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Histoire de la production du coton dans les cercles de la moyenne vallée du fleuve Sénégal de 1920à  1960.


par Insa BA
Cheikh Anta DIOP - Master 2 2014
  

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c)-Les sources historiques

Elles sont variées et nous documentent davantage sur la vulgarisation de la culture et de l'artisanat que sur l'origine du coton : elles apportent néanmoins un éclairage sur le sujet.

On peut distinguer parmi celles-ci, les sources écrites auxquelles on doit ajouter la tradition orale, et ce qui concerne les métiers à tisser.

Les sources écrites antiques et arabes, sont peu nombreuses, en particulier pour l'Afrique noire qui nous intéresse en priorité .Faute d'écrits autonomes, il s'agit de quelques textes d'auteurs grecs et romains pour la période antique et des récits arabes pour la période médiévale.

Concernant les textes d'écrivains gréco-romains, les écrits de cette époque faisant allusion au coton, sont très rares .Les auteurs grecs et romains connaissent essentiellement le monde méditerranéen où le coton semble inconnu : aucun texte ne le signal en Basse et Moyenne Egypte .Une omission est particulièrement significative : celle d'Hérodote qui a exploré l'Egypte jusqu'à l'Ile de l'Eléphantine vers 450 av JC , alors que celui-ci connaissait l'existence des cotonniers , comme le montre la description qu'il donne de ceux de l'Inde dont il a entendu parlé : « certains arbres sauvages portent , au lieu de fruit , de la laine plus blanche que le lin et surpassant en bonté et finissent celles des brebis et des Indiens tissent des vêtements avec celle-ci »40(*) .

Ainsi, le coton est le textile national de l'Inde : il y fut cultivé dès la plus haute antiquité. Il en est en effet question dans les lois de Manou (800av.J.C) sous le nom de karpasi d'où le nom moderne de kapas .La Grèce en a eu de bonne heure connaissance. Hérodote, dans sa description de l'Inde, parle du produit d'un arbre dont on fait des habits. Théophraste, après l'expédition d'Alexandre, décrit nettement la manière de cultiver la plante. Enfin le périple de la mer Erythrée, ce guide du navigateur commerçant dans la mer des Indes, signal vers la fin du 1ér siècle après J.-C., les tissus de coton comme un des produits que les Arabes allaient chercher, à Bargaza notamment, c'est-à-dire à l'embouchure de la Nerbuda, à destination des ports de la mer rouge, puis de l'Europe. Le coton existait donc dès cette époque dans la partie du Décan où on le trouve actuellement.

Deux textes de Pline au I er siècle apr.  JC mentionnent le coton en Haute Egypte : « la partie supérieure de l'Egypte du côté de l'Arabie produit un arbuste appelé par quelques-uns Gossypion et par plusieurs d'autres Xylon d'où vient le nom Xylana donné au fils qu'on obtient. Il est petit et porte un fruit semblable à celui de la noix barbue, dont on tisse la laine extraite de l'intérieur » 41(*)

L'autre signale une utilisation beaucoup plus ancienne : « vers 550 av ; JC le Roi Amassis a des temples grecs des vêtements pourvus de broderies en laine d'arbre »42(*)

Ces textes, qui confirment les données archéologiques, semblent bien indiquer que le cotonnier a d'abord été connu en Haute Egypte .Le dernier montre le caractère exceptionnel de cette fibre en Egypte au VIème siècle. Le périple de la Mer Erythrée d'Arrien (environ 63 av JC) rapporte qu'à cette époque des navigateurs arabes et grecs allaient en Inde chercher des cotonnades qu'ils vendaient dans les ports de la mer rouge en particulier à Adulis (Zoulla) devenue le plus grand marché de l'Ethiopie (P.Senay 1937.P.20). La culture du coton n'est jamais mentionnée dans les récits concernant l'actuel Maghreb (y compris la Libye).Quant à l'Afrique noire, elle est encore dans la littérature « terre incognita ».43(*)

C'est ainsi que qu'au XVe siècle Alvice de Cada Mosto, lors de son périple dans les côtes occidentales d'Afrique nous renseignent sur le mode d'habillement des peuples qui habitent le « royaume de Sénégal et ses confins »44(*). Il les scinde en deux classes.

Selon lui « Ces peuples- ci y vont quasi continuellement sans se couvrir d'aucune sorte d'habillement, forts qu'ils portent un cuir de chèvre façonné d'un hall de chausses avec lequel ils se couvrent les parties secrètes »45(*) et d'un autre côté  « les seigneurs et gens d'autorité vêtent des chemises de coton, pour ce que ce pays en produit une grande quantité, que les femmes filent, et duquel elles font des draps de la largeur d'une palme, mesure qu'elles ne peuvent excéder, à cause qu'elles ne savent faire les pagnes pour les tisser. Tellement qu'il faut coudre quatre ou cinq pièces de ces draps ensemble, quand on veut faire quelques ouvrages de largeur. »46(*)

Le voyage de Valentin Fernandes en Afrique de l'Ouest nous permet de remarquer, du point de vue commercial que : « les Mandings sont des hommes biens,...très habile de leurs mains pour la couture et le tissage. Les femmes de ce pays et de toute la guinée cultivent et labourent et sèment et nourrissent leurs maris et filent le coton et font beaucoup de tissus de coton tant pour se vêtir que pour le vendre. »47(*)

