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Léon Harmel et l'usine chrétienne,ancêtre des comités d'entreprises


par YVES LAURENT KOUAME
POITIERS - MASTER II HISTOIRE DU DROIT 2016
  

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§ 2. Le socialisme : une sérieuse menace contre l'Église

Le socialisme et le catholicisme social s'adresse à la même cible : le milieu ouvrier. Aussi une lutte s'engage entre ces deux courants. Les socialistes pour gagner le monde ouvrier n'hésitent pas à y propager leurs idées athées (A) et anticléricales (B).

A. Le socialisme : un courant qui diffuse de l'athéisme en milieu ouvrier

Au XIXe siècle la science est capable de tout expliquer, le siècle précédent des Lumières a vu le sacre de la pensée rationnelle, de la connaissance, des idées nouvelles. À partir du moment où la science est capable de tout expliquer, Dieu n'expliquera plus rien car si l'homme peut tout faire alors il n'a plus besoin de Dieu. N'est ce pas parce que l'on n'arrivait pas à expliquer certains phénomènes que l'on s'abandonnait à la foi ? Dès le moment où nous sommes capables d'expliquer ces phénomènes, le recours à Dieu qui en serait l'auteur n'est plus nécessaire. C'est ainsi que les socialistes se saisissent des idées scientifiques pour développer une doctrine basée sur le rejet de la religion.

En France la religion dominante étant le catholicisme, les critiques vont principalement vers elle. Les socialistes s'appuient sur des courants comme le positivisme. Le positivisme est un mouvement qui est d'ailleurs présenté par Maurice Agulhon comme « la vérité du socialisme »59(*). C'est un ensemble de courants qui considère que seules la connaissance et l'étude des faits vérifiés par l'expérience scientifique peuvent décrire (et non expliquer) les phénomènes du monde. Il a fortement marqué la plupart des domaines de la pensée occidentale du XIXe siècle, exerçant une forte influence aussi bien sur l'empirisme logique que sur le marxisme, entre autres. Il est très critique vis-à-vis des religions et les attaque. Il sera à cet effet utilisé par plusieurs auteurs socialistes.

Parmi les formes d'incroyances qui se réclament de la science, une des plus importantes est évidemment le marxisme. Car le marxisme est une sorte d'« athéisme d'origine sociopolitique »60(*). Le développement du marxisme en France apparait comme une menace directe pour l'Église. Les socialistes tels Proudhon, Marx, Collins s'attaquent avec véhémence à Dieu et reçoivent bon accueil auprès des populations ouvrières. La pensée positive est l'adversaire le plus redoutable pour l'Ancien ordre social qui a une foi profonde en Dieu. Le positivisme n'est plus en ce milieu du XIXe siècle seulement restreint dans les livres. Il parle, enseigne. Il a des chaires, des cours publics et gratuits tous les dimanches. L'idée est là. Il faut éloigner les populations ouvrières de Dieu même le Dimanche qui est consacré comme jour du Seigneur ne fait pas exception. On en profite pour enseigner le socialisme et toutes ces pensées athées à la masse. On leur apprend le discours de Marx qui déclare que « la religion est le soupir de la créature accablée ». Il faut dans ce cas pour les ouvriers ne plus s'en remettre à un Dieu qui va écouter leur larmes mais plutôt compter sur eux-mêmes, sur leurs propres forces. Il leur faut suivre un dogme nouveau, ce dogme nouveau appelle un régime nouveau. Ce régime nouveau c'est le socialisme. Un régime qui va instaurer une révolution sociale en renversant l'ancien ordre social qui opprimait les ouvriers. Mais pour arriver à cette grande révolution sociale, il faut détruire la religion, effacer Dieu de la pensée ouvrière. C'est le préliminaire indispensable pour les socialistes61(*). Un dogme nouveau, un nouveau culte doivent surgir afin qu'une société prenne la place de l'ancienne. Le socialisme n'hésite pas à se voir comme une religion.

