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Adolescents placés : des familles à  l'épreuve du lien

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par Rozenn Léauté
ITES Brest - DEES 2015
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II.3 - Le rôle des assistants familiaux

En 2009, « la famille d'accueil est le mode d'accueil privilégié en Europe. En France, 60 % des enfants placés sont accueillis dans des familles », indiquent Jeanne CHOIQUIER et Yvette MOULIN.1

Une famille d'accueil a une fonction d'accueil permanent d'un enfant, de jour comme de nuit. L'assistant familial, qui a la responsabilité de l'enfant et dont c'est le métier, est rémunéré par le service qui l'emploie (le Conseil départemental ou le PFS).

Ce mode de placement est en effet un moyen pour l'enfant de retrouver une vie familiale et de se construire dans un environnement affectif et sécurisant. Il y trouve un modèle familial adapté et qui lui permet de grandir sereinement.

La famille d'accueil s'adapte à l'histoire et aux troubles de l'enfant, en essayant de l'intégrer au maximum dans la famille. Parce que « accueillir et apporter les soins quotidiens à un enfant qui a déjà construit (en réalité et/ou dans l'imaginaire) des relations particulières avec ses parents implique des remises en cause et des adaptations continuelles par rapport à ses propres projets éducatifs. »2

La profession d'assistant familial est différenciée de celle d'assistante maternelle depuis la « loi n° 2005-706 du 27 juin 2005 relative aux assistants maternels et aux assistants familiaux. » 3

Les assistants familiaux sont tenus à la confidentialité, et à communiquer tout ce qui concerne l'enfant dans son quotidien. Ils assistent aux réunions pour le Projet personnalisé de l'enfant, et aux synthèses annuelles. Ils ont pour mission de suivre leur santé, leur parcours scolaire. Il est important qu'ils soient à l'écoute de l'enfant, tant sur sa communication verbale que non verbale. C'est-à-dire qu'ils doivent transmettre les signes de bien-être ou de mal-être de l'enfant au service.

On remarque dans cette profession, « [...] une image très idéalisée de l'assistant familial et un investissement personnel fort. Ce grand désir de réparation, cet espoir d'aider

1 Jeanne CHOIQUIER et Yvette MOULIN, op.cit., p.11

2 Jeanne CHOIQUIER et Yvette MOULIN, ibid., p.62

3 http://legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000812591&categorieLien=id

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les enfants à s'épanouir malgré leurs difficultés, ce rêve de leur offrir l'harmonie d'un nouveau foyer, constituent les fondements du choix de ce métier. Mais trop enfermées parfois dans l'image d'une mère idéale, puis d'une assistante familiale efficace, les femmes qui exercent ce métier peinent à poser leurs propres limites. Dans un élan fort de donner, d'être disponibles à l'autre, voire toutes-puissantes devant les difficultés, elles peuvent être tentées de banaliser, ou de nier, les réalités de certaines situations parce qu'elles s'opposent à leur souhait de réussir. Cet investissement par ailleurs positif doit être médiatisé par le placement familial. »1

Dans la société, les familles d'accueil sont perçues comme étant des familles modèles. Une simple dispute dans le couple parental peut être jugée dangereuse pour l'enfant accueilli. Ou si l'un de leurs propres enfants est défaillant, on suppose qu'ils ne peuvent pas être de « bons » parents et donc une « bonne » famille d'accueil. Les suspicions de maltraitance sont très courantes car aujourd'hui, la moindre action envers l'enfant est contrôlée par les services sociaux. Il arrive en effet que des méthodes de contention soient utilisées dans certains cas de violence extrême de l'enfant. Cela doit être travaillé en équipe afin d'en évaluer justement la nécessité, pour que ces techniques soient mises en oeuvre à bon escient.

D'après le témoignage de ces assistantes familiales et ce que j'ai observé lors de mon stage, il est évident que certaines familles d'accueil banalisent des faits, estimant qu'elles se doivent de les gérer par elles-mêmes.

C'est le cas d'une assistante familiale qui accueille 2 frères depuis leur plus jeune âge. N'ayant pu avoir d'enfants, elle et son mari les élèvent comme leurs propres fils. Elle est ravie de nous rapporter la réponse du plus jeune lorsqu'elle lui demande qu'est-ce qu'une famille d'accueil, et qu'il répond :

« C'est une famille-parent d'amour »

Malgré son professionnalisme, elle a parfois du mal à voir les difficultés de comportement des garçons. Le service intervient régulièrement auprès des enfants et de l'assistante familiale pour ramener la réalité de leur situation et éviter que famille d'accueil ne s'approprie les enfants, et que les enfants en oublient leur famille d'origine.

1 Jeanne CHOIQUIER et Yvette MOULIN, op.cit., p.75

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II.3.a - Les familles d'accueil relais

De manière à éviter la multiplicité des séparations pour l'enfant qui en a déjà subies, l'équipe met en place des familles d'accueil relais. Cela permet de soulager la famille d'accueil et faire en sorte que le placement perdure. Cette alternative existe depuis quelques années et se pratique de plus en plus.

Il s'agit de placer les enfants dans une autre famille d'accueil le temps d'un week-end ou des vacances. Aujourd'hui, les mêmes assistants familiaux relais sont souvent sollicités pour les mêmes jeunes, afin de garder une certaine stabilité. Généralement, ces week-ends ou vacances permettent à l'enfant et à la famille d'accueil permanente de se ressourcer pour éviter un épuisement psychique de chacun d'entre eux.

L'enfant placé qui arrive dans une nouvelle famille d'accueil, passe souvent par une période surnommée « lune de miel ». Dans le contexte des relais, comme cela reste exceptionnel, il ne profite que des bons côtés de la famille d'accueil relais. Le fait de se retirer du quotidien habituel permet à l'enfant de rentrer apaisé. Parfois, si c'est une période compliquée dans sa famille d'accueil permanente, l'enfant peut se projeter dans cette autre famille d'accueil :

Amélie a une nouvelle famille d'accueil relais depuis quelques mois. Elle y passe 2 week-ends par mois. Elle est dans cette période de « lune de miel », de séduction. Son assistante familiale permanente part en retraite à la fin de l'année. Elle recherche alors de l'affection auprès de la famille d'accueil relais, et se projette chez eux après la fin du placement. Pour exemple, elle s'intéresse d'abord indirectement, aux moyens de transports possibles :

« Comment il fait le voisin pour aller à l'école ? »

Puis demande directement à l'assistante familiale :

« Si on te demandait de me garder tout le temps, qu'est-ce que tu dirais ? »

C'est lors de cette période de « lune de miel » que le lien d'attachement se crée. Et après quelques temps passés dans la famille, l'enfant expérimente parfois ce lien.

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