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Adolescents placés : des familles à  l'épreuve du lien


par Rozenn Léauté
ITES Brest - DEES 2015
  

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III.1.d - Les difficultés du travail de l'assistant familial

Lors des ateliers, les assistants familiaux évoquent les difficultés de leur métier de manière unanime :

« C'est un travail épuisant ! Il faut de l'endurance, une remise en question. On a parfois envie de baisser les bras. »

1 Maurice BERGER, L'échec de la protection de l'enfance, op.cit., p.48

2 Christian ALLARD, op.cit.

3 Nadine CHIFFOT, op.cit.

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De plus, cette phrase d'une assistante familiale m'a particulièrement marquée : « Les problématiques des enfants confiés sont de plus en plus complexes. Ils sont beaucoup plus abîmés car ils restent trop longtemps dans leur famille ».

Il est vrai qu'aujourd'hui, le maintien des enfants dans leur famille naturelle et le maintien du lien sont privilégiés. Cela peut être bénéfique comme destructeur pour l'enfant selon ce qui se passe en visite. Le parent peut faire passer des messages qui nous échappent et que l'enfant interprète à sa façon. Les conséquences se répercutent alors au sein de la famille d'accueil.

L'arrêt de placement

D'après Christian ALLARD dans son ouvrage Pour réussir le placement familial, la famille d'accueil est à l'épreuve du lien ; il évoque d'abord le « temps de l'idylle », après lequel se met en place un « processus défensif ». La famille d'accueil est le support de la projection d'objet primaire que l'enfant a avec ses propres parents et l'enfant, ne pouvant s'en prendre à sa mère ou son père, « attaque » l'assistant familial. Les ruptures ont des « effets pathogènes » qui s'aggravent considérablement à mesure qu'elles se répètent. Leur évitement est thérapeutique, c'est pourquoi des « soins psycho-socio-éducatifs et relationnels » sont indispensables pour soutenir la permanence de l'accueil familial chez la même famille d'accueil. Les changements de famille d'accueil posent problèmes et nécessitent une bonne préparation. « Changer c'est risquer de s'effondrer ». En effet, un arrêt de prise en charge est difficile à vivre pour les enfants qui ont une impression de répétition de la séparation de leur famille.

L'annonce de cet arrêt à l'enfant est étudié. Cela se fait dans nos locaux. Le chef de service annonce la fin de placement à l'enfant, en présence de l'assistant familial qui a un temps pour s'exprimer et expliquer les raisons de cette décision. Les parents sont également mis au courant par le chef de service qui représente le service gardien. Chaque membre est donc informé des raisons du déplacement. Le fait que l'assistant familial ne soit pas celui qui annonce la nouvelle le protège de toute attaque qui pourrait lui être adressée.

Mais ce moment est aussi compliqué pour les accueillants. Ils vivent cela comme un échec, un sentiment de ne pas avoir accompli leur tâche jusqu'au bout. Ils sont conscients de rajouter une douleur supplémentaire à ces enfants.

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Dans ce genre de situations, l'important est de garder le lien après le déplacement, « parce que c'est aussi dans la permanence du lien que s'élabore la dimension affective nécessaire à l'épanouissement de l'enfant, cette dimension affective ne peut s'établir lors d'une relation trop brève.[...] C'est au travers des petits gestes quotidiens, des preuves de ce souci constant de l'autre, de ce décentrement de soi, de ce don que perçoit l'enfant, que peut advenir une relation affective constructive. »1

Les attentes des assistants familiaux vis-à-vis de l'éducateur

Les assistants familiaux présents m'ont spécifié ce qu'ils attendaient des éducateurs : un soutien, des réponses à leurs questionnements (et aussi des réponses des services médicaux) et une sécurité. Ils ressentent le besoin d'appeler dès qu'il se passe quelque chose pour montrer au jeune qu'ils ne sont pas seuls dans leurs décisions. Aussi, ils se sentent protégés après avoir informé le service d'un événement particulier.

Au PFS, ils trouvent qu'ils ont beaucoup de chance, car il y a un bon soutien, et ils apprécient la rapidité d'action. Parfois, le chef de service intervient, c'est une étape supplémentaire pour l'adolescent qui prend conscience de la gravité de ses actes. Ils sont satisfait de la disponibilité de l'équipe.

D'autre part, ils font ressortir le besoin d'être soutenu par leur conjoint qui apportent une vision extérieure. Ce sont souvent eux qui tempèrent la situation quand la relation se complique entre l'assistant familial et le jeune.

Mme S a reconnu que les accompagnements que j'ai effectué auprès d'Amélie durant 5 mois, ont été bénéfiques. En effet, je rencontrais Amélie tous les mercredi après-midis dans le but de soulager la famille d'accueil. Cela m'a permis, d'autant plus, de mieux faire sa connaissance, et en passant du temps avec elle, j'ai déterminé le quotidien que pouvait vivre Mme S.

Afin de développer le rôle de l'éducateur auprès des jeunes, je vous décris par la suite, les accompagnements avec Amélie, ainsi que ceux que j'ai effectué plus ponctuellement avec Adrien, Damien et Jules.

1 Jeanne CHOIQUIER et Yvette MOULIN, op.cit., p.151

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