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Les déterminants relationels et contextuels de l'externalisation des systèmes d'information

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par Nizar BEN SAAD
Institut Superieur de Comptabilité et d'Administration des Entreprises à Mannouba Tunisie - Mastère en Organisation et Systèmes d'Information 2009
  

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2.1.2. La dépendance envers le prestataire:

Introduction :

L'engagement dans une relation d'externalisation présente des nombreux avantages potentiels. Mais toutefois, ce genre de relations inter-organisationnelles est généralement caractérisé par une asymétrie de pouvoir où une entreprise dépend d'une autre. Cette dépendance peut constituer un frein pour la réalisation des objectifs de l'externalisation des SI. Par conséquent, la dépendance perçue vis-à-vis du prestataire doit être prise en compte avant que l'entreprise décide d'externaliser ses SI. Cette variable constitue donc une variable explicative de notre modèle.

Ainsi, nous présenterons en premier lieu la définition conceptuelle et les déterminants de la dépendance, ensuite nous allons étudier les dimensions de cette variable.

2.1.2.1. Définitions conceptuelles de la dépendance :

Le concept de dépendance connaît plusieurs acceptions quant à sa conceptualisation à travers les différents référentiels théoriques. (Lepers 2003). D'une part, de point de vue stratégique, c'est aux forces concurrentielles étudiées par Porter (1980) qu'il convient de se référer. Porter (1980) a déjà identifié, la variable « pouvoir de négociation des Fournisseurs » comme élément clés faisant partie de son modèle incontournable permettant d'analyser l'intensité de la concurrence et d'évaluer l'attrait d'un segment de marché (Remili et Carrier 2006). Plus le degré de dépendance est important plus le pouvoir de négociation de la firme diminue puisqu'elle ne peut se permettre de perdre un fournisseur important. L'intensité du pouvoir du fournisseur dépend de plusieurs indicateurs comme la répartition de la valeur ajoutée, l'importance des coûts de transfert et la concentration relative (Bouattour 2004).

D'autre part, partant de l'idée que les organisations sont dépendantes de leur environnement puisqu'elles y puisent les ressources dont elles ont besoin, plusieurs conceptualisation se sont basées sur les travaux de Emerson (1962) qui définit la dépendance d'un agent B à l'égard d'un agent A comme étant directement proportionnelle à l'investissement de B dans les buts qu'il cherche à atteindre par l'intermédiaire de A, et inversement proportionnelle à la possibilité de B d'atteindre ses buts en dehors de sa relation avec A. (Emerson 1962, p. 32). En fait, en appliquant cette conception interpersonnelle de la dépendance sur le niveau inter-organisationnelle, Pfeffer et Salancik (1978) ont développé la théorie de la dépendance des ressources. Cette théorie suggère que trois éléments déterminent la mesure dans laquelle une organisation A est dépendante d'une organisation B : (1) l'importance pour l'organisation A des ressources que l'organisation B lui procure; (2) la mesure dans laquelle l'organisation B contrôle l'utilisation de ces ressources et (3) la possibilité pour l'organisation A de se procurer ces ressources sans passer par l'organisation B.

Sur la base de cette même théorie de la dépendance des ressources (Pfeffer et Salancik 1978), différentes définitions et tentatives d'opérationnalisation ont été proposées. Frazier (1983) annonce l'approche de performance du rôle selon laquelle la dépendance est estimée à l'aide de degré de satisfaction d'une partie quant à la manière dont l'autre partie s'acquitte de ses différentes responsabilités à son égard. Plus une firme est performante dans son rôle, plus les alternatives disponibles pour la remplacer seront faibles pour ses partenaires et inversement plus leur dépendance sera forte (Lepers 2003). Buchanan (1992, p. 65) ajoute que la dépendance consiste au « the extent to which a trade partner provides important and critical resources for which there are few alternatives sources of supply ». Cet auteur met l'accent sur le degré d'essentialité des ressources objet de la transaction. Il s'agit donc d'une dépendance liée d'une part, à des alternatives potentielles, d'autre part, à des estimateurs subjectifs comme le respect ou la satisfaction (Lepers 2003).

Cependant, la théorie des coûts de transaction a longuement expliqué la dépendance en terme d'irréversibilité des situations que peut entraîner le recours au marché ou à une forme de gouvernance hybride comme l'externalisation (Law-Kheng 2007), et des coûts de changement et de transfert relatifs à ces situations (Whitten et Wakefield 2006). Elle trouve son origine dans des situations où les actifs en jeu sont fortement spécifiques et sujet à l'opportunisme ex-post des entreprises et au risque de hold-up (Williamson, 1985). En plus, étant donné la difficulté d'arriver à accomplir un contrat d'externalisation qui prendrait en compte l'ensemble des contingences futures (Barthélemy 2004b) - surtout lors de la première expérience - l'entreprise externalisatrice peut se trouver enfermer dans une situation où le rapport de force n'est pas en sa faveur, elle se trouve donc guidée par un prestataire plus expérimenté.

Nous pouvons ainsi retenir dans notre recherche la définition suivante « La dépendance existe lorsqu'une partie ne peut pas contrôler toutes les conditions nécessaires à l'accomplissement d'une action ou des résultats désirés qui sont réalisés par une autre partie ». (Handfield et Bechtel 2002, p. 371). Il s'agit donc d'une dépendance liée d'une part, à l'essentialité de la relation avec un prestataire pour que l'entreprise puisse se procurer d'une ressource importante pour son activité, et par conséquent, la difficulté de remplacement de ce prestataire. Et d'autre part, à l'incertitude entourant cette relation à long terme, bien évidemment le risque de verrouillage en terme de non disponibilité des alternatives à l'autre partie d'échange et des coûts de transfert qui accompagne cette situation.

