdes parquets. Ils sont parfois envoyés dans des grandes prisons sans que le magistrat instructeur de l'affaire informe le juge compétent de l'existence même du dossier.

Ainsi, le mandat d'arrêt provisoire est considéré comme une arrestation arbitraire lorsqu'il dépasse le délai légal prévu par la loi. Ceci nous laisse penser que l'institutionnalisation du juge d'instruction et l'application rigoureuse de la loi portant statut de magistrats seraient indispensables pour que le Ministère public ne soit plus dorénavant l'unique organe de poursuite et d'instruction.

Le souci d'apporter un remède aux abus que commettent les officiers du ministère public pendant l'instruction préjuridictionnelle, nous a conduit à penser à la création d'un juge d'instruction. Parmi ces abus, nous pouvons citer notammentle classement sans suite et abusif des dossiers, le non respectdes délais raisonnables des détentions préventives, le danger pour l'Officier du Ministère Public de n'instruire qu'à charge et non à décharge.

INTERET DU SUJET

Il est certainement avéré que plus d'une personne se poseraient la question de savoir à quelle fin, mieux pour quel intérêt avons-nous opté pour le sujet sous examen. En effet, placé au coeur de la poursuite, le justiciable est confrontée à des multiples problèmes liés aux détentions et arrestations dans la phase pré juridictionnelle à tel point qu'il ne sait pas comment detecter si ces dernières sont régulièrement faites et cela depuis les temps les plus mémoriaux. A l'heure actuelle certes, l'importance d'une telle problématique n'est pas à discuter car, dans un pays comme la RDC l'on est confronté au phénomène d'arrestation et de détention illégales à grande échelle, il faudrait avoir en face un système de recours efficace pour faire cesser le plus rapidement que possible des situations pareilles, lesquelles portent gravement atteinte aux libertés individuelles des citoyens et des personnes.

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Notre intérêt dans la rédaction de ce présent travail se situe dans l'examen de possibles voies de recours existant au profit de victimes de ces abus, les sanctions y afférentes au cas où l'organe habileté n'aurait pas respecté la procédure pour arrêter ou détenir une personne ainsi que les moyens pour remédier à cette situation. L'intérêt de ce travail est la fois théorique et pratique.

S'agissant de l'intérêt théorique, ce travail à l'avantage de présenter succinctement les différentes voies de recours en cas d'arrestation et de détentions arbitraires. De là découle également un intérêt pratique.

En effet, l'intérêt pratique réside en ce que toute personne (membre de la société ; décideur, enseignant, praticien du droit, etc..) soucieuse d'une justice bonne et équitable pourra trouver dans cette étude un précieux instrument, mieux un guide à même de lui fournir des éléments appropriés en la matière de détention et arrestation dans la phase pré juridictionnelle. L'intérêt de cette étude ne pourra bien se manifester que si une méthode conséquente est suivie.

METHODES ET TECHNIQUES DE RECHERCHE

A. Méthodes

Le mot "méthode" revêt plusieurs sens et n'a pu concilier les différents auteurs qui s'y sont penchés. Mais dans le cadre de ce travail, nous allons outrepasser cette polémique tout en nous ralliant à Pirette Rongere qui la définit comme étant la procédure particulière appliquée à l'un ou l'autre de stade de la recherche5. C'est dans ce sens que nous avons retenu les méthodes juridiques et descriptives;

1) La méthode juridique : cette dernière nous permettra de faire un examen du fonctionnement de notre ministère public dans le passé et de mettre à nu les défaillances possibles dudit Ministère Public. Elle nous permettra aussi d'analyser et d'interpréter différentes sources de droit ayant traits à notre sujet d'étude.

2) L'approche descriptive: cette méthode interviendra dans notre recherche pour nous faire connaître une situation existante de façon objective et détaillée.

5 P. RONGERE, Méthode des Sciences Sociales, Paris, éd. Dalloz, 1971, p. 18.

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B. Techniques

Par techniques de recherches, il faut entendre "les moyens par lesquels le chercheur passe pour récolter les données indispensables à l'élaboration de son travail scientifique"6. Ainsi, nous avions recouru à la technique d'observation directe et la technique documentaire.

1) La technique d'observation directe : cette dernière nous permettra d'effectuer une descente sur les différents lieux où sont établis les Ministères Publics pour nous rendre compte de la manière dont ils fonctionnent et de nous approcher des inculpés afin de savoir la raison pour laquelle ils ont été arrêtés.

