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Les conditions professionnelles du journaliste de la presse privée au Cameroun ( enquête)

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par Miriam Aurélie Fogoum Mawa
Siantou Supérieur sous couvert IFASIC KINSHASA - Graduat III 2009
  

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Section II : les insuffisances liées au cadre socio économique

1. L'aide de l'Etat à la presse

La chute des ventes des quotidiens depuis les années 1990 n'a fait qu'empirer les choses. « Des journaux de pointe sont passés d'un tirage de 120 000 exemplaires par édition à 4000 exemplaires, bien que devenus quotidiens »37(*) Comme on l'a dit dans la section précédente, la dévaluation du franc CFA, la chute du pouvoir d'achat... a embrigadé le journalisme dans un marasme économique. La presse est abandonnée par un Etat qui prend plaisir à la déstabiliser : « La fragilisation voulue des médias procèdent de cette stratégie, d'autant plus que la presse privée est perçue comme un outil au service de l'opposition au régime. Le combat de la presse pour revendiquer des espaces de liberté et bâtir une puissance autonome risque d'être très long. Encore faut-il qu'il s'engage résolument »38(*)Assisterait-on à un combat publique-privée ? Jean-Marc SOBOTH du Syndicat National des Journalistes du Cameroun, (SNJC) dans ses nombreuses interventions de décrier les faveurs qui étaient prioritairement attribuées aux médias publics par le gouvernement.

En décembre 2009, le ministre de la communication Issa TCHIROMA BAKARY annonçait que l'aide publique à la presse au Cameroun passait de 150 millions à 250 millions. Il a tout de même tenu à préciser que cette aide n'inclut pas les impôts et autres taxes à prélever, ce qui pourraient réduire cette aide de quelques dizaines de millions de FCFA. Le gouvernement présente encore aujourd'hui ce geste comme un acte de « magnanimité » et de « générosité » du chef de l'Etat Paul Biya.

Pourtant, depuis son instauration il y a 9 ans, l'« aide publique à la presse privée » est boudée par plusieurs médias de premier rang, qui la considèrent comme « misérable », « mal orientée » et « contre productive ».

L'UJC était au premier rang des protestataires. Depuis de longues années cette association a tant bien que mal fait des propositions concrètes aux autorités. Ces dernières sont restées lettres mortes jusqu'à nos jours39(*). L'organisation corporatiste considère cet appui financier comme insignifiant. De plus on y retrouve également les cabinets conseils et autres imprimeries qui ne concourent guère aux missions de service public. La politique d'attribution de cette aide, selon l'Union, est loin de favoriser l'émergence d'une véritable entreprise de presse : la manipulation des espèces, les critères flous de son attribution, la complaisance de la commission chargée d'étudier les dossiers et le caractère cupide de cette commission, font que cette opération est finalement dévoyée et souvent utilisée à mauvais escient.

Par contre, l'UJC suggère l'institution d'une politique de soutien à la presse en tant qu'entité autonome, et souhaite que son budget, encore « ridicule, comparé à ce qui est fait dans des pays au niveau comparable avec le Cameroun », soit revu à la hausse et porté au moins à 2 milliards FCFA40(*). De plus, au Cameroun, depuis l'entrée en vigueur depuis 1999 de la TVA (taxe sur la valeur ajoutée), les entreprises de presse doivent théoriquement reverser au Trésor public 18,7% de leurs recettes publicitaires. À quoi il faut ajouter que les annonceurs, pendant toute la décennie 1990, ne se bousculaient pas spécialement au niveau des services commerciaux des entreprises de presse41(*) : « l'aide à la presse devrait s'étendre d'une manière généralisée notamment les taxes sur l'encre, le papier, les films ce qui devrait réduire le coût du journal. L'Etat ne veut pas que ça coûte moins cher. Il peut amener les opérateurs de téléphonies mobiles à revoir les prix à la baisse pour la presse, comme c'est le cas au Libéria et au Mali qui sont entre 20% et 40% de réduction »42(*). En 2001, le journal Mutations qui est encore un trihebdomadaire présente l'Etat de ses dépenses pour le mois de mars :

- Tirage hebdomadaire moyen de 7000 exemplaires à raison de 300 FCFA la pièce, pour un taux de vente autour de 44%

- Des dépenses évaluées à 14 648 000 FCFA dont 90 000 FCFA d'impôts et autres taxes

- 4 000 000 FCFA pour l'achat du papier

- 700 000 FCFA pour les frais de téléphone

Autant de dépenses effectuées en 2001, alors que le journal était encore un hebdomadaire et qu'on le connait aujourd'hui comme quotidien. A noter aussi que depuis quelques années le prix du papier à augmenter en 2010 entraînant comme on l'a dit dans les chapitres précédents une augmentation.

