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Adolescents placés : des familles à  l'épreuve du lien


par Rozenn Léauté
ITES Brest - DEES 2015
  

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III.1.b - Déroulement des temps de parole

(Cf annexes 3 et 4, p.63 à 66)

- Les temps de parole ont duré 1h30 chacun.

- 3 assistants familiaux sont venus au 1er temps, et 4 au 2ème.

- La personne qui ne s'était pas présentée la première fois avait oublié le rendez-vous.

- Le taux d'absence sur les deux temps de parole est ainsi négligeable.

Pour le 1er temps de parole, j'ai beaucoup écouté les assistants familiaux. Volontairement, j'avais préparé peu de questions. Ce 1er atelier a été plus désordonné que le second, mais il m'a permis de recueillir toutes les informations que me donnaient les assistants familiaux, afin d'avoir de la matière par la suite.

Lors du 2ème temps de parole, j'ai repris les grands thèmes évoqués la première fois, et j'ai apporté mes connaissances. Mes questions étaient préparées. Je les ai ciblées en lien avec ces thèmes et le travail des éducateurs du PFS. J'ai fait en sorte de créer du lien entre les questions abordées. Le 2ème temps de parole a ainsi été plus fluide et axé sur ma problématique.

Ces temps permettent d'avoir une vision du travail de l'assistant familial au quotidien. C'est un temps d'analyse de pratique lors duquel les assistants familiaux bénéficient de moyens pour parler de leurs expériences d'accueil. Ils peuvent comparer leurs façons de procéder, et s'inspirer de ce que les autres ont pu mettre en place.

Évidemment, chaque jeune évolue différemment. Mais j'ai senti que ces échanges rassuraient les familles en prenant conscience qu'ils n'étaient pas les seuls face à certaines problématiques.

Mon premier constat a été que les assistants familiaux étaient beaucoup dans l'anecdotique, et moins dans le conceptuel. Il m'a été difficile de faire des liens avec mes connaissances pour organiser leurs propos.

Je vais d'abord vous exposer les thèmes abordés, en y apportant quelques pistes de réflexion. Puis, j'évoquerai les difficultés exprimées par les assistants familiaux dans leur quotidien et la manière dont les éducateurs peuvent les soutenir.

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III.1.c - Thèmes étudiés L'hygiène corporelle

Ce sujet concernait tous les adolescents dont il était question en groupe de parole. Pour la plupart, la douche n'est pas toujours prise correctement et certains enfants ont des pertes urinaires ou fécales qui se manifestent jusqu'à leur majorité sexuelle. Cela peut être dû à une mauvaise acquisition de la propreté étant petits, à des troubles psychologiques ou physiologiques. C'est une problématique difficile à gérer par les familles d'accueil. Il leur faut s'armer de patience et effectuer beaucoup de tâches ménagères :

« on râle, on fait la morale, on répète tout le temps la même chose ».

L'assistante familiale de Jules se demande si ce n'est pas volontaire de sa part, et à l'impression de ne pas avancer avec lui quand elle le voit ne pas se contrôler de cette façon. Mr R a proposé une méthode qu'il a adopté avec l'un des jeunes qu'il accueille pour qu'il n'utilise plus de protections. Les autres professionnels ont écouté attentivement.

Je leur ai conseillé de retenir la méthode qui semble efficace, pour l'appliquer avec leurs jeunes si besoin.

La sexualité et Internet

Chaque assistant familial travaille différemment le sujet de la sexualité (à partir de lectures de bande dessinées sur le sujet, échanges lors de repas).

J'ai proposé que ce sujet soit développé plus régulièrement dans les familles, dans la mesure où il ne doit pas être un sujet tabou. Fréquemment, pour cette tranche d'âge, ce sujet est peu abordé.

J'ai alors expliqué que si le jeune ne comprend pas ce qui se passe dans son corps, cela peut générer de l'agressivité.

D'après Pierre GALLIMARD, psychiatre et psychothérapeute d'enfants, dans son ouvrage, 11 à 15 ans, Mutations, conflits et découvertes de l'adolescence, « dès le début de la croissance des organes sexuelles du garçon, se produisent des érections du pénis. Ce phénomène n'était pas inconnu de l'enfant mais dans la plupart des cas n'avait eu lieu jusqu'ici que très sporadiquement, souvent à la suite d'inflammation locale ou sous l'effet de

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masturbations ; maintenant il devient de plus en plus fréquent et apparaît spontanément à des occasions diverses, sous l'effet de contacts physiques extérieurs (monter à la corde par exemple) ou plus souvent d'incitations psychologiques (lectures, affiches, imagination...), sensation nouvelle d'excitation agréable dont le sujet est souvent d'abord étonné, parfois inquiet, puis qu'il aime voir se reproduire. »1

Comme nous le savons tous, certains sites Internet sont axés sur l'acte sexuel, ce qui nous a amené à en étudier les méfaits ; Mr R en témoigne :

« avec internet, on ne peut pas protéger, alors qu'on est dans le protection de l'enfance ».

