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Léon Harmel et l'usine chrétienne,ancêtre des comités d'entreprises


par YVES LAURENT KOUAME
POITIERS - MASTER II HISTOIRE DU DROIT 2016
  

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CHAPITRE II.

L'USINE CHRÉTIENNE, MODÈLE PRINCIPAL D'INSPIRATION
POUR LES COMITÉS SOCIAUX D'ENTREPRISE
PUIS POUR LES COMITÉS D'ENTREPRISE

L'expérience des institutions de l'usine chrétienne (le conseil d'usine) sera plébiscitée au XXe siècle en ce sens que ce modèle est repris dans les comités sociaux (Section I) puis dans les comités d'entreprises (Section II) marquant ainsi la fécondité sociale de Léon Harmel

SECTION I.
LES COMITES SOCIAUX D'ENTREPRISE : UNE REPRISE DU MODÈLE DE L'USINE CHRÉTIENNE

Les comités sociaux d'entreprise mis en place par la charte du travail du 4 octobre 1941 laissent apparaitre des similitudes avec l'usine chrétienne. On y voit une reprise des modèles corporatif (§ 1) et paternaliste (§ 2) de l'usine du Val.

§ 1. La reprise partielle du modèle corporatif de l'usine chrétienne

Cette reprise du modèle corporatif de l'usine peut se comprendre après l'analyse de la pensée de l'homme qui est à l'origine de cette charte : le maréchal Pétain. Un homme dont la pensée réactionnaire voit dans l'idée corporative, « une troisième » voie entre le socialisme et le libéralisme (A). Cette pensée est consacrée dans la charte de 1941 (B).

A. Le fondement de cette reprise : la pensée réactionnaire de Pétain

Tout comme Léon Harmel, le maréchal Pétain est un réactionnaire. Son idéologie est imprégné du refus des idéaux de 1789, et se repose sur la pensée réactionnaire du XIXe siècle176(*). C'est pourquoi on n'est pas surpris de le voir, tout comme l'industriel du Val, vilipender les excès du capitalisme et s'en prendre au socialisme.

Au libéralisme, reprenant les discours des réactionnaires, il reproche l'esprit d'individualisme ainsi que la condition prolétarienne qu'il avait crée à l'issue de la révolution.

Il dénonce ainsi dans son discours de Commentry, le principe de l'individu isolé face à l'État177(*). Cet isolement qui le fragilise et le rend à la merci des patrons véreux. Les ouvriers dans cette situation ne peuvent s'empêcher de penser à l'incertitude du lendemain car n'étant plus « protégés contre les aléas du chômage », ces travailleurs ne peuvent espérer « trouver dans leur métier une sécurité »178(*) basculant ainsi dans la condition prolétarienne. On retrouve les mêmes propos que ceux prononcés au XIXe siècle.

Cette condition prolétarienne tant dénoncé au XIXe siècle mais qui se poursuit au XXe siècle. Elle oblige l'ouvrier tout comme au siècle précédent à « vendre son travail comme une marchandise », Pétain la dénonce. C'est pourquoi il appelle sans cesse dans ces discours les patrons à faire fi de leur égoïsme pour faire cesser cette injustice sociale. Car poursuivra t il tant qu'elle persistera, il n'y aura pas de paix sociale179(*). Et c'est tout le monde de l'entreprise de l'employé en passant par le patron ou l'ouvrier, qui en souffrira.

C'est la raison pour laquelle il voit dans la communauté de travail unissant patrons et ouvriers sur le modèle corporatif, la seule solution pour rompre l'isolement de l'ouvrier et lui faire retrouver les conditions d'une vie digne et libre, en même temps les raisons de vivre et d'espérer180(*).

Au socialisme il reproche, comme les catholiques sociaux, son idéologie basée sur la lutte des classes. Cette idéologie qui crée le désordre social. Il ne manque aucune occasion pour envoyer des piques aux socialistes. À Commentry, le 1er mai, il promet aux ouvriers de faire de ce jour, un symbole d'union et d'amitié et non plus « un symbole de division et de haine » qui fait dresser les coalitions ouvrières et patronales les unes contre les autres. Il le dit en référence aux mouvements sociaux émanant des syndicats lors des précédentes manifestations du 1er Mai. C'est la raison pour laquelle il invite les travailleurs à rester sourds aux appels des socialistes qu'il qualifie de « démagogues ». Leur seul objectif étant selon lui de bercer les ouvriers d'illusions pour les amener à la misère et la détresse. Il n'hésite pas à tourner en dérision la devise du Front populaire intitulée « Le pain, la paix, la liberté » en « la misère, la guerre, et la défaite »

La solution selon Pétain aux maux sociaux réside dans la collaboration des classes, cette collaboration qu'il appelle de tous ses voeux pour lutter contre la condition prolétarienne et la lutte des classes qu'elle a engendrées. Le maréchal prend exemple sur les expériences passées. C'est cette vision qu'on retrouve dans la charte du travail dont il est l'instigateur principal.

* 176 ROUSSO (H.), Vichy, l'événement, la mémoire, l'histoire, Paris, Gallimard, 2001, p. 77.

* 177 PÉTAIN (Ph.), Messages d'outre-tombe du maréchal Pétain, Paris, Nouvelles Éditions Latines, 1983, p. 34.

* 178 Ibid.

* 179 Ibid. p. 34.

* 180 Ibid.

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