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Adolescents placés : des familles à  l'épreuve du lien


par Rozenn Léauté
ITES Brest - DEES 2015
  

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II.2 - Le placement vécu par l'enfant et ses parents

La séparation des enfants de leur famille d'origine est parfois source de nombreuses incompréhensions de la part des enfants placés. Cette mesure est prise dans le but nécessaire de les protéger de tout danger et leur permettre de recevoir l'affection et l'éducation dont ils ont besoin. Les mauvais traitements qu'ils ont subis perturbent leur développement psychologique.

II.2.a - L'enfant face au placement

La particularité de l'enfant placé est la séparation (physique et psychique) précoce de sa famille naturelle. Il s'identifie à 2 familles, la sienne, et la famille d'accueil. Cela génère très souvent un conflit de loyauté. Il ne veut pas être déloyal envers ses parents, mais est aussi attaché à la famille qui l'accueille.

De plus, c'est souvent un grand écart du niveau de vie entre les parents qui vivent dans la précarité, la violence, l'addiction parfois, et la famille d'accueil qui vit dans un logement confortable et travaille dans l'intérêt du bien-être de l'enfant. Comme le spécifie Christian ALLARD, responsable d'un placement familial du Val-de-Marne, dans son livre Pour réussir le placement familial, l'enfant est confronté à des images parentales porteuses de loi, et bénéficie de réponses différentes de la part de la famille d'accueil. Il est « tiraillé » entre ses deux figures d'attachement.

Lorsqu'il tente de mettre à mal le placement, il fait en sorte de changer de famille d'accueil ou d'être admis en foyer éducatif. Son objectif est le retour chez ses parents, même s'il est conscient qu'ils ont été défaillants. Et il ne veut plus connaître cette difficulté à se positionner entre l'attachement qu'il a créé avec sa famille d'accueil et ce qu'il pense devoir à sa famille d'origine. Il se protège face à la complexité d'aimer ses parents et sa famille d'accueil en même temps. « Les enfants placés idéalisent le lien. [...] ont une mauvaise estime de soi. [...] la force du clivage, aimer l'un c'est faire disparaître l'autre ou le rendre mauvais. Le but ultime est le retour chez leur parents. [...] Ils sont dans un pèlerinage vers l'objet originel. [...] Le désir de retourner vers des parents insatisfaisants. »1

1 Maurice BERGER, L'enfant et la souffrance de la séparation (divorce, adoption, placement). Paris : édition Dunod, 1997, p.89-108

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« L'enfant adore (idolâtre) ses parents. Plus il est insatisfaisant, moins il est critiquable. Il est dans un déni très fort »1 explique Maurice BERGER.

L'enfant placé est souvent dans le déni des difficultés de ses parents. Pensant qu'il est responsable du placement, il peut être caractérisé d'enfant « abandonnique », c'est-à-dire « négligé, triste, distant, affectueux, instable, volage, en échec scolaire, ayant des troubles du comportement ou somatiques, caractériel, associal, timide, discret, énurésique, encoprésique, désordonné, brouillon, mal orienté dans l'espace et dans le temps, artificiel, décousu dans ses discours, énigmatique, sceptique, méfiant »2, tel que le définit Françoise GASPARI-CARRIERE, psychothérapeute d'enfants à Montpellier, dans son livre Les enfants de l'abandon, traumatismes et déchirures narcissiques.

Cette culpabilité qu'il porte sur lui se répercute sur sa vie sociale et scolaire. Dans la craint de l'abandon, l'enfant peut emprunter des comportements agressifs envers ses pairs pour tester le lien affectif. Et à l'école, trop préoccupé par ses difficultés personnelles, l'enfant peut développer des problèmes de concentration et de comportement.

En effet, selon Maurice BERGER, « les enfants ont souvent des difficultés scolaires massives, une perte de capacités intellectuelles [...] »3

Nous avons pu vérifier les capacités scolaires d'Amélie en cours d'intégration au collège en classe de 5ème SEGPA. Mais ses troubles du comportement ne lui permettent pas de suivre une scolarité ordinaire, c'est pourquoi elle est scolarisée en ITEP. Complètement débordée par son histoire de vie, malgré ses capacités, Amélie a des difficultés à s'insérer socialement. Elle ne sait comment se comporter avec les autres et notamment avec les garçons auprès desquels elle joue de sa séduction.

Le placement est donc vécu difficilement pour la majorité des enfants, du fait de la séparation avec leurs parents. Mais, comment ces derniers se comportent dans cette situation ?

À présent, je vais étudier la position des parents face au placement de leur enfant.

1 Maurice BERGER, L'échec de la protection de l'enfance, op.cit., p.48

2 Françoise GASPARI-CARRIERE, « Les enfants de l'abandon » Traumatismes et déchirures narcissiques. Paris : éditions Privat, 1989

3 Maurice BERGER, L'échec de la protection de l'enfance, op.cit., p.2

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