En effet, depuis qu'Internet est accessible sur tous les écrans (ordinateur, téléphones, tablettes), les enfants sont exposés aux images et vidéos pornographiques très tôt. Ils en parlent sur les cours d'école par exemple. Le risque est qu'ils s'accaparent ces images comme étant la réalité.

Les assistants familiaux découvrent pour beaucoup les nouvelles technologies et ne sont pas toujours au fait de leur fonctionnement. Ils peuvent se sentir dépassés et excédés. Cela me rappelle ce que racontait Mme T :

Mme T concernant Jules :

« Il y a 2 ans, il avait téléchargé 60 films pornos sur la tablette d'une jeune !! »

L'intolérance à la frustration

Le « non » est insupportable à accepter pour ces enfants carencés. La frustration peut donner lieu à des crises de colère, des vols pour obtenir au plus vite ce qu'ils désirent.

Mon rôle à ce sujet a été de rappeler aux assistants familiaux la nécessité d'expliquer au jeune qu'il ne peut pas avoir ce qu'il désire. Si il n'accepte pas la décision, il faut lui permettre d'aller dans un espace sécurisant pour lui, et le laisser seul. Cela permet de ne pas attiser sa colère, et seulement après, il pourra revenir.

1 Pierre GALLIMARD, 11 à 15 ans, Mutations, conflits et découvertes de l'adolescence. Paris : DUNOD, 1998, p.24

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Le besoin de combler un manque

La plupart de ces jeunes mangent beaucoup. C'est parfois dû à leur traitement, mais ils ont aussi besoin de combler un manque par la nourriture. Dans le DVD de la réalisatrice Nadine CHIFFOT, qui expose le quotidien des familles d'accueil, je découvre Ahmed, qui ne trouve pas réponses à ses questions et compense ce manque par la nourriture :

« Ahmed, 15 ans se pose beaucoup de questions et mange pour oublier .
·

« pourquoi je ne suis pas sorti de ton ventre ? », demande-t-il à l'assistante familiale qui en répond .
·

« je suis contente qu'il me pose les questions à moi, plutôt qu'il aille les poser dehors et faire des bêtises » »1.

La revendication à l'adolescence

A l'adolescence, les enfants acquièrent une maturité qui leur permet d'argumenter et de contre-argumenter. La plupart d'entre eux sont dans le désir immédiat. Cette période est celle de la revendication de l'enfant qui agit comme il l'entend, selon ces termes :

« Je m'en fous », « je fais ce que je veux », « c'est ma vie ». Le mensonge

Le mensonge devient de plus en plus convaincant. Les assistants familiaux sont troublés et ne perçoivent plus la crédibilité du langage du jeune

À titre d'exemple, les jeunes accueillis peuvent employer le mensonge afin de préserver leur famille d'accueil de leur désir ultime de retourner chez leurs parents.

C'est ce que j'explique à Mr R, lorsqu'il me raconte cette anecdote :

Damien et son frère ont rendu visite à leur père, à la demande de celui-ci (qui n'a ses droits de visite que sur le lieu du PFS). Il leur avait donné rendez-vous sur un lieu extérieur et ses enfants n'en ont volontairement pas parlé à Mr et Mme R sitôt après.

À mon sens, ils ont voulu protéger leur père qui était hors-la-loi à cet instant. J'en déduis également qu'ils n'ont pas voulu faire de peine à la famille d'accueil.

1 Nadine CHIFFOT, Une autre famille pour grandir. CPPA, Conseil Général du Val de Marne, 2008

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L'ambivalence par rapport aux parents

D'après Maurice BERGER, « l'enfant adore (idolâtre) ses parents. Plus il est insatisfaisant, moins il est critiquable. [...] Déni très fort »1

Il est souvent difficile pour les assistants familiaux de comprendre cela. Par exemple, Mme S est surprise lorsque :

Amélie critique sa maman quand elle est absente aux visites : « Maman elle est nulle »

Mais elle ne supporte pas que Mme S en parle, elle imagine toujours qu'il s'agit alors d'une critique.

Le double-attachement

« La question du double-attachement entraîne culpabilité, déni et clivage chez l'enfant. Le risque de dépression, voire de mélancolie est grand pour lui, si l'on ne conserve pas une écoute et une attitude bienveillante à l'égard de ses parents, c'est-à-dire si l'on ne lui permet pas d'y penser avec affection ou colère »2, analyse Christian ALLARD.

J'ai constaté lors des temps de parole que la plupart des enfants n'évoquaient pas le souvenir de leurs parents en présence de leurs assistants familiaux. Ils ne veulent pas se sentir déloyal, c'est pourquoi, je précise qu'il est important que ce soient les familles d'accueil qui abordent le sujet, pour que l'enfant se sente autorisé à en parler. Cela peut permettre de créer une relation de confiance avec l'enfant, et donc un lien d'attachement.

En effet, il est avéré qu'« il faut s'attacher à la famille d'accueil pour bien grandir. »3

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