WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Les enfants d'immigrés italiens dans les écoles françaises (1935-1955)

( Télécharger le fichier original )
par Louise CANETTE
Université de Nantes - Master 2 2010
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

D). Des facilités à « franciser » les immigrés italiens ?


· Existe-t-il une identité italienne préalable à l'identité française des jeunes d'origine italienne ?

Si l'Italien arrivant en France n'est évidemment pas une « page blanche », s'il arrive avec son bagage spécifique comme tout migrant, il n'en possède pas moins une spécificité qui, on peut en émettre l'hypothèse, le rendrait plus enclin à être « francisé ». En effet, le sentiment d'appartenance à la nation de départ est, pour les Transalpins de l'époque, un phénomène récent, datant probablement des guerres du Risorgimento au milieu du XIXème siècle. L'émigration a

375 A. GIRARD et J. STOETZEL, Français et immigrés. L'attitude française. L'adaptation des Italiens et des Polonais, Paris, 1953 (p. 79).

376 Ibid. (p. 349).

en effet précédé une réelle « nationalisation » du peuple italien. Cet hésitant sentiment d'appartenir à la nation offre une caractéristique particulièrement révélatrice : peu nombreux sont les parents de nos témoins à s'exprimer en italien « classique ». La grande majorité d'entre eux s'expriment en « dialetti », leur appartenance identitaire est principalement régionale. Cet attachement des Italiens à leur chapelle, les sociologues italiens l'appellent le « campanilismo », et qui pourrait se traduire par « l'esprit de clocher » en français. C'est un phénomène extrêmement courant, et ce, y compris dans les discours tenus par leur descendance pourtant parfois née en France. Effectivement, l'identité affirmée semble d'abord locale. Ces observations sont assez faciles à expliquer : outre la jeunesse précédemment évoquée de la nation italienne, la Péninsule est tout particulièrement multiculturelle, ainsi le Ligure s'installant à Nantes ne ressentira guère plus de dépaysement que le Sicilien parti chercher du travail à Milan : ils connaissent tous deux les mêmes difficultés de langue, les mêmes changements de climats, de paysages ou d'habitudes alimentaires et, bien souvent, les mêmes réactions de défiance xénophobe. En revanche, l'arrivée en France est souvent caractérisée par la fréquentation d'Italiens du méme village ayant suivi les mémes réseaux d'immigration. Dès lors, ce lien ténu entre le migrant, et donc son enfant, et l'idée d'appartenance à une nation italienne a, globalement, tendance à laisser un « espace libre » à l'adoption d'une autre identité. Cette caractéristique est fort bien analysée par Pierre Milza qui explique que « le phénomène de transculturation et d'agrégation des migrants à la société d'accueil se pose moins à cette date en termes de passage de l'identité italienne à l'identité française que de mixage à l'échelle d'une aire culturelle qui transcende assez largement la frontière des deux Etats intéressés »377. En outre, l'habitude ancienne de migrer de ces populations italiennes originaires des micro-sociétés montagnardes, a plutôt tendance à faciliter l'adoption du mode de vie de la terre d'accueil378.

Par ailleurs, le rejet de l'Italie est courant chez les parents de nos témoins : fréquente est la peine des immigrés se sentant abandonnés par l'Italie incapable de leur offrir un travail, le ressentiment des migrants qui ont fuit leur terre d'origine parce qu'ils estimaient que sa politique était inacceptable, ou encore la colère de ceux qui n'eurent d'autre choix, poursuivis par les milices fascistes, que de gagner la France. Dès lors, on remarque un phénomène de deuil de l'Italie, transmis consciemment ou non aux enfants, qui, sans nul doute a pu faciliter la « francisation » des fils et des filles de migrants transalpins de la période 1935-1955.

377 P. MILZA, Op. Cit. (p. 471).

378 M-C. BLANC-CHALEARD, « Les Italiens dans l'est parisien, les dessous d'une assimilation exemplaire », n° 13, décembre 2000 (p. 23).

. La mise en lumière d'une proximité de culture entre l'Italie et la France

Il nous faut souligner que l'enseignement de l'Histoire a aussi pu avoir des effets valorisants sur les jeunes italiens. Les professeurs expliquent ainsi parfois à leurs classes le passé glorieux de la Rome impériale.

