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Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de guinée: contribution à l'étude des menaces liées à la ruée vers le pétrole au nigéria.


par Fabrice NOAH NOAH
Universiré de Yaoundé II- Soa - DEA en géostratégie 2013
  

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B- Principaux acteurs de l'univers pétrolier nigérian :

L'industrie pétrolière au Nigéria connait un grand nombre d'acteurs officiels et officieux. Ceux-ci entretiennent entre eux des relations de nécessité participant du bon fonctionnement de la filière ; mais aussi de suspicion à cause du choc des intérêts et des querelles de leadership présentes dans le milieu. De manière générale, on distingue deux types d'acteurs dans le secteur pétrolier nigérian : les acteurs gouvernementaux ou nationaux et les acteurs internationaux. Au nombre des acteurs gouvernementaux du pétrole figure en bonne place le Président de la république. Il constitue avec ses hauts conseillers et la direction de la compagnie pétrolière nationale le cercle retreint des décideurs politiques en matière pétrolière.124Le chef de l'Etat a souvent cumulé à ses charges celles de ministre du pétrole témoignant ainsi

118 -Op.cit

119 - Voir Philippe Sébille Lopez, « les hydrocarbures au Nigéria et la redistribution de la rente pétrolière », in Afrique contemporaine n° 216, avril 2004. Voir aussi Alexandra Gillies, « Réformer la corruption de l'or noir nigérian ? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole. »,

in U4 Brief, n° 23, septembre 2009 120- Idem.

121 -Voir Alexandra Gillies, « Réformer la corruption de l'or noir nigérian ? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole. », in U4 Brief, n° 23, septembre 2009.

122 - Cf. Alexandra Gillies, « Réformer la corruption de l'or noir nigérian ? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole. », in U4 Brief, n° 23, septembre 2009.

123 -Op.cit.

124- Cf. Alexandra Gillies, « Réformer la corruption de l'or noir nigérian ? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole. », in U4 Brief, n° 23, septembre 2009.

Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 28

Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

du caractère éminemment politique de la gestion du pétrole au Nigéria.125 Il a une

influence directe et déterminante sur les décisions pétrolières. Les relations privilégiées qu'il entretient avec les dirigeants des pays d'où sont originaires les multina-

tionales du pétrole opérant au Nigéria ne sont donc pas fortuites.

A côté du président de la république figure le ministre du pétrole. Le titulaire de ce poste, qui a été remis au goût du jour en 2007, est un des plus proches collaborateurs du chef de l'Etat. Il est chargé de la supervision technique de la compagnie pétrolière nationale et mène la politique relative au secteur pétrolier.126Deux principaux

organismes étatiques dépendent directement de lui : la Direction des ressources pétrolières (DPR) et la NOSDRA.127 La DPR est l'organe de surveillance de l'industrie.

Filiale de la compagnie pétrolière nationale jusqu'en 1988, elle est à présent auto-nome.128 La DPR, dont le rôle est consacré aux activités d'exploitation, supervise la conformité des multinationales aux lois et règlements, y compris en matière environ-nementale.129Elle conserve les archives des opérations de l'industrie, conseille le

gouvernement, assure la rentrée des royalties et des baux et traite toutes les autorisations de licence.130 C'est en fait l'agence de promotion de l'industrie pétrolière.131La

DPR, qui est souvent en conflit avec la compagnie pétrolière nationale, se retrouve dans la difficile situation de garant d'une industrie pétrolière respectueuse des lois républicaines et de l'environnement, et promotrice d'une exploitation du pétrole qui est à la fois source de moyens colossaux pour l'Etat et cause d'insécurité.

La seconde agence du ministère du pétrole, la NOSDRA (National Oil Spill Detection and Response Agency) est chargée de surveiller les fuites de pétrole.132 Elle évalue les dégâts environnementaux en cas de catastrophe pétrolière et entreprend une évaluation de l'impact. La NOSDRA prévient les autorités politiques des conséquences éventuelles des fuites et de leur incidence sur la santé. Elle veille à la réparation effective des installations pétrolières après une catastrophe, et assure la médiation entre les victimes et les compagnies pétrolières.133 La NOSDRA est également chargée de garantir que le plan national de déversement prévu (le national oil spill contingency plan) est appliqué conformément à la convention on oil pollution preparedness response and co-operation (OPRC).134La mission de veille de cette agence gouvernementale est rendue difficile à cause de ses faibles moyens financiers et de sa dépendance aux informations données par les multinationales en cas de fuites de pétrole. Cette incapacité à régler les problèmes causés par l'industrie pétrolière s'est manifestée lors des différentes fuites de pétrole dans la localité de Bodo, dans le Delta du Niger, en aout et décembre 2008.135

125 -Idem.

