4.2.3.2.-Adoption des mesures
alternatives à l'incarcération
La prison ne doit pas être la seule option dont dispose
les magistrats pour punir les délinquants ni les magistrats instructeurs
pour avoir un inculpé à leur dispositions. Dans cette
perspective, nous proposons à l'Etat les mesures suivantes :
ï réviser la législation en matière
de détention et prévoir des alternatives à
l'emprisonnement tels que les travaux d'intérêt
général, l'emprisonnement avec sursis, la caution, la
liberté conditionnelle, le placement sous la protection de l'Etat pour
contourner le problème de la surpopulation carcérale ;
ï régulariser les visites des magistrats sur les
lieux de détention ;
ï respecter les délais de détention
préventive, surtout en matière des délits et des
contraventions ;
ï dédommager les détenues ayant
passé plus de trois (3) mois en prison si elles sont jugées
innocentes par un tribunal impartial ;
ï porter les Cours d'appel et la Cour Cassation à
faire diligence dans le traitement des dossiers soumis à leur
appréciation ;
ï juger dans un délai raisonnable toutes les
personnes en détention préventive ;
ï mettre en place une structure de suivi
post-pénitentiaire ;
ï porter les assistants légaux à faire leur
travail.
4.2.3.3.-Mise en oeuvre des
programmes contre la récidive
Dans ces conditions, une grande majorité de
détenus retournent en prison après avoir été
condamnés une première fois. Bien que l'administration
pénitentiaire ne fût pas en mesure de nous communiquer le chiffre
exact sur la récidive à l'intérieur de la Prison civile
des Cayes, nous pensons que ce phénomène prend beaucoup
d'ampleur. Cela est notamment dû aux mauvaises répartitions des
détenus, à l'apprentissage de la délinquance en milieu
carcéral et à l'influence même de la prison
comme « milieu criminogène ».Nous proposons de
ce fait à l'Etat :
ï organiser les liens des prisonniers avec
l'extérieur, tout au long de leur incarcération ;
ï élaborer des programmes sociaux dans les centres
de détention pour l'amélioration des conditions de vie ;
ï mettre en place un centre de semi-liberté ;
ï prendre en charge tout enfant mineur dont la
mère est écrouée, dans le but de réduire le
vagabondage, source principale de criminalité ;
ï veiller à ce que les personnes
âgées de plus de soixante (60) ans soient enlevées des
prisons et placées ailleurs ;
ï porter les assistants sociaux à faire leur
travail.
Si l'Etat haïtien parvenait un jour à appliquer
ces principes universels, il rendrait à la liberté individuelle
sa primauté sur la détention provisoire, ce qui conduit
inexorablement à réduire dans sa plus simple expression le
phénomène de la surpopulation carcérale. Cela pourrait se
faire de deux façons : il faut d'abord limiter l'usage de la
prison. De ce fait, un individu ne serait enfermé que si c'est
absolument indispensable pour la sécurité publique. Il faut
ensuite limiter la fonction afflictive de la prison de sorte qu'elle ne
soit plus un enfer, mais un lieu de profondes réflexions,
d'éducation, d'accompagnement et de réorientation. De telles
mesures ne sont pas de la complaisance vis-à-vis des inculpés ni
un encouragement aux mal intentionnés de la société. Elles
relèvent plutôt de la responsabilité de l'homme
vis-à-vis de ses semblables, de la manifestation d'un profond respect de
la dignité de la personne humaine, du souci constant pour le
bien-être de tous. L'équilibre d'une société, la
correction ou l'épuration des moeurs découlent du prestige et du
sérieux des institutions à appliquer les principes de base de la
justice et ceux de la solidarité humaine. Ainsi la grandeur de l'Etat
haïtien pourrait effectivement commencer par la façon dont il
traite ses détenus.
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