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Education et travail des enfants en Cote d'Ivoire

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par Pokou Edouard ABOU
Université d'Abidjan-Cocody - DEA-PTCI ( Diplome d'Etude Aprofondie en Economie) 2006
  

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LISTE DES ABREVIATIONS

BIT  Bureau International du Travail

CACE Centre d'Action Communautaire pour l'Enfance

CEPRASS  Centre d'Etudes Prospectives et Appliquée sur les Politiques Sociales et les systèmes de Sécurité Sociale

CLASSE Child Labour Alternatives through Sustainable System in Education

DIPES  Direction de l'Informatique, de la Planification et de l'Evaluation Statistique

EPT  Education Primaire pour Tous

FNUAP Fond des Nations Unies pour la Population

TGZ (GTZ)  Technische Zusammenarbeit GmbH

INS  Institut National de la Statistique

IPEC Programme International pour l'Eradication du Travail des Enfants

OCDE Organisation de Coopération et de Développement Economique

ODM Objectif de Développement pour le Millénaire

OIT Organisation Internationale du Travail

ONG Organisation Non Gouvernementale

PNDEF Programme National pour le Développement du secteur Education/Formation

PNUD Programme des Nations Unies pour le Développement

PTCI Programme de Troisième Cycle Interuniversitaire en Economie

RIOF  Réseau Ivoirien des Organisations Féminines

ROCARE  Réseau Ouest et centre Africain de Recherche en

Education

UNESCO Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture

UNICEF Fond des Nations Unies pour l'Enfance

RESUME

Ce mémoire de DEA-PTCI s'attache à l'étude de la relation entre éducation et travail des enfants en Côte d'Ivoire. Dans une première partie, la relation éducation-travail des enfants est appréhendée. Dans cette partie, les données de l'enquête niveau de vie des ménages de 2002 réalisées par l'INS sont utilisées pour confronter la théorie aux faits. Lors de l'analyse statistique et économétrique, une attention particulière est accordée au niveau d'éducation des parents et des enfants. Les résultats obtenus montrent qu'un niveau élevé d'éducation des parents réduit la probabilité pour qu'un enfant travaille. En particulier, il ressort que le niveau d'éducation des mères favorise plus la scolarisation des enfants. De même, les résultats montrent que les enfants qui travaillent sont sans niveau d'instruction.

La seconde partie est consacrée aux politiques éducatives comme solution au travail des enfants. Il est montré que ces politiques sont susceptibles de lutter efficacement contre le travail des enfants en Côte d'Ivoire.

INTRODUCTION GENERALE

Le travail des enfants 1(*)est un phénomène mondial auquel aucun pays ni aucune région n'échappe. Les crises de toutes sortes, catastrophes naturelles, conflits armés, pandémie du VIH sida ont notamment pour effet de pousser un nombre croissant de jeunes vers des formes de travail débilitantes. Selon les estimations du Bureau International du Travail (BIT, 2002), dans le groupe des enfants âgés de 5-17 ans, 352 millions sont au travail dans le monde, soit 23% de ce groupe d'âge. La situation devient encore plus préoccupante dans la mesure où 171 millions de ces enfants sont encore assujettis aux pires formes de travail2(*).

En Afrique de façon générale, le travail des enfants s'inscrit dans un contexte culturel de pérennisation des valeurs et fait partie intégrante du processus de socialisation et d'éducation de l'enfant. Cependant, depuis quelques années, avec l'accentuation de la crise économique, le travail des enfants a fait irruption hors de ce cadre de socialisation pour être happé par l'économie monétaire et ses formes les plus néfastes aboutissant même à l'exploitation de l'enfant. C'est à cette dérive que se réfère l'ouvrage édité par Schlemmer (1996), dont le titre et le sous titre montrent bien l'angle d'attaque : «l'enfant exploité. Oppression, mise au travail et prolétarisation«. C'est dans ce contexte que certains experts estiment que le travail des enfants est très sérieux en Afrique que nulle par ailleurs au monde. L'Organisation Internationale du Travail (OIT) indique d'ailleurs que plus de 40% des enfants Africains travaillent. Il va s'en dire que le faite qu'ils offrent leur force de travail va considérablement réduire le taux de scolarisation ce qui ne permettrait pas d'atteindre l'objectif Education Primaire pour Tous (EPT) défini dans le cadre des Objectifs de Développement pour le Millénaire (ODM) prévu pour 2015.

En Afrique Subsaharienne, le taux d'activité infantile est estimé à 31,9% (BIT, 2002). Contrairement aux autres régions du monde, cette partie de l'Afrique est la plus touchée par ce phénomène. Par exemple, ce taux est évalué à 20,2% en Amérique Latine et aux Caraïbes, à 18,7% au Moyen Orient et en Afrique du Nord, à 25,7% en Asie et au Pacifique et à 9,4% dans les pays industrialisés (BIT, 2002). Cette prépondérance du travail des enfants a un effet négatif sur la scolarisation car, bien qu'il ait eu des progrès, le taux de scolarisation est de 63%. (Institut de Statistique de l'UNESCO, 2002). En plus, selon le rapport de suivi mondial 2005 de la Banque Mondiale et du Fond Monétaire International (FMI), l'Afrique Subsaharienne n'atteindra pas l'Education Primaire pour Tous avant 2061 si la situation actuelle se maintient3(*). Dans cette hypothèse, la base du capital humain déjà faible compromettrait les perspectives de croissance et donc retarderait le développement de l'Afrique Subsaharienne.

