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Adolescents placés : des familles à  l'épreuve du lien


par Rozenn Léauté
ITES Brest - DEES 2015
  

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III.3 - Investir les parents dans le projet de leur enfant

Cette partie est indispensable dans pour que l'enfant accepte le placement.

Le père de Damien peut se montrer menaçant et agressif. Les visites au service ont été suspendues suite à une plainte d'une éducatrice. C'est pourquoi, j'ai peu eu l'occasion de le rencontrer, contrairement aux parents d'Amélie, Adrien et Jules que je cite ensuite.

La difficulté pour certains parents d'honorer les rendez-vous fixés est réelle. Venir jusqu'au PFS est déjà une épreuve pour eux. Par conséquent, je me suis servie des visites parents-enfant et des entretiens avec les parents avant un projet personnalisé ou une synthèse. Ces temps ont été pour moi un support privilégié qui ont permis d'aborder l'adolescence de leurs enfants, et leur prise en charge en famille d'accueil.

Les parents sont régulièrement sollicités concernant la prise en charge de leur enfant. Des rencontres sont prévues tout au long de l'année pour faire le point sur la santé et la scolarité de leur enfant, et sur les visites ou hébergements. Quelques-uns honorent les rendezvous posés, d'autres moins. Le but est d'impliquer les parents, et les aider à développer leurs compétences parentales.

Une maman déterminée

Par exemple, la maman de Jules a pu se mobiliser pour son fils :

Jules a été renvoyé de son collège à cause de son comportement insolent en classe et à l'internat. Sa maman a immédiatement réagi en faisant les démarches d'inscription dans un autre collège et elle a fait le trajet en bus avec lui. Elle nous a demandé conseil et nous l'avons accompagnée dans ses recherches. Quelques temps après, la directrice ayant préconisé un suivi psychologique pour Jules, Madame a réussi à le convaincre d'aller voir un spécialiste et elle l'accompagne tous les 15 jours à ses rendez-vous (depuis son placement au PFS, il n'avait jamais voulu s'y rendre).

Jules a pu constater les compétences de sa maman à se mobiliser pour lui. De plus, cela a donné confiance à Madame qui a pu refaire les mêmes démarches pour son deuxième fils.

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Un papa investi

Avant une réunion de synthèse annuelle concernant Adrien, l'éducatrice et moi-même avons reçu son papa pour faire le point sur l'année passée. Celui-ci le reçoit maintenant tous les week-ends et la moitié des vacances scolaires. Il mesure au quotidien le décalage d'Adrien entre son âge et ses intérêts (du haut de ses 15 ans, il joue aux tracteurs, construit de cabanes).

Malgré sa charge de travail, ce père se rend toujours disponible dès qu'il s'agit de son fils, que ce soit pour des rencontres avec l'IME ou au service. Il s'aperçoit que son intervention auprès d'Adrien est bénéfique, notamment lorsqu'il est en crise chez Mr C qui l'appelle, et passe le téléphone à Adrien. Il « craint » son père, et le respecte. Ainsi, la crise cesse après qu'il ait discuté avec son père. Ce dernier a fait part de son envie de demander le retour de son fils au domicile familiale à temps plein, mais il reste prudent.

A l'écoute de nos suggestions, le père d'Adrien est conscient qu'il faut agir progressivement dans l'intérêt de son fils qui a des troubles importants.

Une maman accessible

Souvent, les parents ayant eux-mêmes été placés, disent comprendre l'attitude de leur enfant. De l'ordre du désir ou de la réalité, ils disent se reconnaître en eux.

Lors de mes interventions pendant les rencontres entre Amélie et sa maman, cette dernière n'a pas eu de difficultés à parler de la puberté avec sa fille. Ensemble, nous avons pu évoquer des sujets tels que la pilosité, les menstruations, les relations amoureuses, l'hygiène, le changement du corps... Elle admire le travail qu'effectue Mme S pour Amélie, elle demande à sa fille d'être sage à la maison. Mais elle évoque son désir qu'Amélie revienne vivre avec elle, en lui parlant de sa future chambre.

Malgré les promesses incertaines de cette maman, elle semble réaliser les problématiques de sa fille. Elle se saisit des explications des éducateurs sur le comportement d'Amélie pour exercer sa fonction maternelle avec sa fille.

L'importance de la cohérence entre adultes

Il est évident que les adultes qui entourent les jeunes doivent être en accord dans leur règles pour créer des repères chez l'enfant. C'est un souci récurrent dans les services de placement car les parents et les familles d'accueil n'ont pas les même principes.

Pour contre-exemple, extrait du DVD de Nadine CHIFFOT : Une jeune, Célia, est suivie en placement familiale. Son éducatrice référente donne son avis sur les parents de Célia: « les parents sont en capacité de se détacher de leurs propres difficultés pour s'intéresser à leur fille. C'est assez rare en placement familial ». Les parents, qui vivent à l'hôtel, disent à leur fille « un jour tu reviendras vivre avec nous ». Le père, lucide, pense que « c'est à nous de donner les limites, en complément de l'éducation qu'elle a dans sa famille d'accueil ». Célia vérifie que les règles sont les mêmes pour tous les adultes, ce qui lui demande une concentration qui aboutit à un épuisement après les visites. Il existe une vraie relation de confiance entre les parents et la famille d'accueil. Entre l'assistante familiale, les services sociaux et les professionnels de la santé, c'est un travail d'équipe.1

L'accès à l'information

En parallèle, dans le but d'informer tous les professionnels et usagers, j'ai mis à disposition une bannette dans le hall d'accueil du PFS. J'y ai inséré des prospectus en lien avec l'adolescence à propos de divers sujets tels que l'alcool, la drogue, la sexualité...

L'emplacement de la bannette a été réfléchi avec l'aide de la secrétaire qui m'a conseillée de la positionner dans un endroit où parents, enfants, familles d'accueil sont susceptibles de patienter, mais pas trop en évidence pour qu'ils osent se servir.

Ci-après, je vous présente l'évaluation de mon projet.

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1 Nadine CHIFFOT, op.cit.

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