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Adolescents placés : des familles à  l'épreuve du lien


par Rozenn Léauté
ITES Brest - DEES 2015
  

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II.4 - L'adolescence, une période qui fragilise le placement

Au début de mon stage, je me suis interrogée sur les fins de placement. Et je me suis questionnée quant à la fréquence des fins de placement au moment de l'adolescence. Tout d'abord, je vais définir ce qu'est l'adolescence. Puis, à travers des exemples, j'évoquerai les répercussions sur la vie en famille d'accueil.

II.4.a - Qu'est-ce que l'adolescence ?

Selon David LE BRETON, anthropologue sur la notion d'adolescence, le mot « « Adolescence » est emprunté au latin adolescens, participe présent de adolescere qui signifie grandir. L'adolescent est donc celui qui étymologiquement « est en train de grandir », contrairement à l'adulte, du participe passé adultus, celui qui a cessé de grandir. »1

L'adolescence a une histoire. Jusqu'au milieu du XIXème siècle, l'humain de notre société passait directement du statut d'enfant à celui d'adulte par des rites de passages, ou initiatiques. Depuis, l'enfant reste de plus en plus longtemps dans sa famille alors que les aïeuls en sont exclus, c'est l'apparition de la famille moderne.

La période de latence entre la puberté et le départ du foyer est aujourd'hui appelée adolescence, et est considérée par les spécialistes comme étant « difficile », notamment pour Michèle EMMANUELLI, psychologue clinicienne, qui publie dans le livre L'adolescence des éditions Que sais-je : « On ne peut comprendre ce qui se joue à l'adolescence sans l'éclairage de la psychanalyse. Celle-ci, à la fin du XIXè siècle, a opéré une révolution dans le regard porté sur l'enfant et l'adolescent, en dévoilant l'existence de la sexualité infantile et du complexe d'oedipe. »2

Dans la mythologie grecque, OEdipe tue son père pour avoir une relation sexuelle avec sa propre mère. Le complexe d'oedipe est pour Freud, le petit garçon qui tombe amoureux de sa mère et désir tuer son père. Il définit l'adolescence comme étant le moment où l'enfant se dirige vers d'autres objets sexuels.

1 David LE BRETON et Daniel MARCELLI, Dictionnaire de l'adolescence et de la jeunesse. Paris : Quadrige/PUF, 2010, p.15-16

2 Michèle EMMANUELLI, L'adolescence. Paris : éditions Que sais-je, 2010

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Vers 12 ans, l'adolescent cherche alors à se séparer psychiquement de ses parents, par exemple en appartenant à un groupe et en réclamant plus de liberté d'action. C'est souvent cela qui active le conflit avec ses parents. Parfois, selon Sébastien LE LAY, formateur en psychologie, il peut passer par ce qu'on appelle en psychologie une « phase transitoire dépressive » lors de laquelle « la bande ne suffit pas, et même l'ami intime ne peut pas comprendre. L'adolescent est en proie à la mélancolie. La vie est un supplice, tout est injuste. La perte des parents est trop forte. La bande et les copains ne suffisent pas, cela crée un vide métaphysique. C'est là qu'il crée un journal intime dans lequel il transmet son abandon. »1

Pour certains, cette période charnière est source de crises dépressives, de violences vis-à-vis de ses pairs ou de soi-même, qui sont dues à une souffrance massive de l'acceptation de changement de son corps ou de réactivation de carences infantiles.

« En 1951, John Bowlby reprend ces travaux dans un rapport à l'OMS où il démontre les effets de la carence de soin précoce sur le devenir de l'enfant puis de l'adolescent, établissant ainsi un lien entre conditions affectives et éducatives de la petite enfance et conduites délinquantes ou violentes ultérieures. »2

C'est également l'apparition des signes de la puberté. Les filles développent leur poitrine, les poils apparaissent, et elles découvrent les menstruations et l'acné. Les garçons découvrent l'érection, la masturbation, et également les poils et l'acné.

En effet, selon la revue Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence n°3, « le corps constitue le lieu privilégié d'expression des modifications qui engagent le jeune sujet sur le chemin de la vie adulte. [...] Passage de la sexualité infantile à la génitalité. [...] La reprise de la flambée oedipienne contribue à rendre tout à la fois inévitable et difficile la prise de distance avec les premiers objets d'amour et de rivalité. [...] Travail identificatoire : le cheminement adolescent implique l'élaboration du travail de séparation avec les objets oedipiens et avec l'image de soi idéalisée. »3

C'est un moment où le jeune cherche à s'accepter comme une personne intéressante, méritant d'être aimée. Il va s'identifier à ses pairs, et tenter de s'intégrer socialement.

1 Sébastien LE LAY, Cours de psychologie sur l'adolescence, ITES Brest, 2012

2 David LE BRETON et Daniel MARCELLI, op.cit.

3 Neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence n°3, 2001, p.232

A l'école, les jeunes sont soumis à des violences telles que harcèlement, racket, vol, moqueries. Chez les garçons, les meneurs de la bande vont choisir un souffre-douleur sur lequel ils déchargeront toute la violence qu'ils ont en eux. Les filles, elles, vont être très critiques sur l'apparence. (Elles vont regarder si l'autre est bien habillée, jolie, si elle a des boutons, pas assez de poitrine, si elle est trop grande, trop petite...). A cette période du collège, tout est prétexte à se moquer. On se moque pour se sur-estimer, se prouver qu'on est « meilleur que l'autre ».

L'adolescent qui ne se sent pas intégré peut se replier sur lui-même, développer des problèmes d'hygiène, d'alimentation, et perdre confiance et estime de lui. Les passages à l'acte se traduisent par des scarifications, des troubles alimentaires, des fugues, des alcoolisations à risque ou encore des tentatives de suicide.

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