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Fondamentaux dans la fixation du prix des métaux de base

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par Benjamin ZUILI
Epsci- groupe ESSEC -  2009
  

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L'impact de la Chine dans la consolidation du secteur minier

La flambée des cours a entrainé de massifs investissements des compagnies d'exploitations minières, qui ont à la fois misé sur une politique de croissance interne et externe. Ses investissements ont consolidés le secteur minier et considérablement accru l'influence des entreprises face aux états, a priori détenteurs des ressources.

La hausse des prix a en effet permis aux sociétés impliquées dans le business du métal de réaliser de d'immenses profits et les a pousser à investir de façon d'autant plus soutenue que la crise, à l'époque n'existe pas ; Au contraire, la conjoncture laisse penser que la hausse des cours va se poursuivre indéfiniment ; Mais c'est un facteur sans précédent qui va insuffler un large optimisme sur les marchés mondiaux des métaux : l'entrée de la Chine dans l'OMC.

A la suite d'intenses négociations entamées depuis 1978 et intensifiée au milieu des années 90, la Chine rejoint enfin l'Organisation Mondiale du Commerce en 2001.

Cette adhésion, attendue de longues dates à la fois par les chinois et la communauté internationale des affaires marque un tournant au niveau global dans les échanges mondiaux, et l'industrie de base que représentent les métaux n'échappe pas à la règle, bien au contraire ;

Le Parti Communiste Chinois affiche alors clairement ses objectifs; ouvrir son marché au commerce international pour quadrupler son PIB d'ici 2020.

La Chine, désireuse d'achever sa « Révolution Industrielle » voit alors exploser son urbanisation, son industrialisation et sa consommation de masse. Les bénéfices de l'ouverture se font rapidement sentir et font apparaitre l'appétit de consommation du plus grand marché intérieur au monde.

Cette ouverture, résulte d'une volonté de développement qui va forcément passer par l'édification et la consolidation de nombreux marchés alors manifestement sous exploités (fautes de moyens, d'expérience, de concurrence) par les entreprises d'états : automobile, construction, électronique, aéronautique... Tous ces secteurs destinés à une modernisation sont d'énormes consommateurs de matières premières et promettent aux métaux une explosion potentielle de la demande.

Cette perspective est un tournant majeur pour les majors mondiales mais verra apparaitre- nous le verrons par la suite- d'ambitieux compétiteurs locaux.

Mais si les multinationales se ruent sur la Chine, celle-ci ne bénéficient pas moins de très importantes ressources naturelles : les métaux de bases abondent dans le sol et la roche chinoise.

Le pays va lancer de massives politiques d'investissements pour moderniser l'industrie minière et pouvoir produire lui-même, ce qu'il va consommer dans le cadre de sa croissance, notamment le secteur des métaux de base ;

Le gouvernement va ainsi encourager les investissements étrangers pour structurer son industrie. Le secteur minier Chinois est en effet immense mais précaire. Très fragmenté, les outils d'explorations et de productions sont primaires, et les salariés très exposés : A titre d'exemple le BIT révèle que près de 10.000 ouvriers chinois trouveraient ainsi la mort tous les ans dans des mines exploités illégalement.

Rapidement, le pays va s'affirmer comme l'un des acteurs majeurs, sinon principal, dans l'industrie des métaux de base et bouscule une hiérarchie établie depuis des décennies.

Ainsi, pour la production de cuivre, la Banque Mondiale a évalué que la Chine est passée de la 4e place mondiale avec 1,08 millions de tonnes produites en 1997, à la première en 2002 avec plus de 2,2 millions de tonnes produites. Dans le même temps, le Chili, leader historique dans le secteur cuprifère, voit sa production quasi stagner.

Le pays va même voir sa production continuer à exploser : entre 2004 et 2007, la production va augmenter de 60% pour atteindre près de 3,5 millions de tonnes.

Cet afflux massif de nouveaux stocks aurait du entrainer une chute sévère des cours mondiaux, mais, la tendance inverse va s'opérer pour une raison simple : De la même manière que les Chinois produisent massivement, ils consomment d'autant plus en raison des politiques de modernisation et d'urbanisation engagées par les autorités. Ainsi le pays devient également leader dans la consommation de cuivre ; Entre 2004 et 2007, celle-ci va s'accroitre de 45% et faire de la Chine un importateur net de cuivre alors qu'elle se trouve largement en position de premier producteur mondial. Alors premier producteur, premier consommateur, l'empire du milieu devient également premier importateur mondial de cuivre.

