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Adolescents placés : des familles à  l'épreuve du lien


par Rozenn Léauté
ITES Brest - DEES 2015
  

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II.2.b - Les parents face au placement

Concernant les mères, il s'agit « souvent de mères qui font à l'enfant des promesses jamais tenues, lui donnant des rendez-vous sans cesse manqués et lui manifestent, entre deux rejets, un intérêt parfois passionné ou l'enfermement dans une relation fusionnelle empêchant manifestement une symbolisation des déficiences. Il arrive également que ces femmes, dont le passé est marqué fréquemment par la blessure de l'abandon, traitent l'enfant comme s'il s'agissait de leur propre mère, attendant de lui qu'il les protège, les soutienne ou les console, dans l'incapacité où elles sont de le protéger, le soutenir, le consoler. Cette attente l'investit d'une responsabilité inopportune et non seulement l'empêche de verbaliser l'abandon dont il est victime, mais lui fait craindre de délaisser cette mère infantile lors de la séparation que l'incapacité de celle-ci à le prendre en charge a rendue inévitable.»1

C'est le cas d'Adrien qui présente des troubles psycho-affectifs. Souvent déçu par les absences de sa mère en visite (visites médiatisées d'1 heure en lieu neutre prévues tous les 15 jours), il a pu exprimé ceci :

« Avec maman, je ne sais pas ? Parfois, elle dit mais elle ne fait pas ! »

Son assistant familial a remarqué qu'il était souvent stressé les veilles de visites.

Par exemple, concernant la visite suivant la période de Noël, la maman d'Adrien ne s'est pas présentée. Adrien s'est enfermé dans un mutisme. J'ai pris contacte devant lui afin qu'il constate qu'elle ne répondrait pas au téléphone. Il semblait oscille entre la déception qu'elle ne soit pas là, et l'inquiétude qu'il lui soit arrivé quelque chose.

Les troubles psycho-affectifs dont souffrent ces enfants sont définis par le psychothérapeute comme étant « généralement dû à une démission du couple parental, à un contexte socio-culturel défavorisé, à l'absence ou l'indifférence du père et à l'insuffisance de la mère. [...] Les parents ont souvent eu une enfance ou une adolescence perturbée : instabilité, immaturité. [...] Les filiations sont parfois confuses, et les déménagements multiples.[...] Les enfants sont retirés souvent pour cause de mauvais traitements, d'abus, d'absence de soins. [...] Pendant le placement, les familles continuent à intervenir mais souvent irrégulièrement. »2

1 Françoise GASPARI-CARRIERE, op.cit., p.29

2 Françoise GASPARI-CARRIERE, ibid.

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Certains parents sont dans le déni de leurs difficultés à s'occuper de leur enfant. Ils ne peuvent accepter le placement et continuent de penser que les travailleurs sociaux sont responsables de cet aboutissement. Il arrive qu'ils convainquent leur enfant de cette idée.

Cela me rappelle le discours de la maman de Jules. C'est un discours ambivalent. Elle peut parfois réaliser que le placement est dû à sa difficulté de prendre en charge ses enfants, et parfois remettre la faute sur les services sociaux. Jules, perdu dans le discours de sa mère, croit maintenant que :

« si les familles d'accueil n'existaient pas, je ne serais pas placé ».

Par exemple, lors de la signature du contrat de séjour, elle a demandé à réduire les périodes d'accueil de ses deux enfants chez elle car ils étaient difficiles à gérer ensemble. Deux mois plus tard, elle s'est rendue compte qu'elle voyait moins ses enfants. Elle s'est mise en colère contre le service, précisant que cette situation était de notre fait.

Dans ce genre de cas, les parents et leur enfant créent une alliance contre les personnes qui les aident ; familles d'accueil, éducateurs, psychologues, psychiatres...

Un conflit de loyauté peut se mettre en place entre les parents et la famille d'accueil. L'enfant se retrouve alors au milieu de tout cela, sans repères.

C'est le cas de Damien et son frère. Lors de ses droits de visite, le père de Damien et Yvan dénigre la famille qui les accueille. Les garçons quant à eux, se plaignent du quotidien chez Mr et Mme R, afin d'alimenter le conflit. En réalité, ils se plaisent dans la famille d'accueil, et ne les critiquent pas lors de nos entretiens, mais il leur est absolument impossible de dire à leur père qu'ils y sont bien.

Je remarque que les parents ont une part importante dans le conflit de loyauté que subit l'enfant. Sa difficulté à faire un choix est souvent attisée par la jalousie dont souffrent la plupart des parents séparés de leur enfant.

Suite à ce constat, je vais vous présenter la fonction des assistants familiaux qui est essentielle dans la prise en charge de l'enfant, qui y vit au quotidien.

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