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L'émancipation familiale face aux institutions: des pères séparés dans l'impasse

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par Catherine Azémar
Conservatoire des arts et métiers Paris - Master de recherche: sciences du travail et de la société 2009
  

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3.3. Contradictions entre une institution inégalitaire et une tendance émancipatrice de la cellule familiale.

Ulrich Beck soutient le fait que la répartition des rôles en fonction de l'appartenance sexuelle s'est construite comme base de la société industrielle. C'est ainsi que de fait, « une égalité réelle des hommes et des femmes remettrait en question les fondements mêmes de la famille ». À travers les conflits qui éclatent aujourd'hui entre les hommes et les femmes, Il s'agirait ainsi d'affronter les contradictions de la société industrielle, transposées sur le plan personnel. (Beck, 1986). Les structures institutionnelles prennent appui sur un cadre traditionnel de répartition des rôles sexués, mettant en place un système inégalitaire. Or, il y a une volonté d'émancipation des stéréotypes sexuels dans le cadre de la famille (illusion d'égalité nourrie par la révolution industrielle), mais qui ne peut se réaliser sans l'appui justement des institutions. Dans cette tentative de changer la société à l'intérieur de la famille, sans modifier les structures sociales, ne subsiste qu'un échange des inégalités. Il est ainsi « impossible de réaliser l'égalité entre les hommes et les femmes à l'intérieur de structures institutionnelles qui présupposent l'inégalité entre hommes et femmes », toujours selon Beck. Et les attentes des femmes pour une plus grande égalité dans le domaine professionnel et familial se heurtent de la sorte à des évolutions contraires.

Pour T.Blöss, L'activité professionnelle des femmes peut apparaître en théorie constitué un facteur d'émancipation de leurs rôles familiaux Mais l'accès généralisé des femmes au salariat s'accompagne d'une moindre légitimité de leur place sur le marché du travail. . La différence de sexe dans la sphère privée constitue un frein puissant à l'égalisation des statuts. Il souligne le fait que le choix alternatif à mener une carrière familiale et professionnelle demeure une particularité féminine. Le processus irréversible constaté d'émancipation individuelle ayant permis aux femmes de s'extraire de leur assignation à la sphère domestique, apparaît ainsi incertain et contradictoire. Le recul du mariage, en dépit de ses réformes, reflète les difficultés de cette institution à satisfaire l'exigence contemporaine de démocratie familiale, pour Thierry Blöss. L'auteur identifie aussi des contradictions au niveau de l'institution elle même qui tout en prenant comme appui une base inégalitaire des identités parentales sexuées, cherche à l'atténuer selon le principe de solidarité publique (pour illustration, l'exemple de la catégorie prestataire des familles « monoparentales »). Il y a bien souligne l'auteur existence politique du processus de décision des rôles parentaux. L'action des politiques publiques vise à la fois la réduction des inégalités entre conjoints et entre parents, et la préservation des identités ou spécificités supposées des deux sexes. Les dernières dispositions sur l'après divorce pour un meilleur partage des responsabilités parentales, assurent en fait la reproduction des inégalités entre les charges ou prérogatives paternelles et maternelles.

L'auteur pointe l'existence d'un décalage important entre les principes d'égalité formelle entre les sexes et la réalité des faits dans tous les domaines, professionnel, politique, familial. « Le modèle contractualiste » (C.Martin, 1997) mis en oeuvre dans les lois récentes sur la famille basé sur le consentement mutuel et l'exercice conjoint de l'autorité parentale, ne s'applique en réalité qu'à une minorité de couples, souvent de couches moyennes et supérieures. Le développement ainsi que son officialisation des « familles monoparentales », illustrent bien l'existence politique du processus de division des rôles parentaux. Par ailleurs, ces foyers féminins, économiquement vulnérables, sont devenus une catégorie prestataire, à problèmes. On a donc un système assez paradoxal avec une institutionnalisation inégalitaire des identités parentales sexuées, que cherche à atténuer l'impératif de solidarité publique par une politique redistributive.

Ainsi, je note que l'existence d'un processus politique de division des rôles parentaux est illustrée par le développement et l'officialisation du terme de familles « monoparentales »6(*). Toujours selon Blöss, les rôles domestiques et parentaux sont donc au coeur de tensions entre leur dimension fonctionnelle et leur dimension idéologique : La première est enracinée dans l'histoire de la division sexuelle des rapports domestiques, la seconde incarne les nouvelles aspirations démocratiques des couples, qui permettent aux femmes de déléguer des tâches domestiques et inclinent les hommes à s'occuper des enfants dans une plus grande proximité affective. Mais le discours sur ces nouveaux pères coexiste avec celui des pères défaillants qui rend compte de l'affaiblissement de l'autorité et du lien paternel. Et pour les femmes, « Dans un contexte d'instabilité conjugale croissante, elles se sont imposées- ou ont été désignées- comme le maillon anthropologiquement fort du lien de filiation » (Blöss, 2001).

Ainsi, l'enjeu de cette situation serait qu'avec le retour d'un schéma familial basé sur la distinction sexuelle des rôles, par la permanence d'une dichotomie vie professionnelle vie familiale, des inégalités sociales en découlent de part et d'autre.

Aussi, au regard de l'appréhension sociologique sur la nature et les enjeux des obstacles à la mise en place d'une égalité des sexes dans la famille, ma démarche de travail est celle de comprendre comment s'articulent les places parentales à partir de l'observation des pères, dont le rôle historique central est en miroir de l'évolution sociale. Le constat de l'existence de tensions observés dans la sphère privée, et productrices d'inégalités sociales, m'ont alors conduite à élaborer l'hypothèse de travail autour de mon choix de terrain d'étude.

* 6 Le terme de «  monoparental  » apparait en effet impropre du fait qu'il est attribué à la notion de famille, alors qu'il recouvre à l'origine celle de foyer pris dans le sens statistique.

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