Pour l'aluminium, le constat est encore plus frappant: Leader mondial, entre 2004 et 2007 la production Chinoise augmente de 87%. En juste 3 ans, le poids de la Chine dans la production mondiale passe de 20% à plus de 30%. Dans le même temps, sa consommation double (+104%) et soutient les cours, avivant les désirs d'expansion des compagnies minières.

L'appétit pour les métaux de la Chine s'explique également au travers de la constitution de stocks stratégiques, fixée dans le cadre des plans quinquennaux.

Ces stocks ont pour objectif d'établir les réserves nécessaires à la réalisation des objectifs fixés par le gouvernement mais sont également destiné à soutenir les compagnies productrices locales en leur garantissant un maintien des cours. Le Bureau des Réserves d'Etat, (BRE) est l'organe chargé de constituer ces stocks, et bien que très discret (suite à une perte estimée à près d'1 milliard de dollars sur des positions baissières du cours du cuivre et de l'aluminium en 2005) bénéficie d'une influence forte sur les cours des métaux de base ; A titre d'exemple récent, fin Mars 2009, le BRE annonce sa volonté d'accroitre ses stocks de cuivre en vue du plan de relance prévue par le gouvernement ; En 2 jours, suite à cette annonce, le prix du contrat à trois mois sur le London Metal Exchange a bondi de 360 dollars par tonne, soit une hausse de 10.6 %.

La recomposition de l'environnement concurrentiel :

Ces dernières années, le paysage concurrentiel du secteur des métaux a connu des bouleversements. Le facteur Chine a accéléré le phénomène de globalisation de l'industrie minière. Les prix records des métaux et la volonté de peser sur les marchés ont fait tourner la tête des groupes miniers, lancés dans une course à la taille sans précédent et ont entraîné tout le secteur dans un engrenage de fusions géantes.

L'ouverture de la Chine suite à son adhésion à l'OMC a durablement fait évoluer le marché international des métaux de bases, aussi bien sur la demande, l'offre, la consommation et largement contribué à remodeler et son environnement concurrentiel.

Le facteur « Chine » semble en effet le critère dominant dans la consolidation rapide engagée par les géants du secteur.

En raison des opportunités sans précédent que la Chine représente désormais et de la hausse des cours causée par entrée dans le commerce international, les leaders mondiaux vont se lancer dans une course effrénée aux acquisitions.

Pour expliquer cet entrain massif, les dirigeants des compagnies impliqués expliquent leur optimisme à différents égards. Persuadés que les prix vont rester haut, ils envisagent des bénéfices de plus en plus importants qui leurs permettront de rembourser l'endettement nécessaires aux acquisitions plus rapidement. De plus, leur intérêt dans la création d'oligopole est clair : une telle structure de marché permet aux survivants de contrôler leur marché et avoir ainsi plus d'amplitude dans la fixation des prix.

Au début des années 2000, le volume des fusions-acquisitions entre compagnies impliquées dans le secteur minier est relativement bas et stagne; Cependant, les années suivantes vont voir le nombre de rapprochement exploser en raison de la consolidation nécessaire pour répondre de la manière la plus compétitive à l'ogre Chinois.

Une étude annuelle de Price Water House Coopers caractérise les mouvements de consolidations engagés dans l'industrie minière :

A partir de 2005 le nombre de deals va exploser, aussi bien en nombre qu'en valeur ; Alors que le nombre de transactions s'élève à 735, pour une valeur globale de près de 70 milliards de dollars, en 2006 le nombre d'opération augmente de 35% pour une valeur presque doublée à 133 milliards. La valeur moyenne de ces transactions a également explosé en augmentant de près de 60% en une année. Les marchés des métaux connaissent alors une flambée des cours

Le cours de l'aluminium a par exemple plus que doublé entre 2003 et 2007, poussant les groupes miniers s'engager dans des politiques de croissances externes.

En 2007, la progression est d'autant plus spectaculaire avec des nouveaux records en nombre et en valeur ; Le nombre de deal augmente de 70% à plus de 1730, pour une valeur totale de 160 milliards de dollars, en hausse de 20% par rapport à 2006.

Le marché est tiré par une vague d'opérations gigantesque destinées à créer des géants mondiaux.

Ainsi, le premier mouvement majeur est le rapprochement opéré en 2001 entre BHP, multinationale australienne et Billiton, géant minier anglais. Cette fusion crée le plus grand groupe minier au monde.