2) La technique documentaire: elles sont désignées ainsi parce qu'elles mettent en présence le chercheur d'une part et de l'autre des documents supposés contenir des informations recherchées. Elle s'appelle aussi techniques non vivantes ou techniques d'observation indirecte7.

ETAT DE LA QUESTION

Prétendre mener cette étude sans avoir à se référer constamment à celles de nos prédécesseurs serait pour nous une façon de flouer la réalité et par conséquent méconnaître les apports non négligeables des autres dans le domaine de l'édification du Droit.

En effet, nous ne sommes pas le premier à traiter la question touchant les arrestations et détentions arbitraires. D'autres chercheurs s'y sont intéréssés avant nous, à l'instar de :

1) CISHESA NZONGA Jossart, Étudiant à l'université officielle de Bukavu, 3ème année de Graduat en Droit public, 2017-2018 consternant «un détenu préventif acquitté, perspective de réparation du préjudice subi : Analyse critique». Ce dernier estime qu'il y a possibilité de relaxer un détenu après qu'il a subi un préjudice et cherche à savoir à qui incombe la responsabilité de réparation.

6 ASSANI MPOYO, Notes de cours d'introduction à la rechercher scientifique, 2ème graduat, Faculté de Droit, UNIKIN, 2006 - 2007.

7 S. SHOMBA KINYAMBA ; Méthodologie de la recherche scientifique, Kinshasa - RDC, éd. MES, p. 46.

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2) Faustin HELIE qui aborde le sujet concernant la détention préventive, estime que cette dernière est une mesure à triple avantages; d'abord il estime qu'elle facilite l'instruction en plaçant le prévenu à la disposition de la justice, en lui interdisant de faire disparaitre les preuves, ensuite, elle assure la sécurité publique en le mettant hors d'état de nuire, enfin, elle garantit l'exécution de la peine qui sera prononcée en l'empêchant de prendre fuite. Cet auteur aborde cette question dans le sens à démontrer les intérêts que cette mesure procure à la société sans tenir compte des préjudices qui en découlent. Sa théorie se limite au fait que la détention préventive aussi inopérante ou illégale qu'elle soit, protège la société et facilite la justice à réprimer les délinquants. En plus, il ne tient pas compte du principe fondamental de la présomption d`innocence. Selon lui, cette mesure empêcherait à l'auteur présumé innocent de prendre fuite. Du coup, on déduit une certaine présomption de culpabilité dans sa pensée8.

3) D'autres auteurs considèrent cette mesure de détention préventive comme une mesure bourrée d`inconvénients néfastes. A l'instar de Bernard BOULOC qui estime que « des personnes en détention, dont le jugement s'est terminé par un acquittement ou condamnation avec sursis, avaient passé parfois des nombreux mois en prison avant la décision définitive qui les remettrait en liberté et que leur réinsertion sociale apparaissait difficile parce qu'entre-temps leur emploi avait été retiré, et leur ménage se trouvait ébranlé »9.

Quant à nous, la spécificité de notre recherche et sa particularité par rapport aux travaux antérieurs d'autres chercheurs, s'inscrit dans le souci de savoir s'il existe des garanties au profit des victimes des arrestations et/ou détentions arbitraires leur permettant de faire face à ces abus.

DELIMITATION DU SUJET

Ce travail est circonscrit par rapport à l'espace et à la matière. Dans l'espace, elle est limitée sur le territoire de la République Démocratique du Congo. Quant à la matière, elle concerne le droit positif congolais et plus particulièrement sur la procédure pénale ordinaire.

8F. HELIE, Traité de l'instruction criminel, Tome IV, 2ème éd., 1948, p. 606. 9 B. BOULOC, Procédure pénale, 22ème éd., Paris, Dalloz, 2010, p. 680.

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SOMMAIRE

Ce présent travail sera subdivisé en deux chapitres et chaque chapitre à son tour complètera des sections.

Le premier chapitre : Le droit de recours contre les arrestations et détentions arbitraires.

Le second chapitre : Les perspectives pour mettre fin aux phénomènes des arrestations arbitraires et de détentions illégales : l'institutionnalisation du juge d'instruction et l'examen de responsabilité disciplinaire du magistrat du parquet.

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"Le don sans la technique n'est qu'une maladie"