126 -Ibid.

127 -

128 -Ibid.

129 -Cf. Amnesty international, CEHRD, la vraie tragédie. Retards et incapacité à stopper les fuites de pétrole

dans le Delta du Niger, Amnesty international, nov. 2011, p. 34.

130 - Idem.

131 -Ibid.

132 -Ibid. 133-Ibid. P.32.

134 -Ibid. P29.

135 - Ibid. P4.

Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 29

Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

Depuis 2004, un nouvel organisme en charge de la gestion de l'industrie pétrolière a été mis sur pied. Il s'agit du secrétariat général de la NEITI (l'initiative pour la transparence des industries extractives au Nigéria). La mission de cette agence est de veiller à la transparence dans la gestion du pétrole plus particulièrement dans l'administration des revenus tirés de son exploitation. Le secrétariat général de la NEITI dépend directement de la présidence de la république.

Un des acteurs nationaux les plus importants de la filière pétrolière Nigériane est sans conteste la Nigerian National Petroleum Company (NNPC). Fondée en 1977, la compagnie pétrolière nationale assure la participation de l'Etat dans le cadre des joint-ventures avec les multinationales du pétrole. Elle compte plus de 9000 sala-riés.136 C'est une compagnie verticalement intégrée qui contrôle un éventail d'activités en amont et en aval de l'industrie pétrolière. Ses multiples fonctions comprennent l'exploitation de douze filiales dans le domaine de l'exploration-production mais aussi du raffinage, du transport et de la gestion des terminaux de stockage des produits pétroliers et pétrochimiques.137 La plus importante de ses filiales est la National Petroleum Investment Management Services (NAPIMS) qui agit en tant que concessionnaire de l'industrie et passe des contrats avec les compagnies pétrolières au nom de l'Etat. La NNPC est partie prenante dans au moins six joint-ventures avec des compagnies pétrolières internationales en tant qu'actionnaire majoritaire. Cependant, c'est toujours la compagnie internationale qui est l'opérateur.138 L'entreprise qui possédait initialement 80% des parts de son contrat avec la Shell Petroleum Development Company (SPDC filiale de la Royal Dutch Shell) en conserve dorénavant 55%.139 Sa participation dans les autres joint-ventures est de 60%. Peu de contrôles financiers internes se font à la NNPC. Néanmoins, des audits externes y sont annuellement menés.140 La compagnie pétrolière nationale est donc le principal acteur gouvernemental de l'industrie pétrolière au Nigéria. Elle est à la fois une administration et un opérateur dans les différents segments de l'industrie pétrolière. L'organe de décision de la NNPC est composé du conseil d'administration et son directeur général. L'industrie pétrolière au Nigéria connait alors principalement six opérateurs gouvernementaux, chargés pour l'essentiel d'assurer la protection des intérêts nigérians en matière de pétrole.

L'industrie pétrolière au Nigéria accorde également une place de choix à des acteurs internationaux. Venant en appui à l'Etat dans sa gestion des ressources pétrolières, ils participent au dynamisme de l'industrie tout en s'assurant des marges bénéficiaires considérables. Les principaux interlocuteurs internationaux des autorités nigérianes sont sans doute les multinationales du pétrole. Les plus en vue sont Shell, Exxon Mobil, Chevron Texaco, Total et Eni/ Agip. D'autres compagnies de moindre importance comme Statoil, Petrobas, Addax et de petites indépendantes

136 - Cf. Alexandra Gillies, « Réformer la corruption de l'or noir nigérian ? Première partie : cartographie des risques de corruption dans la gouvernance de la filière pétrole. », in U4 Brief, n° 23, septembre 2009

137 - Cf. Ian Garry et Terry Lynn Karl, Le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, catholic relief ser-vices, Juin 2003, p.26.

138 -Idem.

139 -Ibid.

140 -Idem.

Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 30

Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

essayent de se faire une place dans l'univers concurrentiel du pétrole nigérian. Royal Dutch Shell (Shell) est l'opérateur majoritaire du circuit pétrolier du pays. La compagnie opère sur près de 31 000 kilomètres carrés.141 Elle est partie prenante d'une joint-venture avec l'Etat nigérian qui en détient 55%, Elf Petroleum Nigeria Ltd. (filiale du groupe français Total) 10%, et la compagnie italienne ENI 5%.142Shell, qui détient 30% de la joint-venture, en est l'opérateur principal.143Les firmes multinationales sont les véritables acteurs de terrain du secteur pétrolier nigérian. La relative incurie avec laquelle elles gèrent certaines questions, comme la protection de l'environnement ou l'amélioration des conditions de vie des populations des zones d'exploitation, démontre la grande marge de manoeuvre dont elles bénéficient.144 Malgré leur personnalité juridique et une relative indépendance financière, il est impossible de voir les multinationales du pétrole comme de simples acteurs économiques. En tant que principaux « intervenants de terrain » au Nigéria, elles sont les bras séculiers des grands consommateurs, et représentent la caution commerciale de leurs manoeuvres stratégiques.

L'industrie pétrolière est une activité qui nécessite l'investissement d'énormes sommes d'argent. Les progrès technologiques et la situation des gisements de plus en plus en profondeur viennent alourdir la facture des opérateurs. La prospection en eaux profondes, qui tend à s'intensifier dans la région, oblige les compagnies pétrolières à recourir à des prêts encore plus importants. Les partenaires économiques et financiers sont alors des acteurs internationaux de premier plan de la filière. Au nombre de ces acteurs, figurent les institutions financières internationales (IFI). Par leur rôle prépondérant dans les économies des pays sous-développés, les IFI constituent des facilitateurs de financement pour les multinationales comme pour les Etats. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international sont, par exemple, des investisseurs non négligeables dans le secteur pétrolier au Nigéria. Les compagnies pétrolières internationales font généralement appel aux Agences de Crédit à l'Exportation (ACE) et au Groupe de la Banque Mondiale, afin de garantir leurs investissements, et transférer ainsi sur les autorités publiques leurs propres risques financiers. Ces partenaires financiers des multinationales n'hésitent pas à délier les cordons de la bourse pour préfinancer les grands projets pétroliers, dans les pays les plus pauvres. Ils ont ainsi dépensé 51 milliards de dollars entre 1995 et 1999, pour faciliter les projets pétroliers et miniers dans les pays en développement et les ex-républiques soviétiques.145 Les bénéficiaires de ces financements sont des compagnies pétrolières américaines (Haliburton et Chevron-Texaco) ou l'anglo-néerlandaise (Shell).146

141 - Cf. Amnesty international, CEHRD, la vraie tragédie. Retards et incapacité à stopper les fuites de pétrole dans le Delta du Niger, Amnesty international, nov. 2011, p.26.

142 -Idem.

143 -Ibid.

144 -Ibid.

145 - Cf. Ian Garry et Terry Lynn Karl, Le fond du baril. Boom pétrolier et pauvreté en Afrique, catholic relief ser-vices, Juin 2003, p.15.

146 -Idem.

Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 31

Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

La société financière internationale (SFI), est un des plus grands investisseurs dans les projets pétroliers en Afrique subsaharienne. En 2001, les investissements de la société dans la région ont représenté 40% des 840 millions de dollars injectés par elle dans l'amont pétrolier.147 Les récents investissements de la SFI dans le secteur pétrolier en Afrique ont concerné des projets au Congo, au Cameroun, au Tchad, au Gabon, en Côte d'ivoire et au Nigéria. La SFI, comme la plupart des institutions faisant partie du groupe de la Banque Mondiale (BIRD, AID, AMGI), accorde aux opérateurs du secteur pétrolier des prêts généralement assorties de conditionnalités sociales et environnementales.148 C'est tout le contraire des agences de crédit à l'exportation149 dont les conditions de prêts sont entourées de mystère. Selon le Fonds monétaire international, les financements accordés par celles-ci150 sont largement supérieurs à ceux accordés par la Banque Mondiale, le FMI et les autres institutions multilatérales réunies.151Cette situation, potentiellement dangereuse pour les pays du Golfe de Guinée, est malheureusement assez répandue. Les pays pétroliers sont lourdement endettés auprès de ces bailleurs de fonds, qui les contraignent ainsi financièrement. Le pourcentage de l'endettement extérieur nigérian détenu en 2000 par les Agences de crédit à l'exportation était, par exemple, de 71%.152La responsabilité de celles-ci dans le faible impact économique de la rente pétrolière en Afrique et plus particulièrement au Nigéria, est indéniable.

L'industrie pétrolière nigériane connait une pléthore d'acteurs gouvernementaux ou internationaux qui remplissent une fonction particulière dans la chaine pétrolière. La vitalité et le dynamisme qu'ils procurent à l'univers pétrolier ne se fait ressentir que très faiblement au sein des populations.

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