Le Maire dans sa relation de voyage, confirme que «  le coton dont ces peuples s'habillent viendrait chez eux en abondance...Les femmes filent le coton et les hommes font la toile, dont la pièce n'a que cinq doigt de largeur, faute d'avoir des outils nécessaires pour la faire plus large car du reste ils font aussi bons tisserand qu'en France. Ils joignent ensemble dix ou douze pour avoir un pagne ou d'une aune de large ».48(*)

Dans le Boundou, les gens cultivent le coton et l'indigo. Des pagnes fabriqués avec du coton, se présentent sous catégories. La première est celle des pagnes de sept bandes et la seconde qualité  est plus grossière, et sert à habiller les hommes «  Les pagnes qui une plus grande largeur sont travaillés, souvent elles sont bordées ou rayées de rouge, leur l'épaisseur est plus que celle de la gosse toile de coton, les femmes de Bambouk les recherchent et s'en habillent depuis le haut de l'estomac jusqu'aux pieds, elles paient une pagne de cette première qualité un gros et douze grains d'or ; la seconde qualité est plus grossière, et sert à habiller les hommes. Celles sont composées de cinq bandes seulement, de largeur de six à sept pouces, et de la longueur de trois coudées ; elles sont teintes en bleu foncé avec l'indigo du Boudou et se vendent un demi-gros et quinze grains »49(*)

Ainsi, H. Lecomte dans son étude consacrée au coton dans le monde, annonce : « qu'au Boundou on y trouve des champs très étendus de ce précieux textile, les indigènes savent bien le filer et le tisser, soit seul, soit associé à la soie pour en faire des pagnes souvent très beaux qu'on trouve à Saint Louis et à Bakel sous le nom de Pagne de Sore »50(*)

Ensuite, il décrit les diverses tentatives de culture du coton au Sénégal : « Au moment de la guerre de sécession, on a fait quelques essais de grandes cultures au Sénégal en 1866 existaient des plantations importantes chez les Sérères puis à Dakar et au confluent du Taouey avec le Sénégal»51(*) .Il poursuit en remarquant que la culture du coton par les indigènes ne fait que péricliter. Il remarque que : « l'introduction de tissus d'Europe ressemblant aux plus beaux pagnes amena une baisse rapide et considérable de prix pour les tissus indigènes »52(*)

Après avoir parcouru toutes ces traces écrites sur la culture et l'utilisation du coton, nous estimons qu'au XVI éme siècle ou au XVII éme siècle à peu près tous les pays d'Europe occidentale étaient entrés dans la voie de l'utilisation du coton, soit en mélange, soit pur, soit, la soie ou la laine .Il est piquant de noter que le coton ,faisait alors figure de textile nouveau, au même titre que la fibre ou le nilon aujourd'hui et que son emploi suscitait l'opposition des utilisateurs de textiles traditionnels .

* 40 Senay, (P.) Le coton, sa production et sa distribution dans le monde : Tome I, 1937, pp. 30-35.

* 41 Idem, pp. 20-25.

* 42 Idem, p. 35.

Lire aussi Senay, (P.) P, (J) in : Journal d'agriculture tropicale et de botanique appliquée, vol. 1, n°7-9 Juillet 6aout-septembre 1954. L'auteur dans ce livre met en lumière son expérience de botaniste en classant systématiquement des espèces et variétés .Il montre comment on distingue les différentes sortes de fibres, quelles sont physiques, mentionne les insectes, les maladies.

* 43 Une terra incognita (du latin signifiant « terre inconnue » est un territoire qui n'a pas encore exploré par l'homme, ou par les explorateurs, voyageurs ou marchands européens. Cette inscription figurait sur les cartes géographiques, notamment les mappemondes, pour désigner les terres situées au-delà des zones connues par les européens. Ainsi l'Afrique intérieure a très longtemps considérée comme terra incognita, de même que les espaces situés au sud de la Nouvelle -Zélande.

* 44 Léon l'Africain, De l'Afrique contenant la description de ce pays .Et la navigation des anciens capitaines portugais aux Indes orientales et occidentales, traduction J. Temporal, Paris, 1830, p. 382.

* 45 Léon l'Africain, 1830, p. 15.

* 46 Le Maire, (J,) Illustration sur les voyage du Sieur aux Îles Canaries, Cap- Vert, Sénégal et Gambie, paris, J ; Collombat, 1965, pp113-114.

* 47 Monod, T., Teixeira de Mota, A ? Et Mauny, R., Description de la côte occidentale d'Afrique (Sénégal au cap de Monté, Archipels), par Valentin Fernandes (1506-1510), Bissau, Centre de Estudos da Guiné Portuguesa, n 11, 1951, p.37-39.

* 48, Le Maire, (J,), op. Cit., p.155.

* 49 Golbéry, S.X.M., Fragments d'un voyage en Afrique fait pendant les années 1785, 1786, 1787 dans les contrées occidentales de ce continent, comprises entre le Cap Blanc de Barbarie ...et le Cap de Palme, Paris, tome1, 1802, pp. 416-417.

* 50 Lecomte. , (H) « le coton : Monographie, Culture, Histoire économique », Paris, 1900, p 183.

* 51 Idem, pp. 189-190.

* 52 Idem, p.195.

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