WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Le conflit de 2012 et la détonation malienne. Les ressorts de la crise.

( Télécharger le fichier original )
par Myriam ARFAOUI
Université Lyon 3 Jean Moulin - Master 2 Sciences Politiques : Relations Internationales et Diplomatie. 2015
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

2. Le paradoxe des ressources naturelles : disponibilités locales inexploitées, concurrence internationale, et conflits d'intérêts.

Le Sahel-Sahara, et l'Afrique d'une manière générale, est une région aux ressources minérales et fossiles importantes qui, dans un monde industriel globalisé, intéresse les investisseurs étrangers (A). Ces gisements nécessitent la mise en place d'infrastructures adéquates pour être rentabilisés ; or, les Etats sahéliens ne réussissent pas à les fournir (extraction, locomotion, distribution) - un large dispositif doit notamment être mis en place pour désenclaver le Mali (B). Les sites exploités par des compagnies françaises et occidentales implantées dans la région, ont fait l'objet d'attaques fomentées par des groupes criminels et djihadistes (anti-occidentaux). Par exemple, la mine d'uranium d'Arlit au Niger exploitée par Areva203, ou le site d'In Amenas, qui représente 10% de la production totale du gaz algérien204. Les préoccupations sécuritaires sont fonction des intérêts politiques et économiques qui évoluent dans la région. Elles intéressent d'une part, la prévention de menaces immédiates et ciblées, portées physiquement et indirectement contre l'Etat occidental (prises d'otages, attaques d'exploitations) ; elles intéressent d'autre part la prévention de menaces latentes, d'un contexte général, puisque la sauvegarde des intérêts, notamment économiques, passe nécessairement par la sécurisation de la région.

203OBERLE, Thierry, « Les djihadistes frappent la France au Niger », Le Figaro, [En Ligne], mai 2013

URL : http://www.lefigaro.fr/international/2013/05/23/01003-20130523ARTFIG00439-double-attentat-
meurtrier-au-niger-areva-vise.php

204RFI, « Algérie : la prise d'otage d'In Amenas se termine dans le sang », RFI, [En Ligne], janvier 2013

URL : http://www.rfi.fr/afrique/5min/20130119-prise-otage-in-amenas-assaut-final-suivez-nos-informations-
algerie/

46

A. L'exploitation des ressources souterraines : attraction et répulsion d'un espace riche conflictuel.

Traditionnellement, les activités économiques au Sahel-Sahara sont agricoles et pastorales, basées sur un échange nécessaire ; « Relier est un mot clef au Sahara-Sahel »205. L'eau est la ressource première si elle est « savamment utilisée »206. Elle contribue à l'évolution d'un espace éparpillé - les oasis sont des points isolés dans le désert, et « les terres pastorales s'étirent en filaments suivant les vallées et les couloirs interdunaires »207. La colonisation a accentué le déplacement et l'exploitation des terres agricoles sur les périphéries nord et sud. La mondialisation a concurrencé le commerce local et régional en introduisant sur le marché des produits étrangers à bas prix. Et la découverte de ressources souterraines a modifié la perception du Sahel-Sahara ; « Le sous-sol contient du sel (Mali, Niger), des phosphates, des minerais divers (fer en Mauritanie, or au Mali, cassitérite, cuivre, étain au Niger, par exemple), du charbon (Niger), de l'uranium (Mali, Niger) et des hydrocarbures (Algérie, Mauritanie, Mali, Niger »208. Les Etats sahéliens, comme le Mali, ont une économie qui repose majoritairement sur le secteur primaire et l'activité agricole ; mais leur espace est entré dans une mondialisation active, ouverte à la concurrence entre Etats étrangers, à la course aux matières premières ; « La compétition entre les grandes sociétés minières de la région elle-même, ou originaire de ses anciens et nouveaux partenaires, y est intense »209.

Les hydrocarbures tiennent une place majeure dans la compétition : « Le pétrole représente à lui seul prés d'un quart du PIB cumulé des pays saharo-sahéliens en 2013 »210. Les premières exploitations sont dirigées par des compagnies françaises dans les années 1950, en Algérie, Libye et Nigeria ; plus récemment le Tchad et le Niger ont rejoint la liste des pays sahélo-sahariens producteurs de pétrole. L'Algérie, la Libye et le Nigeria demeurent des têtes de liste de la production - le Nigeria préside actuellement l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP). La physionomie du désert conditionne les coûts

205GOURDIN, Patrice, « Al-Qaïda au Sahara et au Sahel. Contribution à la compréhension d'une menace complexe. », op. cit.

206Ibid.

207OCDE/CSAO (2014), Un atlas du Sahara-Sahel : Géographie, économie et insécurité, op. cit., p.50 208GOURDIN, Patrice, « A-Qaïda au Sahara et au Sahel. Contribution à la compréhension d'une menace complexe. », op. cit.