Par ailleurs, il n'est pas rare que les enseignants cherchent à mettre en avant le passé commun de la France et de sa soeur latine ce qui aide à l'intégration des élèves d'origine italienne, parfois au détriment des autres étrangers. Ce thème de l'union latine permet d'exalter la parenté culturelle et historique avec les migrants d'Outremont. La proximité des moeurs entre les deux pays incline une majorité des jeunes transalpins à intérioriser l'image du « presque même »379, de « l'autre le plus proche »380, de l'étranger plus facilement assimilable en somme. L'expérience de Cavanna est, à cet égard, intéressante :

« A l'école, quand on a fait les Gaulois, Rome, tout ça, le prof nous a expliqué la Gaule cisalpine. Tout le Nord de l'Italie, c'étaient des Gaulois. Du coup, j'ai compris des choses. J'ai compris pourquoi les Ritals de Nogent-sur-Marne et de toute la banlieue Est parlent une langue plus proche du patois des paysans de la Nièvre que du bel Italien de la méthode Assimil. [...] Ils avaient déformé vachespagnolisé la langue du petit père Cicéron juste de la même façon que devaient la déformer, plus tard, après le coup en vache de Jules César, les Gaulois de la Grande Gaule »381.

Le jeune François s'est ainsi aperçu que son père, lorsqu'il parlait le dialecte de Piacenza, pouvait se faire comprendre des maçons d'origine limousine avec qui il travaillait. Il raconte son impression d'alors de grande proximité entre le patois morvandiau de son grand-père maternel et le dialecte de son père où l'on retrouve les diphtongues nasalisées.

Par ailleurs, les points communs entre les milieux familiaux de nos témoins et leurs instituteurs se trouvent souvent dans le domaine politique. Nous l'avons observé dans nos recherches sur les « hussards noirs de la République », cette classe sociale d'intellectuels est globalement ancrée à gauche. Or, certains des migrants, dont les enfants ont été scolarisés au cours de la période 1935-1955, ont fuit le fascisme, comme ceux de Walter Buffoni, de sensibilité communiste, par exemple :

379 D. SCHNAPPER, « Centralisme et fédéralisme culturels : les émigrés italiens en France et au EtatsUnis », Annales ESC, n°5, septembre et octobre 1974.

380 J-C. VEGLIANTE « le problème de la langue : la « Lingua Spacà » », acte du colloque franco-italien sur « L'immigration italienne en France dans les années 20 », Paris, 1987 (p. 343).

381 F. CAVANNA, Les Ritals, 1978, Paris (p. 52).

« - Pourquoi vos parents ont-ils immigré ?

- Tout à la fois pour des raisons économiques et politiques, mes parents étaient des antifascistes. Un frère de ma mère a été assassiné par les milices »382.

Remarquons cependant qu'en fait, peu d'immigrés étaient amenés à parler avec les instituteurs de leurs enfants, les considérations politiques, pour des raisons évidentes, étaient généralement soigneusement évitées lors des rares entretiens entre les professeurs et les familles.

Même en dehors de l'école, est mise en avant cette proximité de culture entre les deux voisins. En effet, après la Libération dans les premiers travaux que l'INED consacre à l'immigration, on expose l'idée d'un ordre de préférence variant selon les groupes en fonction de capacités d'assimilation relevant, à la fois de critères culturels et de nationalité mais aussi, de considération sur les origines ethniques. En fait, ce terme « d'assimilation » a longtemps été seul à avoir cours dans les débats sur l'intégration des élèves d'origine étrangère. Au cours de la période que nous étudions néanmoins, on commence à développer la théorie, dans laquelle s'illustre le spécialiste de l'immigration Georges Mauco, d'une distinction nécessaire entre peuples assimilables et non assimilables, les Italiens faisant partie de la première catégorie 383 . Il établit un classement des étrangers selon leur degré « d'assimilabilité » à la société française, les notant sur une échelle de zéro à dix :

Graphique n° 2 : Le degré d'assimilabilité des étrangers à la société française

52

selon Georges Mauco, 1932

6,3

Nous pouvons donc observer que les ressemblances de langue et le lien entre Histoire

65

ens

italienne et française ont pu être des facteurs explicatifs d'une intégration globalement réussie,

73

s ,5

méme si il va sans dire qu'ils n'en constituent pas l'unique explication.

382 Questionnaire de Walter BUFFONI, 2010.

383 G. MAUCO, Les Etrangers en France, leur rôle dans l'activité économique, Paris, 1932.

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"I don't believe we shall ever have a good money again before we take the thing out of the hand of governments. We can't take it violently, out of the hands of governments, all we can do is by some sly roundabout way introduce something that they can't stop ..."   Friedrich Hayek (1899-1992) en 1984