Aujourd'hui nous avons essayé de faire une évaluation des coûts de production d'un Tabloïd de 12 pages.

· 3 cahiers (4 pages x 3 forme = 12), papier satiné 60-80G à raison de 20 à 27 FCFA l'unité en fonction du fournisseur et les coûts de transports (fret maritime indexé sur les fluctuations des cours du pétrole)

· Quantité minimale produite 3000 exemplaires

· Flashage + infographie 100. 000FCFA

· Journal deux couleurs : magenta (rouge) et noir (R&N)

· 120 à 150 FCFA en moyenne par unité, tout dépendra du contrat si l'imprimeur veut bien faire une réduction (toujours sur une base de 3000 exemplaires)

Si nous prenons une base de 20 FCFA le papier par unité nous aurons :

· 20x 3000 exemplaires= 60000 FCFA

· Flashage (sortie typons) = 100.000 CFCA

· Impression sur la base de 120FCFA

120x3000= 360.000 FCFA

Total : 520.000 FCFA pour 3000 unités

Le pris unitaire à la sortie usine est de 173,33 FCFA et le prix de vente est de 400 FCFA. Seulement il est à noter que MESSAPRESSE du groupe Lagardère qui est le distributeur agrée retient 40% sur chaque unité de journaux vendu. Pourtant les journaux français vendus au Cameroun ne paye pas 8% pour être distribué en Afrique. Ce qui veut dire que la maison MESSAPRESSE retient 160FCFA sur le prix de vente d'un journal qui est 400FCFA ; Si l'on retient donc 160FCFA des 400FCFA, il nous reste 240 FCFA. Mais pour avoir le bénéfice des entreprises de presse privée nous ferons.

240-173, 33= 66, 67 FCFA à noter que sur les 240 FCFA nous n'avons pas retiré la part de l'éditeur qui d'habitude prend 40FCFA par unité. Auquel cas, il reste 26, 67 FCFA comme bénéfice pour l'entreprise de presse.

Les directeurs de presse pourront donc dire qu'il est difficile d'en vivre au quotidien. « Et quand on sait que l'aide de l'Etat ne relève pas du million » exprime dépité le secrétaire général du journal le Diapason Antony DAKA. Encore que, même pour l'obtenir parfois c'est un casse tête chinois. « Ils avancent parfois des prétextes qui ne tiennent pas la route, dossier incomplets, localisation... Pourtant, pour y avoir déjà eu droit, ça prouve nous avons des dossiers complets. Mais on réalise qu'il existe des magouille» confesse monsieur DAKA. Pour palier cette situation, l'hebdomadaire à postuler une aide en 2010 auprès de la francophonie ; Cette dernière lui a accordé un montant de 23.776 euros soit 15.454.400 FCFA lors de sa 22ème session tenue les 20 et 21 octobre à Chisinau en Moldavie.

En 2001, au Cameroun, le service des impôts réclamait pour certains titres une somme allant jusqu'à 800 millions de FCFA sous peine de fermeture43(*) . Le groupe Africa international Cameroun a également eu des démêlés avec le service des impôts qui lui réclamait en 2009, 06 millions de FCFA.

Par contre, Le 11 novembre 2010, l'Etat du Sénégal a effacé toutes les dettes fiscales de la presse privée et publique pour un montant de 12 milliards de FCFA (près de 240 millions de dollars), rapporte le quotidien pro-gouvernemental sénégalais Le Soleil en citant le ministre de Communication, Moustapha GUIRASSY : « C'est quand même assez important en terme de soutien à la presse ». Au Gabon voisin, la subvention de la presse est évaluée à près de 10 millions par an pour chaque journal déclaré.

« En France et autres pays occidentaux, les journaux bénéficient de l'aide de l'Etat à la presse c'est un contexte d'urgence » dit Félix ZOGO Conseiller N°1 au ministère de la communication44(*) .