Cette fusion géante est le premier signe du phénomène de globalisation de l'industrie minière, Elle va provoquer une hausse des cours en raison de la validation par les entreprises des prévisions d'explosion de la demande à moyen terme.

Cette stratégie est validée, et permet 4 ans plus tard à BHP Billiton d'étendre encore son influence en rachetant pour plus de 7 milliards de dollars WMC Ressources, un groupe minier australien. L'activité de BHP Billiton est alors extrêmement diversifiée : le groupe possède aussi bien des mines de diamants, de métaux de base, d'aluminium, de charbon, d'acier, de manganèse, en Australie, au Canada, en Afrique du Sud...

Ce rachat révèle les enjeux d'acquisitions massives dans le secteur minier et la course à la taille critique qui permettent d'éviter toute OPA hostile de la part d'un compétiteur plus gros.

Alors qu'en 2002 son chiffre d'affaires est de 17 milliards de dollars, pour un bénéfice net de 1,1 milliards de dollars, le volume d'activité de BHP Billiton en 2007 atteint les 47 milliards et voit son profit dépasser les 13 milliards. Courant 2007, sa capitalisation boursière est estimée à 165 milliards.

Entre temps d'autres compagnies se sont engagées dans des batailles boursières pour être parer à l'extraordinaire croissance potentielle Chinoise :

Alcan (Aluminium Company of Canada), alors parmi les plus gros producteurs d'aluminium au monde acquiert coup sur coup Algroup (groupe Suisse spécialisé dans l'aluminium et les emballages) en 2001 et le groupe industriel Français, Pechiney en 2003. Après ces deux acquisitions géantes, son chiffre d'affaires triple presque pour atteindre 25 milliards de dollars et devient le 3e producteur mondial d'aluminium. Son profit net augmente d'une année sur l'autre de près de 30%. Ces éléments pourraient laisser penser que le groupe est alors à l'abri d'une offre de rachat hostile, cependant, le mouvement mondial de consolidation de l'industrie minière et du métal est alors destiné à s'intensifier.

Ainsi, Alcoa (Aluminium Company of America), lance en Mai 2007 une OPA hostile sur Alcan à hauteur de 33 milliards d'euros, avec pour ambition de devenir le numéro un mondial de l'aluminium, en détrônant le russo-suisse Rusal, né en 2006 de la fusion de Rusal, Sual et de Glencore.

La société trouve alors en Rio Tinto, un géant Anglo-australien un « chevalier blanc ». Rio Tinto voit en Alcan une cible privilégiée, qui lui permettrait de se renforcer dans le cuivre, l'aluminium et l'acier, associés à la croissance chinoise.

En Juillet, Alcan et la société anglo-australienne Rio Tinto publient un communiqué de presse commun annonçant que Rio Tinto « va formuler une offre recommandée sur Alcan, entièrement en numéraire » de 101 dollars soit une surcote de 62% par rapport au cours de Bourse d'Alcan ; Cette offre qui valorise la compagnie à 38 milliards de dollars est acceptée à l'unanimité par le Conseil d'administration.

En Octobre 2007, l'offre aboutit et l'entité Rio Tinto-Alcan est crée. Le conglomérat devient le premier producteur d'aluminium mondial.

Ces mouvements ont certes formés des géants mondiaux, mais cela à également contribué à les endetter lourdement. La flambée des prix a persuadé un temps que ces investissements seront rentables à moyen terme, et peu alors parlent de la formation d'une bulle.

Le rachat d'Alcan par Rio Tinto marque les premières limites des ces politiques d'investissements massifs ; Endetté à hauteur de 40 milliards de dollars, le nouveau géant se voit contraint de gérer sa cinquantaine de filiale au cordeau.

Cependant, tirés par la croissance robuste de l'économie mondiale, l'explosion de la demande provenant notamment des pays émergents et la maigreur des stocks, les prix des métaux atteignent des records absolus. Les entreprises sont poussées à se rapprocher si elles veulent conserver leur place dans une industrie en phase de mondialisation totale.

Pendant ces péripéties boursières, les cours des métaux fluctuent deviennent très volatils : entre février et Mai 2007 les cours du cuivre augmentent de 57% à plus de 6000 euros la tonne, avant de rechuter de près de 30% les deux mois suivants. Le métal rouge finira tout de même 2007 en hausse de près de 10%. Les prix, du plomb, de l'étain ou du zinc affichent alors des records, motivant des rapprochements.

Les velléités d'expansion des compagnies minières se poursuivent donc avec notamment comme pic les rumeurs persistantes d'une volonté de rachat de Rio Tinto par BHP Billiton.

