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Relation inflation-chômage: une vérification empirique de la courbe de Phillips en RDC de 1990 à  2011

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par Junior NDUAYA MATUNGA
Université de Kinshasa - ECONOMIE MATHEMATIQUE 2013
  

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I.1.4.2- LA CRITIQUE DES NOUVEAUX ÉCONOMISTES CLASSIQUES (NEC)

La caractéristique essentielle du raisonnement des NEC, en particulier celui de R. Lucas est précisément qu'il repose sur l'hypothèse des anticipations rationnelles, si bien que la possibilité d'illusion monétaire, certes temporaire, qu'admet Friedman est rejetée catégoriquement par les NEC.

Il n'y a donc plus de laps de temps pendant lequel la politique de relance réduit le chômage. En effet, dès lors que les pouvoirs publics relancent l'activité, les agents s'attendent à ce que l'inflation soit attisée et revendiquent donc aussitôt des augmentations de salaires : l'indexation des salaires est supposée totale. Il y a bien inflation mais comme le coût réel du travail reste le même, le taux de chômage est toujours au niveau du chômage naturel. La courbe de Phillips est verticale à la fois à court et à long terme, à la hauteur du taux de chômage naturel (la courbe de Phillips n'est plus strictement verticale dès lors que l'indexation n'est pas totale mais seulement partielle). Les politiques économiques, dont les effets sont pleinement anticipés par les agents, sont non seulement inefficaces, à court et à long terme, mais elles sont même nuisibles puisqu'elles accélèrent l'inflation sans jamais diminuer le chômage.

C'est à partir du raisonnement (et donc des hypothèses) que fait R. Lucas au tournant des années 1960-1970 que deux autres « nouveaux économistes classiques», T. J. Sargent et N.Wallace, élaborent en 1976 leur propre modèle et énoncent le «principe d'invariance ». Selon ce principe, toute politique monétaire, de même d'ailleurs que toute politique budgétaire, sont inefficaces ; seules les variations aléatoires, donc non «anticipables », de la masse monétaire peuvent affecter le volume de production et donc le niveau de l'emploi car, paradoxalement, ce sont les seules qui peuvent «tromper » les agents. Le modèle de la NEC rejoint donc celui des Classiques dans ses principales conclusions puisqu'il affirme tout à la fois la neutralité de la monnaie, la théorie quantitative, l'ajustement spontané et instantané des marchés, l'équilibre macroéconomique de plein emploi et par conséquent l'inefficacité des interventions publiques conjoncturelles, même à court terme.

Pour ces économistes, seules des politiques structurelles peuvent être utiles. Il s'agit essentiellement des mesures tendant à abaisser le taux de chômage naturel. D'une part, il s'agit d'intervenir sur l'offre et sur la demande de travail en augmentant à la fois l'incitation des individus à travailler et l'incitation des entreprises à embaucher; d'autre part, il s'agit de favoriser l'appariement de l'offre à la demande de travail par une plus grande flexibilisation du marché du travail et du salaire ainsi que par une plus grande transparence. Mais, il faut aussi une politique monétaire délibérément restrictive pour lutter contre l'inflation puisque celle-ci est considérée comme d'essence monétaire et la stabilité des prix comme une nécessité absolue. Cette politique désinflationniste a cependant un coût à deux niveaux. Elle a d'abord un coût en termes de récession17(*). Des études récentes vérifient que les politiques désinflationnistes se sont toujours traduites par une récession, d'ailleurs persistante, dès lors que les agents ne sont pas parfaitement informés de la désinflation, ce qui les amène à conserver leurs habitudes de consommation (phénomène de « deep habits »). La politique désinflationniste a ensuite un coût en termes d'accroissement du chômage, appelé « taux de sacrifice » comme fréquemment observé. Les NEC expliquent alors que les autorités monétaires peuvent manquer de crédibilité : en effet, si les agents économiques doutent de la réelle volonté de celles-ci de s'attaquer à l'inflation, ils ne changeront pas leurs anticipations et, si la politique est effectivement mise en oeuvre, elle échouera et il y aura bien un coût en chômage. Cette éventualité est tout à fait réaliste dans la mesure où la crédibilité des autorités monétaires est souvent amoindrie par un affaiblissement de leur réputation quand les agents ont connu plusieurs situations où les autorités monétaires n'ont pas fait ce qu'elles avaient annoncé. Dans leur modèle élaboré en 1977, F. Kydland et E. Prescott considèrent que cette incohérence temporelle est la cause principale des atteintes à la crédibilité des autorités monétaires.

R. Lucas fait une critique encore plus radicale des politiques keynésiennes, appelée d'ailleurs « la critique de Lucas ». Selon lui, les politiques keynésiennes ont pu donner satisfaction pendant un certain temps parce qu'elles se fondent sur un modèle caractérisé par la stabilité de ses paramètres, ceux-ci étant calculés en fonction de données passées et non en fonction des anticipations des agents: les prévisions peuvent alors être valables sur le court terme. Mais, les paramètres des modèles macroéconomiques sont en réalité influencés par les changements de politique économique, dans la mesure où les agents intègrent ces modifications dans leurs anticipations et par conséquent dans leurs comportements. Par conséquent, le modèle keynésien ne permet pas d'évaluer correctement les effets des politiques économiques à venir.

Selon certains, la perte d'efficacité des politiques keynésiennes à partir des années 1970 peut s'expliquer au moins en partie par « la critique de Lucas ». Pour d'autres, « la critique de Lucas » a une portée pratique réduite parce qu'ils montrent, sur la base d'études empiriques, que les modèles macro économétriques restent pertinents, d'autant plus que, de surcroît, les modèles dynamiques avec hypothèse des anticipations rationnelles sont difficilement applicables et testables.

En analysant leurs différentes interventions, on comprend en fin de compte que les NEC estiment que l'économie retrouve systématiquement, et naturellement, l'équilibre de long terme. Comment alors expliquer qu'il puisse y avoir des fluctuations économiques persistantes ? En 1977, R. Lucas répond en partant de la courbe de Phillips : pour lui, ce sont les variations non anticipées de la masse monétaire qui expliquent les fluctuations des variables réelles ; ce sont les effets de surprise qui engendrent le cycle.

F. Kydland, et E. Prescott en 1982, J. Long et C. Plosser en 1983, proposent une « théorie des cycles d'affaires réels » qui explique les fluctuations économiques par les chocs réels. Ces chocs sont principalement des chocs d'offre dans la mesure où la théorie privilégie les chocs de productivité et ce sont des chocs dits réels parce que la théorie considère que les variations de la masse monétaire n'ont pas d'impact sur le niveau d'activité. La courbe de Phillips revisitée par Lucas peut être représentée de la manière suivante (graphique I.4) :

Taux d'inflation

E

D

C

B

A

Taux de chômage

Les anticipations étant rationnelles, les acteurs anticipent parfaitement les effets inflationnistes des politiques monétaires de relance. La courbe de Phillips devient une droite verticale. La monnaie est neutre à court terme. Le taux de chômage revenait toujours à son niveau naturel quel que soit le niveau d'inflation. La politique économique est par conséquent, inefficace pour résorber le chômage.

* 17 Voir notamment l'article sur les effets dynamiques des politiques de désinflation de F. Collard, P. Fève et J. Matheron, de la direction de la recherche de la Banque de France, publié en novembre 2007.

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"Il faudrait pour le bonheur des états que les philosophes fussent roi ou que les rois fussent philosophes"   Platon