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Léon Harmel et l'usine chrétienne,ancêtre des comités d'entreprises


par YVES LAURENT KOUAME
POITIERS - MASTER II HISTOIRE DU DROIT 2016
  

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B. Le socialisme : un courant anticlérical virulent propagé en milieu ouvrier

L'anticléricalisme se définit comme une opposition à l'Église en tant que corps, c'est le refus de l'Église et de ses dogmes67(*). L'anticléricalisme touche d'abord les classes bourgeoises puisque c'est elles qui, dès le début de la Monarchie de Juillet vont s'éloigner nettement des sacrements. Ce sont ces classes qui reçurent d'abord les idées anticléricales et Voltairiennes.

Et dans la bataille pour le peuple qui se joue entre les catholiques sociaux et les socialistes, tous les coups sont permis. C'est ainsi que les socialistes qui ne sont pas à l'origine de l'anticléricalisme vont utiliser les arguments des anticléricaux pour affaiblir leur adversaire : l'Église. La peur de l'Église n'est pas absente du discours anticlérical. Peur que l'Église ne s'empare du pouvoir, peur qu'elle contrôle l'espace public68(*).

Harmel n'est pas dupe, il voit la stratégie des socialistes, c'est pourquoi il appelle ces coreligionnaires à intensifier la bataille contre le socialisme et, le socialisme seul car pour lui le libéralisme a « fait son temps », il ne méritait pas qu'on lui consacre des efforts qui seraient d'ailleurs une perte de temps, d'énergie et une erreur stratégique. Il faut concentrer tous ses efforts à anéantir le socialisme puisqu'à l'avenir les grandes luttes seront « réservées entre le catholicisme et le socialisme »69(*). De leur coté, les socialistes ne font pas aussi de cadeaux à l'Église.

Les thèses des socialistes pour gagner le monde ouvrier consistent à proclamer que l'Église est défenseur du capitalisme mais pourfendeur du socialisme70(*). Ainsi ils arrivent à susciter le mécontentement des classes ouvrières oppressées par le capitalisme industriel. Les socialistes n'hésitent pas à s'en prendre au fait que certains prêtres « présentent l'inégalité entre les hommes comme une loi divine »71(*). Ce discours accroche les travailleurs des campagnes qui, une fois arrivés en ville ne comprennent pas le discours de l'Église. Un discours différent de celui qu'ils ont entendu jusqu'alors. Ils deviennent dès lors pour la plupart anticléricaux.

Un autre événement va accentuer l'anticléricalisme dans le mouvement ouvrier. Après les massacres de juin 1848, Pierre Leroux penseur socialiste se tourne vers les prêtres qui siègent à l'Assemblée Constituante pour leur demander d'intervenir en faveur des insurgés condamnés. Il y eut un silence dans la salle. Ce silence montre que les prêtres ont bien choisi leur camp. Ce camp, ce n'est pas celui des insurgés pour la plupart des ouvriers. C'est plutôt celui du parti de l'Ordre. Ce silence constitue aussi aux yeux des ouvriers une trahison de l'Église envers le mouvement ouvrier. Mais on peut voir dans cette démarche de Pierre Leroux une stratégie politique visant à consolider l'anticléricalisme au sein du mouvement ouvrier car il est sans savoir que les prêtres prendraient la défense du parti de l'Ordre contre les insurgés. Il cherchait juste à montrer aux ouvriers que les thèses qu'il défend sur le lien entre l'Église et la bourgeoisie sont justes. Le soutien accordé par l'Église à la politique d'Adolphe Thiers ne pouvait qu'exaspérer l'anticléricalisme populaire.

Par ailleurs à l'appui des thèses socialistes Duroselle démontre que les liens Église, grande industrie n'ont jamais été aussi étroits 72(*). On pouvait voir évêques et Archevêques inaugurer les « oeuvres sociales » des industriels en invitant chaque fois à une collaboration des classes. Pour les socialistes, ce paternalisme qui se met en place est une hypocrisie du catholicisme social. Il apparait selon eux comme « une revanche de l'aristocratie nobiliaire, appuyée par l'Église et parlant en son nom contre l'usurpation sociale de la classe industrielle, mercantile, bourgeoise »73(*). Raison pour laquelle, ils exhortent les ouvriers français à la méfiance car tout ce qui vient de l'Église doit être pris avec méfiance, elle qui a toujours été la « complice des riches »74(*)

Ces idées séparent chaque jour la masse ouvrière de l'Église, le pape Léon XIII dont Léon Harmel est le camérier en a conscience aussi, il n'hésite pas à la suite d'Harmel à attaquer les idées socialistes qu'il qualifie de « systèmes étranges soi disant philosophiques mais insensés, sauvages, barbares ». Toutes ces répliques données au socialisme même venant du souverain pontife ne suffisent pas à faire reculer le socialisme au sein de la classe ouvrière. Le mal est profond, le monde ouvrier se « decathocilisait ». Déjà sous le Second Empire à Lille, moins de 10 % des ouvriers fêtaient la Pâques75(*). Lille qui était pourtant au Nord dans le bastion du paternalisme catholique industriel.

Face aux succès du socialisme dans le Nord et auprès des ouvriers, Harmel va tenter d'apporter une réponse pratique au mal de l'Ouvrier.

* 67 BAUBÉROT (J.) (Coll.), BÉDARIDA (F) (éd.), BONNET (S.) (Éd.), Christianisme et monde ouvrier, Paris : Éditions ouvrières, 1975, p. 74.

* 68 REMOND(R.), L'anticléricalisme en France de 1815 à nos jours, Librairie Artème Fayard, p. 10.

* 69 HARMEL (L.), Lettres de Léon Harmel à ses enfants : voyage à Rome, p. 42.

* 70 Christianisme et monde ouvrier, p. 18.

* 71 Christianisme et monde ouvrier, p. 77.

* 72 DUROSELLE (J-B.), Les débuts du catholicisme social (1822-1870), Paris, Puf, 1951, p. 653-655.

* 73 Vie ouvrière du 20 novembre 1909.

* 74 Vie ouvrière du 20 septembre 1910.

* 75 PIERRARD (P.), La vie ouvrière à Lille sous le second Empire, Paris, Éditions Charles Corlet, 1991, p. 213.

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