En Côte d'Ivoire en particulier, le travail des enfants existe et prend de l'ampleur. Des enfants sont impliqués dans des activités agricoles, commerciales et industrielles. En 2002, l'enquête niveau de vie des ménages effectuée par l'INS a permis de recenser 20,32% d'enfants travailleurs âgés de 6-14 ans. Que recouvre alors la notion de « travail des enfants ? »

Selon le BIT, le travail des enfants fait référence à tout travail qui nuit aux enfants sur le plan mental, physique ou moral qui peut avoir un effet négatif sur leur développement mental, physique et social et affecte leur scolarité en les privant de l'opportunité d'aller à l'école ou en les obligeant à quitter l'école prématurément. L'UNICEF retient une définition plus large du concept en considérant qu'un enfant travaille lorsqu'il exécute une tâche rémunérée ou non pour une personne autre qu'un membre du ménage ou lorsqu'il consacre plus de quatre heures par jour aux travaux ménagers et/ou autres tâches au sein du ménage. Dans la présente recherche, le travail des enfants fait référence aux activités économiques exercées par les enfants de 6-14 ans en 2002 pour au moins une heure au cours des 7 derniers jours. De ce fait, la participation des enfants au marché du travail est appréhendée par rapport au concept de « enfant actif » en 2002. Ainsi, la population des « enfants au travail », prise en considération dans cette recherche, concerne les individus ayant répondu oui à la question « Avez-vous travaillé pour au moins une heure au cours des 7 derniers jours ? » voir annexe (tableau 4 A1). Sur la base de cette question, 2.337 enfants ont répondu oui sur un échantillon de 11.503 enfants soit 20,32% d'enfants travailleurs. Ces informations, obtenues grâce à l'enquête niveau de vie des ménages de 2002 (ENV 2002) portent sur un échantillon de 14.237 enfants âgés de 6-14 ans issus de 540 grappes. Mais compte tenu des restrictions 4(*)concernant notre recherche, un échantillon de 11.503 enfants de 6-14 ans sont concernés.

La théorie économique s'est appropriée la question du travail des enfants et a proposé de multiples approches analytiques. Deux grandes tendances se dégagent : l'une porte sur l'aspect pauvreté et considère le travail des enfants comme un moyen d'amélioration du bien-être familial. L'autre étudie l'arbitrage entre éducation et travail des enfants. Cette dernière approche étudie le travail des enfants sur leur futur bien-être. Des études sur la question existent mais rares sont celles qui traitent de la faiblesse du niveau d'instruction des enfants et de leurs parents géniteurs comme facteur explicatif du travail des enfants.

La question centrale au coeur de cette recherche est de savoir si le faible niveau d'instruction des enfants favorise leur emploi précoce.

Dans cette analyse, L'objectif général est d'apporter un éclairage sur le lien pouvant exister entre éducation et travail des enfants dans le cas de la Côte d'Ivoire. De façon spécifique, cette étude se propose de :

1 : Montrer l'importance du niveau d'éducation des parents géniteurs (père et mère) des enfants travailleurs dans la prise de décision de mettre les enfants au travail ou de les scolariser.

2 : Montrer qu'il existe des politiques d'éducation destiner à lutter contre le travail des enfants.

Pour atteindre ces objectifs, on fait l'hypothèse :

1. Qu'un faible niveau d'instruction des parents favorise le travail des enfants.

2. Que l'analphabétisme des enfants est à la base de leur mise au travail.

Cette recherche est structurée de la façon suivante :

Une première partie permettra de montrer l'approche théorique et empirique de la relation entre éducation et travail des enfants. Dans cette partie, il s'agit de présenter dans le chapitre I l'approche théorique et institutionnelle de la relation entre éducation et travail des enfants. Le chapitre II permettra de mettre en évidence la relation qui existe entre éducation et travail des enfants à travers une approche empirique.

La seconde partie sera consacrée aux politiques éducatives comme solution au travail des enfants. Cette partie permettra de mieux cerner les politiques éducatives en Côte d'Ivoire dans le chapitre III. Le chapitre IV mettra l'accent sur les programmes ciblés sur le travail des enfants en Côte d'Ivoire.

PREMIERE PARTIE : APPREHENSION DE LA RELATION EDUCATION-TRAVAIL DES ENFANTS

L'éducation a toujours été une priorité pour la plupart des Etats. La Côte d'Ivoire, par exemple, engage de gros moyens en vue d'en assurer l'accès à un plus grand nombre de personnes.

