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Léon Harmel et l'usine chrétienne,ancêtre des comités d'entreprises


par YVES LAURENT KOUAME
POITIERS - MASTER II HISTOIRE DU DROIT 2016
  

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B. Les manifestations pratiques de cette reprise : la charte du travail de 1941

La charte du travail manifeste l'attachement de Pétain au modèle corporatif dont l'une des idées essentielles est la collaboration des classes. Cette idée, on la retrouve à l'article 24 de ladite charte et qui stipule que : « Les comités sociaux d'établissements réalisent au premier degré la collaboration sociale et professionnelle entre la direction et le personnel. » L'importance de cette collaboration entre le chef d'entreprise et son personnel n'est pas méconnue. De tout temps, l'on a eu conscience qu'elle était nécessaire pour préserver la paix sociale. En ces années troubles de l'occupation, la fragile paix sociale est donc à rechercher et à maintenir par tous moyens. Le gouvernement de Vichy a conscience que cette collaboration est utile pour se substituer à l'hostilité issue des doctrines, longtemps mis en avant par les socialistes puis les communistes, de la lutte des classes. C'est pourquoi, partout où il passe, le maréchal rappelle que l' « ordre social nouveau » que son gouvernement met en place institue des groupements comprenant tous les membres d'un même métier : patrons, techniciens, ouvriers. Une corporation en d'autres termes c'est pourquoi il affirme : « Le centre du groupement n'était donc plus la classe sociale, patronale ou ouvrière, mais l'intérêt commun de tous ceux qui participent à une même entreprise. » La corporation doit parvenir à surmonter tous les clivages de classes pour unir la société française.

Pétain affirme par ailleurs que cet ordre social nouveau est le fruit d'une longue réflexion, de précédents qui ont connu du succès dans le milieu dans lequel ils étaient implantés. La charte rappelle d'ailleurs qu'elle tient compte de l'abondante documentation que le maréchal a recueillie et qu'il a bien voulu transmettre au comité chargé de l'élaboration. Elle montre ainsi qu'elle s'inspire de modèles déjà élaborés par le passé181(*). Pétain veut montrer que la collaboration des classes est possible, que la corporation est faisable, qu'elle ne relève pas d'une chimère puisqu'elle a déjà été réalisée par le passé.

Certes il reconnait qu'elle est moins répandue dans les milieux industriels mais il constate des progrès sensibles dans les milieux ou elle est introduite. Devant les travailleurs rassemblés à Commentry, il affirme, pour défendre la charte que, « partout où les hommes de bonne foi, issus de milieux sociaux divers se rencontrent pour une explication loyale, les malentendus se dissipent pour faire place à la compréhension, puis à l'estime et à l'amitié ». On peut penser qu'en le disant, il fait référence au conseil d'usine du Val qui est un symbole de cette collaboration réussie des classes. Le conseil d'usine qui a mis au sein de l'usine chrétienne, une ambiance familiale qui est inconnue et méconnue des autres usines.

Par ailleurs, il faut rappeler que le conseil d'usine est la première initiative de représentation de personnel en France182(*). C'est donc cette innovation du Val qui a servi de modèle à l'autre modèle de coopération au sein d'une usine que tente de mettre en place le gouvernement de Vichy. C'est pourquoi Bruno Béthouart n'hésita pas à affirmer que le régime de vichy a systématisé l'initiative du conseil d'usine au Val-des-Bois183(*).

Cette reprise du modèle de l'usine chrétienne par les comités sociaux d'entreprise ne s'arrête pas au modèle corporatif, elle s'étend au modèle paternaliste développé au sein de l'usine du Val.

* 181 Charte du travail, Rapport au maréchal de France, chef de l'État français, p. 1.

* 182 AMIAUD (A.), «  Les précédents des comités sociaux d'entreprise », Revue de Droit Social, n° 20, p. 5.

* 183 BÉTHOUART (B.), Le ministère du travail et de la sécurité sociale : De la libération à la Ve république, Rennes, PUR, 2006, p. 125.

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