Jaurès, suivi en cela par Blum, considère le socialisme comme le terme, le point d'aboutissement, la somme du savoir humain, de toutes les beautés, de toutes les vertus qu'a engendré l'humanité depuis le commencement des âges. Pour ces auteurs socialistes toutes les facultés de l'humanité aboutissent au socialisme. La pensée grecque, le prophétisme juif, la morale chrétienne, Socrate, Jésus. La grande force politique et administrative de Rome, la société universelle du moyen âge, la liberté novatrice de la Renaissance, la société classique de la monarchie, le rationalisme. En un mot le socialisme est le point de concordance, la synthèse nouvelle de tout ce qui a valeur de vérité, d'art, de morale dans l'humanité62(*).

Dans ce cas, à quoi servirait pour les ouvriers, le fait de s'attacher à une religion qui a une partie de la vérité quand on peut avoir la synthèse de toutes les vérités dans le socialisme ? Rien. Tout est dans le socialisme, il faut adhérer aux idées socialistes et abandonner Dieu car la religion est un produit de l'activité humaine et non l'inverse. Marx disait à ce propos que « c'est l'homme qui fait la religion et non la religion qui fait l'homme »63(*).

Harmel a bien compris le danger que représente l'idéologie socialiste. Il s'acharne donc à l'attaquer dans toutes les conférences, les réunions où il a voix au chapitre. Il réplique sur le discours socialiste athée tendant à faire de la religion, l'ennemi de la science en déclarant qu' « un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science en rapproche »64(*). Si donc les socialistes s'éloignent de Dieu, c'est plutôt à cause de leur méconnaissance de la science plutôt qu'une prétendue découverte de la vérité qui ne serait pas dans la religion. La religion catholique est, à ses yeux très proches de la vérité scientifique. Harmel semble paraphraser Saint Cyprien de Carthage qui disait, « en dehors de l'Église point de salut ». Avec Harmel cette phrase pourrait signifier « en dehors de l'église point de vérités scientifique ». Son point de vue est défendu par Dupanloup, Évêque d'Orléans qui voit dans l'Évangile des « vérités acquises, incontestées » depuis dix huit siècles. Le prélat se désole aussi de l'accueil qui est réservé dans la société Française à ces erreurs. Pour lui si les esprits funestes qui essaient de contester les vérités de la Religion ont audience, c'est bien parce que la société française est « vieille et légère »65(*). Harmel appelle à son niveau au patriotisme et au sens chrétien de ses contemporains pour éliminer l'influence des doctrines socialistes « qui se sont propagées sous le prétexte de la critique historique ». Toutes les affirmations du socialisme sont battues en brèche par Harmel qui les considère comme des « erreurs », de « la vaine science » car elles mettent en avant des hypothèses qui se révèlent n'avoir aucune base sérieuse. À l'appui de ces propos, il met en avant le fait « qu'un relevé fait de 1850 à 1890 a constaté 747 hypothèses dont 74 ont encore des tenants, le reste à disparu »66(*). Ce relevé montrerait selon lui que 90 % des thèses du socialisme sont erronées. Les ouvriers sont donc amenés à porter la plus grande prudence aux fausses théories et à s'attacher à la seule vérité qui existe depuis des siècles : le Catholicisme.

Après avoir émis des théories niant Dieu, le socialisme va plus loin dans la voie de la lutte contre l'Église en propageant l'anticléricalisme. La bataille entre le socialisme et l'Église prenait ainsi un autre tournant.

* 59 Société d'Histoire de la révolution de 1848 et des révolutions du XIXe, Le XIXe Siècle et la révolution française, Paris, Creaphis, 1992, p. 362.

* 60 NATANSON (J.-J.), La mort de Dieu : essai sur l'athéisme moderne, Paris, Puf, 1975, p. 30.

* 61 DUPANLOUP (F.), L'athéisme et le péril social, Paris, Charles Douil, 1866, p. 150.

* 62 FRAPET (D.), Le socialisme selon Blum, Nonette, Éditions Créer, 2003, p. 53.

* 63 Marx cité in L'esprit de scission, p. 77.

* 64 HARMEL (L.), Lettres de Léon Harmel à ses enfants, p. 33.

* 65 DUPANLOUP (F.), L'athéisme et le péril social, Paris, Charles Douil, 1866, p. 150.

* 66 HARMEL (L.) Lettres de Léon Harmel à ses enfants : voyage à Rome, février 1899, Chambéry : Impr. générale de Savoie, 1899, p. 37.

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