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Le management interculturel chez Bookoff France

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par David VANDEPONTSEELE
Université de Paris 7 - Master de recherche en étude japonaise 2008
  

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Conclusion

Le management japonais ne partageant pas les mêmes origines et les mêmes valeurs que le management français, l'adaptation de l'un à l'autre demande des compromis pour être en accord avec la loi et répondre aux attentes des employés.

Or, BOOKOFF ne s'adapte pas à la population locale. Son style de management est celui d'une entreprise internationale, avec un centre de décision éloigné de la réalité du terrain qui laisse très peu d'autonomie aux filiales, et force à appliquer des règles ethnocentriques, étrangères à la culture de la population locale (employés et clientèle). BOOKOFF aurait peut-être intérêt à adopter le modèle entreprise multinationale pour donner plus d'autonomie à ses filiales à l'étranger.

Les employés de BOOKOFF Quatre Septembre sont réticents aux techniques de management qui les amènent à s'autogérer, à se former entre eux (oyakoseido) et à être polyvalents. D'abord parce que ces techniques sont en tous points opposées au Taylorisme qui a servi de base au management occidental, mais également car elles défendent une culture d'entreprise incompatible avec la culture française.

Les responsables ne sont pas en phase avec les employés car ils manquent de légitimité. Ce manque vient principalement de la méconnaissance de la culture et du droit du travail français, mais aussi parce que les employés ne jugent pas que leurs leaders ont les compétences et le charisme requis pour occuper leur poste. Les responsables sont de plus coincés entre un marteau qui demande des conditions de travail réglementaires et une enclume, la toute puissante maison mère au Japon, qui ne veut rien entendre. Le manque de compétence des responsables devrait être remplacé par un lien affectif qui existe entre la société mère et eux-mêmes mais qui ne se transmet pas aux employés français. Ils n'ont pas en effet pour habitude de mélanger leur vie privée et leur vie professionnelle, où d'associer des sentiments à leurs activités de subsistance. Pourtant, sans une adhésion à la culture d'entreprise de BOOKOFF couplée à une bonne une maîtrise du japonais, aucun d'entre eux ne peut aspirer à atteindre un poste à hautes responsabilités. BOOKOFF semble toujours favoriser les employés qui soutiennent ses points de vue aux autres, ce qui contraint à une situation de blocage.

La solidarité qui unit les employés de BOOKOFF en France a pourtant permis l'amélioration des conditions de travail. Cependant, le fait qu'elle n'applique pas les innovations systématiquement à ses autres boutiques, même quand elles sont situées dans le même environnement, fait craindre que ces améliorations de conditions de travail restent uniques (abandon du BOOKOFF shôwa, octroi des congés payés et salaire dominical augmenté dans une seule boutique). L'utilisation récente de CDD renouvelables ne laisse pas aspirer à une évolution positive pour les conditions de travail. De plus, le fait que de nouveaux employés ont récemment été recrutés est le signe que l'entreprise ne devrait pas faire face prochainement à un manque de main d'oeuvre qui pourrait lui faire réviser ses perspectives.

Le constat est décevant et amène à penser que les progressions dues au management interculturel effectuées en France n'aideront pas à améliorer les conditions de travail au Japon et la précarité dont il souffre. L'interculturel qui pourrait se transformer en un avantage compétitif pour l'entreprise et une source d'innovation, n'est en fait qu'une source interminable de conflits.

Cependant, nous nous refusons à croire que les techniques managériales de BOOKOFF sont inadaptables. D'autres sociétés japonaises (Toyota, Nissan ...) ont réussi à s'adapter aux lois et à la culture française, ce qui nous porte à croire qu'un système hybride ou adapté n'est pas inenvisageable.

Un autre facteur, encore plus porteur d'espoir, est également à relever. Comme nous avons pu le constater pendant nos interviews, les conflits qui ont opposé les patrons et leurs travailleurs depuis la création ont généralement donné raison à ces derniers. Les employés ont depuis le début gagné de plus en plus de terrain, tout au moins dans la libraire BOOKOFF Quatre Septembre et ont eu une influence considérable sur le personnel de l'autre boutique. Les différents stages offerts aux employés et les avantages qu'on leur a octroyé nous donnent de bonnes raisons de croire que les prochaines générations de responsables ne seront plus issues de la maison mère du Japon mais auront été choisies parmi ceux qu'elle aura jugés dignes de confiance. Ces derniers auront été baignés dans tous ces conflits et, contrairement aux responsables actuels, auront une connaissance du management interculturel bien plus développée. En effet, les quelques employés qui nous a été donné d'interroger ont tous semblé extrêmement ouverts d'esprit, conscients et soucieux des différents problèmes de l'entreprise.

Nous pensons (et espérons) donc qu'une convergence vers un système hybride est en cours, et qu'il prendra place lorsque les employés actuels de BOOKOFF France auront gagné en pouvoir car ils ont les capacités de synthétiser un type de management qui sera enfin un atout compétitif.

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