209Centre stratégique pour la sécurité du Sahel Sahara, « Objectifs du centre stratégique pour la sécurité du Sahel Sahara », Centre 4s, [En Ligne], novembre 2011

URL : http://www.centre4s.org/index.php?option=com_content&view=article&id=52:le-centre-strategique-
pour-la-securite-du-sahel-sahara&catid=34:objectifs&Itemid=34

210OCDE/CSAO (2014), « Un atlas du Sahara-Sahel : Géographie, économie et insécurité », op.cit., p.94

47

d'investissement qui peuvent être élevés suivant la localisation des puits (plus ou moins proches des marges sahéliennes). Les sites d'extraction, comme les oasis, sont dispersés dans le désert - or il est nécessaire pour les investisseurs de prendre en compte le transport de la production. En outre, l'activité pétrolière contribue largement à la modernisation des activités traditionnelles ; elle est un mode d'accès, pour les Etats sahéliens, à la mondialisation et aux marchés internationaux. Les grandes compagnies occidentales se partagent le secteur (Elf, Exxon, Chevron, ENI), et « se succèdent pour effectuer des travaux d'exploration depuis les années 1970 au Mali, au Niger, et au Tchad »211. Il est nécessaire de revenir sur deux acteurs particuliers qui s'inscrivent régionalement et internationalement, dans un contexte géopolitique plus large : l'Algérie se veut être une puissance régionale, tandis que la Chine agit dans la continuité des nouveaux rapports sud-sud.

L'Algérie, producteur d'hydrocarbure et de gaz (deuxième fournisseur de l'Europe après la Russie), est un acteur prépondérant de la région qu'il considère comme sa zone d'influence ; « Le pays est le premier producteur de gaz du continent avec 77 milliards de mètres cubes par an en 2012, devant l'Egypte (54 milliards de mètres cubes) et le Nigéria (41 milliards de mètres cubes) »212. Cette position lui confère un rôle politique, diplomatique, et économique important, qu'il corrobore et élabore avec son entreprise publique, la Société Nationale de Transport et de Commercialisation des Hydrocarbures (Sonatrach). La législation de l'Etat prévoit la conclusion d'un contrat de recherche et d'exploitation entre la Sonatrach et les compagnies étrangères, au titre duquel l'Algérie reçoit 51% des productions trouvées213. Malgré un ralentissement de l'activité, l'Algérie reste un acteur majeur dans région, et un partenaire de plus en plus convoité par l'Europe.

« Le projet de gazoduc transsaharien permettrait de transporter du gaz (30 milliards de mètres cubes par an) depuis le Nigeria jusqu'en Europe, en passant par le Niger et l'Algérie. Son intérêt est proportionnel aux besoins gaziers toujours plus importants de l'Union européenne [...] Il repose également sur l'idée d'une diminution de sa dépendance face à la Russie (actuellement 30% des besoins gaziers des 28 pays membres contre 14% pour l'Algérie). »214

La Chine développe depuis plusieurs années une sorte de « realeconomie » vis-à-vis de l'Afrique : une stratégie basée sur les échanges économiques, sans influence ou ingérence

211OCDE/CSAO (2014), Un atlas du Sahara-Sahel : Géographie, économie et insécurité, op. cit., p.98 212Ibid., p.94

213Ibid.

214OCDE/CSAO (2014), Un atlas du Sahara-Sahel : Géographie, économie et insécurité, op. cit., pp.100-101

48

politique. Par exemple, lorsque la guerre civile éclate au Soudan, l'ensemble des compagnies occidentales installées dans le sud du pays ferment - la Chine investit les sites d'exploitation (elle prend la place de Chevron notamment). Désormais, les relations entre le continent et le pays d'orient se développent à plusieurs niveaux : économique, diplomatique, et même universitaire, si bien que les auteurs interrogent la notion de « Chinafrique »215. La China National Petroleum Corporation (CNPC) est active au Soudan depuis 1999, et est entrée sur le marché sahélo-saharien il y a quelques années (Niger, Tchad). Elle profite pour ce faire, d'un discours basé sur les divergences entre les relations gagnants-gagnants Chine-Afrique, et les relations déséquilibrées Etats occidentaux - Afrique. De plus, le manque de pro activité des investisseurs étrangers réticents à l'exploration d'Etats enclavés (qui disposent de faibles volumes de biens, comparés au coût des infrastructures nécessaires à leur exploitation), cède la place à la Chine qui envisage la rentabilité de ses investissements sur le long terme.

« La Chine est par exemple de plus en plus présente dans le Sahara : plus de 100 000 chinois travaillent en Algérie et au Soudan. Le « consensus de Pékin » (contrats « gagnants-gagnants ») a séduit les Etats sahariens et leur permet de faire jouer la concurrence vis-à-vis des firmes occidentales. Les Chinois investissent partout dans les forages, l'exploration, la construction des pipelines et même les raffineries comme au

Tchad. »216

215TOURE, Brian, De la Françafrique à la Chinafrique, quelle place pour le développement Africain, Paris, L'Harmattan, mars 2012

216JOYEUX, Alain, « Les enjeux géopolitiques sahariens », op. cit., p.8

49

précédent sommaire suivant






Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy








"En amour, en art, en politique, il faut nous arranger pour que notre légèreté pèse lourd dans la balance."   Sacha Guitry