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La pin-up et ses filles: histoire d'un archétype érotique

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par Camille Favre
Université Toulouse Le Mirail - Master 2 Histoire des civilisations modernes et contemporaines 2007
  

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3.2 Un corps symbole de la société de consommation.

Un des éléments d'identification est son évidente jeunesse. La société de consommation, à partir des années trente érige la jeunesse comme reconnaissance sociale d'un modèle idéal. Le fait que Barbie triomphe sur le vieillissement lui confère certainement un attrait puissant. Le fait qu'elle n'ait pas d'âge résume peut-être sont statut fabuleux en même temps qu'il scelle sa féminité. Le corps de Barbie est tout à la fois extrêmement clair, jeune, de type classe moyenne américaine, en parfaite forme et terriblement hétérosexuel.

Un autre aspect impérieux de Barbie, c'est sa propension naturelle à dépenser, à consommer pour s'accomplir, son inclinaison à se réaliser dans les activités multiples de loisirs en jouissant de tous les biens matériels et des accessoires qui y sont attachés. Rémanences de l'imaginaire social ? Ses comportements semblent bien s'inscrire dans le fil droit de ce que la société américaine a valorisé. Perchée sur ces talons hauts qui devraient, logiquement, lui interdire certaines activités matérielles, Barbie s'affiche en conformité avec l'image américaine d'une certaine féminité oisive, originellement investie d'une mission sociale, celle de valoriser l'homme blanc qui s'est fait une place dans la société américaine, qui s'est intégré en réussissant sa promotion sociale.

Le statut de classe moyenne de Barbie penche très nettement vers une aisance extrême, sorte de préalable imposé par son élégante féminité faite de vêtements, maquillage, accessoires à la mode, mobilier de luxe et de consommation continue, tout comme une partie des pin-up. Elle réalise le fantasme du crédit illimité et de la consécration du bonheur à travers l'acquisition de biens matériels qui sont socialement connotés (voiture de sport, tenues particulières pour chaque activités, accessoires de loisirs...). Dans l'univers de Barbie, il est important de s'entourer de tous les signes extérieurs de richesse pour prendre du bon temps, de soigner les apparences et de suivre toutes les modes. La consommation ostentatoire est sans cesse réactualisée.

Barbie est son corps, il est le centre de son univers de consommation : « Barbie est l'exemple d'une synecdoque postmoderne qui mérite une analyse approfondie non seulement de ce qu'elle révèle à propos du corps, mais aussi de ce qu'elle nous apprend sur cet âge posthumaniste où les corps deviennent, au moins symboliquement, la totalité de la personne. Le jeu principal avec Barbie est de l'habiller et de la déshabiller dans un environnement de luxe et d'objet. Elle évolue dans un univers capitaliste où le corps (avec les objets) est le capital. Dans les questions culturelles, quand les éléments du corps en viennent à symboliser la personne entière, le postmodernisme sombre dans le posthumanisme. La personne se résume alors à un agrégat d'artifices qui ne cessent de se développer de façon complexe à partir de techniques commercialisées84(*) ».

Le corps de Barbie défie toutes les idées « naturelles » qui semblent aller de soi, au sujet des corps humains. Son corps laisse transparaître un message : à condition d'avoir les ressources financières et surtout une ferme détermination, le corps peut presque devenir une matière malléable entre les mains du moi sculpteur. Mais les outils dont nous avons besoin pour sculpter sont presque entièrement des biens et des services fournis par les entreprises. Le corps de Barbie représente donc un support de consommation pour les technologies du corps. Cette caractéristique fait du corps : « un instrument d'aérobic, un objet pour la chirurgie, pour le maquillage, l'expérience diététique85(*) » c'est-à-dire un projet permanent visant à dénier la « nature » en traduisant des fantasmes en apparence de réalité.

Barbie est alors un corps qui symbolise « l'émergence du technocorps dans la culture des biens de consommation86(*) ». Habillée, coiffée et accessoirisée comme elle l'est toujours, Barbie intègre à la perfection le traditional exhibitionist role87(*) (la fonction traditionnelle de représentation) de la femme au début du XXe siècle. Barbie demeure très conformiste ; en s'articulant autour de frivolité, des loisirs, son mode de vie ne s'éloigne pas des diktats sociaux fondateurs. Son apparence physique, sa célébrité et son matérialisme outrancier apparaissent comme une expression caricaturée des attributs que l'Amérique du Nord a vénérés et valorise toujours.

Le processus de construction de la féminité est alors complètement géré et orienté par la société de consommation. On propose aux petites filles grâce à Barbie puis aux jeunes filles et aux femmes au travers les magazines féminins et à la publicité un modèle corporel induisant chez le sujet une pratique double de son propre corps : celle du corps comme capital, celle du corps comme fétiche (ou objet idéal de consommation). Dans les deux cas, il importe que le corps, loin d'être nié ou omis, soit délibérément investi.

* 84 MARZANO Michela, Dictionnaire du corps, Paris, Puf, 2007, p.110.

* 85 ROGERS Marie, Barbie Culture, Londres, Sage Publication, 1999, p.56.

* 86 « Ibid».

* 87 O'SICKEY Ingeborg Majer, « Barbie Magazine and the Aesthetic Commodification of Girls'Bodies », Fashion, New Brunswick-New Jersey, Rutgers University Press, 1994, p.31.

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"Il y a des temps ou l'on doit dispenser son mépris qu'avec économie à cause du grand nombre de nécessiteux"   Chateaubriand