2.1.2.2. Les déterminants de la dépendance :

En fait, le risque de dépendance est souvent présenté dans la littérature de l'externalisation des SI à travers le concept Lock-in (Bahli 2002), qui réfère à « une situation où l'entreprise ne peut pas s'en sortir de la relation d'externalisation sans une perte ou sacrifice d'une partie où de la totalité de ses actifs à son prestataire » (Bahli et Rivard 2003, p.213). Trois principaux déterminants peuvent conduire à cette situation de verrouillage (Bahli et Rivard 2003).

Le premier est la spécificité des actifs, qui réfère aux investissements physiques et/ou humains qu'une entreprise réalise pour une transaction donnée et qui ne pourraient être redéployé pour une autre transaction sans un coût élevé (Williamson 1985 ; Heide et John 1988). Plus les actifs investis par une entreprise sont spécifiques, plus elle est vulnérable aux comportements du prestataire (Bahli et Rivard 2005), qui sera plus opportuniste et tentera à tirer la plus grande quasi-rente possible en négociant le contrat à son profit (Aubert et al, 2005).

Le deuxième déterminant est le nombre restreint des prestataires (Bahli et Rivard 2003). En effet, si le nombre de prestataire est bas, l'entreprise a plus de chance de se trouver prisonnière de la relation puisque sa capacité de substituer un prestataire par un autre est faible (Aubert et al, 2005). Ainsi les coûts de transactions sont plus élevés et le rapport de force est en faveur du prestataire (Williamson 1985).

En fin, le troisième déterminant de la dépendance selon Bahli et Rivard (2003) consiste au degré d'expertise de l'entreprise avec les contrats d'externalisation. Il est fortement probable qu'une première décision d'externalisation prise par une entreprise mènera au risque de dépendance (Bahli et Rivard 2003). En effet, l'engagement dans un contrat à long terme sans des dispositions contractuelles qui protègent les investissements, ou des clauses permettant l'adaptation et le contrôle des activités externalisées peut donner à ce dernier un pouvoir de négociation et mettre l'entreprise dans une situation dépendante (Bahli 2002 ; Bahli et Rivard 2003). Et elle devient obligée de continuer la relation d'externalisation même si la valeur perçue de cette relation n'est pas satisfaisante.

2.1.2.3 Les dimensions de la dépendance :

Dans plusieurs études, (Heide et John 1988 ; Ganesan 1994 ; Johnson 1999 ; Bahli 2002), la dépendance était présenter comme étant une variable unidimensionnelle. Tandis que Ganesan (1994) et Bahli (2002) conceptualisent la dépendance en terme de degré d'importance d'une entreprise pour une autre, Heide et John (1988) et Johnson (1999) s'intéressent plutôt à l'effet de non substituabilité ou de la difficulté de remplacement que trouve une partie si elle décide de quitter la relation avec son partenaire d'échange.

Par ailleurs, Yilmaz et Kabadayi (2006) ont combiné ces deux conceptions pour dégager une conceptualisation bidimensionnelle manifestant en parallèle l'essentialité (valeur reçue) du partenaire et la perception de son irremplaçabilité comme deux dimensions de la dépendance. Plusieurs autres études ont adopté une conception tridimensionnelle comme celle de Young-Ybarra et Wiersma, (1999), Ryu et al, (2007), et Golicic et Mentzer (2006) qui conceptualisent la dépendance à travers l'essentialité de la relation, la difficulté du changement, et de la disponibilité d'alternative au prestataire. Ces trois dimensions sont en réalité fortement corrélées. Dans notre recherche nous allons retenir la conceptualisation bidimensionnelle qui présente la dépendance en terme de l'essentialité de la relation avec le prestataire et la difficulté de remplacement de ce dernier.

En effet, tout d'abord la dimension de l'essentialité de la relation consiste en l'importance de la contribution du prestataire dans l'activité de l'entreprise et pose la question de savoir ce qui se passerait si l'entreprise veut replacer un prestataire par un autre. Ensuite, la difficulté de changement réfère aux obstacles et sacrifices qu'une entreprise peut subir en cas de rupture de la relation. Quantitativement, cette dimension renvoie aux coûts de transfert, appelés souvent switching costs (Whitten et Wakefield 2006), qui sont les coûts associés au processus du changement d'un fournisseur par un autre (Burnham et al, 2003). Ils englobent des coûts économiques et relationnels engendrés par l'arrêt de la relation d'externalisation (Whitten et Wakefield 2006). De plus, cette dimension inclut également la non disponibilité d'alternative au prestataire ou encore le degré de facilité avec laquelle une entreprise peut trouver des nouveaux prestataires de remplacement et réalise la substitution. Cette dimension est également liée à des facteurs environnementaux (Ganesan 1994), comme l'incertitude et le nombre des prestataires sur le marché.

Conclusion :

Après avoir présenté les différentes approches théoriques ayant traité le concept de la dépendance dans une relation inter-organisationnelle, nous avons retenu la définition suivante « la dépendance existe lorsqu'une partie ne peut pas contrôler toutes les conditions nécessaires à l'accomplissement d'une action ou des résultats désirés qui sont réalisés par une autre partie ». Nous avons également présenté les déterminants de la dépendance souvent présents dans le contexte d'externalisation des SI. En fin, le concept de la dépendance a été conçu à travers deux dimensions à savoir : travers l'essentialité de la relation, la difficulté du changement.

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"Un démenti, si pauvre qu'il soit, rassure les sots et déroute les incrédules"   Talleyrand