WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Léon Harmel et l'usine chrétienne,ancêtre des comités d'entreprises


par YVES LAURENT KOUAME
POITIERS - MASTER II HISTOIRE DU DROIT 2016
  

précédent sommaire suivant

B. Le socialisme, cause de la violence en milieu ouvrier

À la différence des catholiques sociaux qui oeuvrent pour des reformes sociales pouvant favoriser une cohabitation harmonieuse et féconde des différentes classes, les socialistes optent pour une logique contraire. Pour ces derniers, la question sociale ne peut se résoudre que dans la suprématie de la classe laborieuse sur la classe possédante.

Cette idéologie fait que les ouvriers de cette fin du XIXe siècle se caractérisent par la violence. Émile Souvestre le reconnait dans Confessions d'un ouvrier55(*) : « nous avions à cet égard des idées de sauvages, comme eux nous prenions l'esprit de brutalité et de bataille pour le courage ». Ce constat reflète l'esprit de violence qui caractérise les ouvriers. Ce mouvement de violence se généralise et se propage dans toute la France. À Nantes, la violence est à l'état endémique, Blois inspire même à Georges Sand sa description de la lutte entre gavots et drilles. Toute cette violence entraine un cortège de révoltes ouvrières. Nous avons les canuts à Lyon en 1831 et 1834, la commune à Paris mais aussi à Saint-Etienne. Ces mouvements ouvriers sont malheureusement très sévèrement réprimés. On compte 400 morts à la révolte des canuts de 1834, 5 000 morts lors de la révolution de 1848 et 30 000 morts lors de la répression qui a suivi la révolte de la Commune de Paris56(*). La commune de Paris symbolise l'apogée de cette violence ouvrière. L'insurrection Parisienne devient celle du prolétariat contre la bourgeoisie. Cette pensée est même énoncée par Marx dans La Guerre civile en France. Elle est par la suite véhiculée dans le mouvement socialiste français. Pendant que Jacques Rougerie conclut dans ses travaux que la commune de Paris est le crépuscule des révolutions du XIXe siècle57(*), d'autres auteurs y voient l'aurore des mouvements socialistes. En effet après cette période, des cercles d'études socialistes se créent, la doctrine marxiste se diffuse. Lors des congres ouvriers de 1879 à Marseille, le parti ouvrier est même créé avec à sa tète Jules Guesde. Les différentes motions adoptées lors de ces congrès montrent une prise de conscience nouvelle. Il est désormais question de « l'appropriation des moyens de production par tous les moyens possibles », de « se soutenir mutuellement dans les conflits qui peuvent exister entre le capital et le travail ».

Les années 1878 à 1882 sont marquées par une poussée gréviste importante. On note jusqu'à un peu plus de 11 000 grèves ou revendications, 266 conflits entre 1871 et 189058(*). Le mouvement Guesdiste entre en action, dans le textile et dans le Nord, la plupart de ces coalitions frisent l'émeute. Cette situation trouve explication dans l'analyse de l'échantillon des adhérents et dans la géographie du mouvement Guesdiste. En effet, parmi les adhérents au mouvement, on trouve le prolétaire le plus pauvre, le plus ignorant : l'ouvrier du textile qui représente 20 % de ce mouvement suivi par les métallurgistes (18 %), les mineurs (8 %). La médiocrité de leurs niveaux de vie rend les travailleurs de ces industries perméables aux promesses du « messianisme guesdiste ». Par ailleurs la géographie du guesdisme est éloquente, elle montre la constante primauté du département du Nord qui apporte au parti plus de 30 % de ces électeurs. La métropole du guesdisme, cette « Rome » du socialisme que célébrait Guesde en des termes triomphants, c'est surement Roubaix. Ce succès du socialisme en milieu ouvrier représente sans aucun doute une sérieuse menace pour l'Église.

* 55 SOUVESTRE(E.), Confession d'un ouvrier, p. 160.

* 56 NÉMETH (A.), la commune de Paris, Paris, l'harmattan, 2011, p. 242.

* 57 ROUGERIE (J.), Simone Delattre, Les Douze heures noires. La nuit à Paris au XIXe siècle, Paris, Albin Michel, 2000, 679 p.

* 58 SIROT (S.), La grève en France : une histoire sociale (XIXe-XXe siècle), Paris, Odile Jacob, 2002, 306 p.

précédent sommaire suivant