Ainsi, fin 2006, le brésilien CVRD s'est offert pour plus de 13 milliards dollars le canadien Inco, devenant ainsi le deuxième groupe minier mondial ; Et ce, seulement quelques mois après que le suisse Xstrata (lui-même filiale géant Rusal) eut avalé Falconbridge, au terme d'une bataille boursière avec le même Inco.

En mai 2007, le secteur a encore assisté à une guerre de titans pour le contrôle du canadien LionOre. Le géant russe Norilsk Nickel, premier producteur mondial, défie ainsi Xstrata en surenchérissant, avec une offre de cinq milliards de dollars.

L'américain Freeport McMoRan Copper & Gold a annoncé en novembre le rachat de son compatriote Phelps Dodge pour 25,9 milliards, une opération destiné à donner naissance au premier groupe minier américain et au premier producteur de cuivre coté au monde.

En décembre, l'australien Zinifex et le belge Umicore ont annoncé leur mariage, devenant le nouveau numéro un mondial du zinc.

En Novembre 2007, soit un mois après l'acquisition d'Alcan par Rio Tinto, BHP Billiton annonce officiellement sa volonté de racheter la toute nouvelle entité. Cette opération présente un intérêt stratégique évident pour BHP Billiton. Outre de renforcer et d'élargir ses positions sur les principaux métaux (du minerai de fer au nickel, en passant par l'aluminium), elle permettrait au groupe de générer 3,5 milliards de dollars de résultats opérationnels supplémentaires en sept ans. Pour convaincre les actionnaires de Rio Tinto, BHP Billiton a également proposé un programme de rachat d'actions d'un montant de 30 milliards de dollars. La société s'engage de plus à refinancer les emprunts contractés par Rio Tinto pour le rachat d'Alcan. Au total la première compagnie minière mondiale déclare qu'elle offre 147 milliards de dollars pour acquérir le troisième groupe minier mondial, soit la 3e plus grosse acquisition de l'histoire.

Face à cette situation, les commissions de concurrence s'alarment de voir la possibilité de rapprochement entre le leader mondial et le 3e ; Si elle devait aboutir, la fusion BHP/Rio donnerait naissance à un mastodonte qui contrôlerait plus du quart du marché mondial du minerai de fer et serait l'aboutissement de la consolidation du secteur en formant un groupe exploitant quasiment tous les métaux à l'échelle mondiale.

Des contestations émanent des autorités chinoises qui craignent de voir l'union de deux entreprises produisant des matières essentielles à son développement.

Rio Tinto rejette sans appel l'offre en s'estimant largement sous évalué ; Afin de contrer l'offre, le groupe visé annonce des investissements supplémentaires dans des exploitations minières en Australie et en Afrique du Sud et promet une politique actionnariale généreuse.

En Europe, des sidérurgistes demandent à la Commission Européenne de prévoir des mesures de rétorsion en cas de position dominante. L'Union Européenne donne un avis négatif quant à la fusion, mais BHP maintient son offre.

En Novembre 2008, la crise financière se propage, devenant une crise globale et dans un contexte de détérioration du climat économique et de baisse des cours des matières premières, BHP retire son offre.

La consolidation du secteur semble donc devoir freiner pour un temps après avoir vu la bulle des prix des métaux exploser.

Cependant la crise financière va représenter pour certains l'occasion unique de prendre des positions inaccessibles jusque la, notamment pour des compagnies de pays émergents, qui pour leur développement ont besoin de garantir une production propre.

II.2 La montée en puissance des compagnies minières Chinoises

En tant que premier consommateur d'aluminium, de cuivre, de zinc et de la plupart des métaux de base, l'empire du Milieu va lui même prendre une position de plus en plus influente dans le marché mondial du métal, en s'affirmant comme producteur.

Les entreprises Chinoises bénéficient de plusieurs avantages structurels qui leur permettent de se placer en position favorable dans la concurrence mondiale de l'industrie minière.

Comme toutes les entreprises Chinoises opérant sur des marchés stratégiques, ces entités appartiennent, sont gérées et financées par l'état. Celui-ci disposant de réserves colossales, et prêt à renforcer le paysage concurrentiel, a investi massivement pour créer des champions nationaux. La Chine se voit obliger de structurer des industries stratégiques et l'état réserve une large part de ses achats en métaux de base auprès des compagnies qu'il a crée de toutes pièces. Ces bouleversements s'accompagnent de revers sociaux parfois graves.

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