L'aide de l'Etat français à la seule presse écrite est constituée de :

· Les aides directes

Les aides à la diffusion


· Les réductions tarifaires de la SNCF qui est une société de transport : l'Eta reverse 60%


· L'aide à la modernisation des diffuseurs 40 % du montant total hors taxe des dépenses prises en compte, avec un plafond fixé respectivement à 5 600 € (3.640.000FCFA) pour les projets de modernisation de l'espace de vente et à 4 500 € (2.925.000FCFA) pour les projets de modernisation informatique


· L'aide exceptionnelle au bénéfice des diffuseurs de presse spécialistes et indépendants 4 000 € (2.600.000 FCFA)


· Le fonds d'aide à la distribution et à la promotion de la presse française à l'étranger

Quotidiens et hebdomadaires (plus de 50 numéros par an) : 3 %

Seuil dérogatoire pour les quotidiens nationaux à faibles ressources publicitaires 0,1%

Publications d'une périodicité de 12 à 49 numéros par an : 9 %

Publications paraissant moins d'une fois par mois 16 %


· L'aide au portage de la presse


· Aide à la distribution de la presse quotidienne nationale d'information politique et générale


Les aides concourant au maintien du pluralisme


· Le fonds d'aide aux quotidiens nationaux d'information politique et générale à faibles ressources publicitaires


· Le fonds d'aide aux quotidiens régionaux, départementaux et locaux d'information politique et générale à faibles ressources de petites annonces


· L'aide aux publications hebdomadaires régionales et locales


· Le fonds d'aide à la modernisation de la presse quotidienne et assimilée d'information politique et générale


· Fonds d'aide au développement des services de presse en ligne

· Les aides indirectes

· Sur le plan fiscal


· Le taux réduit de TVA : La presse bénéficie d'un taux réduit de TVA de 2,10 % sur ses recettes de vente (1,05 % dans les DOM-TOM). Les recettes publicitaires sont assujetties au taux normal.

Les travaux de composition et d'impression, ainsi que la fourniture d'éléments d'information par les agences de presse, sont soumis au taux de 5,5 %.


· Le régime spécial des provisions pour investissements


· L'exonération de la cotisation foncière des entreprises (anciennement taxe professionnelle) des éditeurs et agences de presse


Sur le plan social


· Le régime dérogatoire des taux de cotisations de sécurité sociale des vendeurs- colporteurs et des porteurs de presse


· Le calcul des cotisations sociales des journalistes


· Le statut social des correspondants locaux de presse


Sur le plan postal


· Les tarifs postaux préférentiels

(Source : www.ddm.gouv.fr)

L'Union des Journalistes du Cameroun qui n'a pas la prétention d'exiger les mêmes retranchements fiscaux que la presse écrite française, émet par ailleurs le souhait de l'application rapide de la Convention de Florence, dont les dispositions portant exonération de la taxe sur la valeur ajoutée ont été intégrées dans le Code général des impôts en vigueur au Cameroun. Cette disposition touche, les opérations d'impression, d'importation et de vente des journaux et périodiques à l'exclusion des recettes de publicités, les intrants et les biens d'équipement destinés à ces opérations acquis par les sociétés de presse ou d'édition des journaux et périodiques.

* 37 _ Jean Marc Soboth, le statut du journaliste, édité par Gabrile Bagblo et Louis Thomasi, IFJ AFRIQUE, page 38

* 38 _Jean Vincent Tchienehom, entretien mené par Mohamadou Houmfa, Journal du cameroun.com

* 39 _ Entretien menée avec le Secrétaire général de l'UJC, Christophe Bobiokono

* 40 _ Source: Presse de la Nation

* 41 _ Valentin Siméon Zinga, Les Cahiers du journalisme, Cameroun : une liberté de la presse précaire. De la chape de plomb politique à l'étau économique

* 42 _ Entretien avec le rédacteur en chef du quotidien Mutations, Xavier Messe

* 43 _ Les Cahiers du journalisme n o 9 - Automne 2001, Cameroun : une liberté de la presse précaire. De la chape de plomb politique à l'étau économique, Valentin Siméon Zinga

* 44 _ Felix Zogo interrogé sur le plateau de « scène de presse » émission de débat sur la Cameroon Radio Télévision (CRTV)

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"Il y a des temps ou l'on doit dispenser son mépris qu'avec économie à cause du grand nombre de nécessiteux"   Chateaubriand