En effet, le montant global du budget affecté au système éducatif représentait environ 24% du budget total. Mais, cette part tend à baisser, passant de 24,4% en 1999 à 21,7% en 20005(*). Cela est du notamment aux graves contraintes économiques et financières. Toute chose qui pousse certains enfants sur le marché du travail.

Dans cette partie, il s'agit de montrer l'approche théorique et institutionnelle de la relation entre éducation et travail des enfants (chapitre I). Ce chapitre permettra de mieux cerner la prise en compte de l'arbitrage travail-éducation dans la théorie économique.

Le chapitre II mettra l'accent sur l'approche empirique de la relation entre éducation et travail des enfants. Ce chapitre permettra de montrer la relation qui existe entre éducation et travail des enfants.

CHAPITRE I : APPROCHE THEORIQUE ET INSTITUTIONNELLE DE LA RELATION ENTRE EDUCATION ET TRAVAIL DES ENFANTS

Le travail des enfants occupe de plus en plus une place dans la théorie économique. Malgré son état embryonnaire, divers modèles et théories sont proposés dans la littérature économique. Ainsi, deux grandes problématiques associées à deux types d'approches analytiques sont dégagées. Tout en se référant à la pauvreté comme facteur explicatif du travail des enfants, les deux approches diffèrent dans la manière d'étudier l'impact du travail des enfants sur l'économie en général. Dans ce chapitre, nous présentons l'approche théorique de la relation entre éducation et travail des enfants (section I) et l'approche institutionnelle de cette relation (section II).

Section I : Approche théorique de la relation entre éducation et travail des enfants

Dans cette section, nous présentons l'approche en terme d'arbitrage travail-éducation et d'analyse coût-bénéfice.

A : Approche en terme d'arbitrage travail-éducation

Cette approche étudie l'arbitrage entre travail des enfants et éducation. Arbitrage qui, dans le cadre de la dynamique de long terme prolonge l'analyse des effets sur les gains futurs des enfants, en tant que travailleurs adultes. Un certain nombre d'économistes considère l'éducation comme une alternative efficace contre le travail des enfants, et ceci pour deux raisons majeures : l'éducation permet d'améliorer la productivité du travail en âge adulte et une amélioration de la performance économique. Ce phénomène a donc un double impact : l'un sur le bien-être futur des enfants, c'est-à-dire sur le bien-être futur du ménage de l'enfant en âge adulte et l'autre sur la croissance économique de long terme.

Les modèles du bien-être des enfants s'intègrent dans un cadre d'analyse dynamique contrairement au modèle de Basu et Van (1998) qui analyse le travail des enfants de façon statique. L'analyse dynamique du travail des enfants étudie l'arbitrage entre l'éducation et le travail des enfants d'où une grande importance est accordée à l'accumulation du capital humain. Le travail des enfants induit des conséquences sur le long terme à travers l'accumulation du capital humain.

Dans le modèle de Hussain (1999), il y a une relation inverse entre travail des enfants et scolarisation des enfants. Selon Hussain, l'utilité marginale de consommation est décroissante par rapport au travail des enfants dans la mesure où l'utilité du ménage dépend de l'accumulation du capital humain. L'investissement présent en éducation des enfants a un impact sur le gain futur de l'enfant et donc sur son futur ménage qu'il créera en devenant adulte. Cet investissement conditionne la consommation future du ménage (Emerson et De Sousa 2001). Ces constructions théoriques mettent l'accent sur la dynamique du travail des enfants et de l'accumulation du capital humain (Basu, 1999 ; Emerson, Sousa, 2003). En présence donc de marchés du travail et du capital concurrentiels, l'accroissement du capital humain implique des gains plus élevés. De ce fait, un enfant qui participe d'avantage au marché du travail, devient plus pauvre à l'âge adulte. Dans ces conditions, le travail des enfants ne fera que se perpétuer de générations en générations.

* 1 Selon la convention 182 du BIT relative aux pires formes du travail des enfants, l'enfant est défini comme étant tout individu de moins de 18 ans. Néanmoins, compte tenu de la référence à un âge minimal par rapport au travail ou à la scolarisation, la population des enfants est celle de la classe d'âge 5-17 ans. Dans le cadre de notre étude, les enfants concernés sont ceux âgés de 6-14 ans.

* 2 La convention 182 en son article 3 définis les pires formes de travail des enfants. Il s'agit de toutes les formes d'exclavage ou pratiques analogues telles que la vente et la traite des enfants, la servitude pour dette et le servage, le recrutement ou l'offre d'un enfant à des fins de prostitution, de production de matériels pornographiques ou de spectacles pornographiques,etc....

* 3 Finance et Développement, [Juin 2005], p.26

* 4 L'échantillon concerne les enfants âgés de 6-14 ans dont les deux parents sont en vie et dont les informations concernant leur niveau d'instruction et d'alphabétisation sont renseignées.

* 5 Tableau de Bord Social, [1999-2001], p.57

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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.