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Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de guinée: contribution à l'étude des menaces liées à la ruée vers le pétrole au nigéria.


par Fabrice NOAH NOAH
Universiré de Yaoundé II- Soa - DEA en géostratégie 2013
  

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A- Le ministère du delta du Niger : une innovation non consensuelle au rôle poli-

tique flou.

Dans sa volonté de « régler » le problème du delta, l'Etat a usé de manière régulière de son pouvoir politique. Il s'agit pour lui d'essayer d'apporter des solutions, surtout institutionnelles, à la crise sociale que connait la région pétrolière par excellence du pays. Une des solutions « institutionnelles » les plus originales a consisté à la création d'un ministère entièrement dédié au delta du Niger.

La création d'un ministère du Delta du Niger est intervenue pendant le mandat du président Oumarou Moussa YAR'ADUA.303 Dans un réaménagement du gouvernement au mois de septembre 2008, le conseil des ministres a décidé de mettre sur pied un gouvernement de 42 ministères, dont un destiné au développement économique de la région du Delta du Niger. La création de ce département ministériel, comme d'ailleurs de celui du pétrole distinct du ministère en charge des autres formes d'énergies, émane de la volonté du chef de l'Etat de « garantir une plus grande flexibilité et une réelle efficacité politique »304 à son action. Il s'agit pour le gouvernement de se montrer plus préoccupé et surtout plus efficace face à la question du sous-développement dans le Delta du Niger. Cette initiative, venant d'un président originaire du nord du pays, sonne comme une réelle volonté de sortir de la politique d'assujettissement, voire d'asphyxie économique et politique des régions pétrolières, menée par nombre de ses prédécesseurs.305Cependant, elle n'a pas suscité le consensus dans la population de la région.

En effet, pour des habitants de la région, les solutions institutionnelles ont toujours existé, mais n'ont vraiment jamais rien réglé. Le principal mouvement militant du delta du Niger, le MEND, a accueilli l'annonce avec « préoccupation ».306 C'est du moins ce qu'a affirmé son porte parole, dans un message transmis à différents organes de communication. Pour l'organisation, l'initiative gouvernementale a connu des précédents qui en plus de 50 ans d'extraction pétrolière n'ont rien apporté. Selon son porte parole Jomo GBOMO, « créer un ministère n'équivaut pas à la venue du Messie tant attendu. Le Nigéria a créé quantité de ministères au cours de ces quarante dernières années et aucun d'eux n'a eu un impact positif sur la population. Ce sera une voie de plus pour la corruption et les favoritismes politiciens ».307 S'il est possible de voir en ces paroles de l'extrémisme, force est de constater tout de même

303 -Cf. Francesca Dessi, « l'or noir, bonheur et malheur du Nigéria », article publié le mercredi 1er octobre 2008 sur www.geostrategie.com. Consulté le 26 janvier 2012.

304 -Idem.

305 -cf. Supra.

306 - Cf. Francesca Dessi, « l'or noir, bonheur et malheur du Nigéria », article publié le mercredi 1er octobre 2008 sur www.geostrategie.com. Consulté le 26 janvier 2012.

307 -Idem.

Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 69

Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

que, plusieurs années après, le ministère du Delta du Niger n'y a pas apporté le développement escompté. La création de ce département ministériel est une initiative compréhensible. Cependant, elle s'est avérée inefficace, à cause d'un univers pétrolier traversé par des intérêts multiples et divergents.

B- La commission de développement du delta du Niger ou l'illustration de l'échec des stratégies de développement fédérales :

La Commission de Développement du Delta du Niger est une solution tout aussi problématique. Créée en remplacement de l'OMPADEC (oil minerals producing areas development) jugée inefficace, elle n'a pas donné des résultats plus satisfaisants. Les moyens financiers mis à sa disposition n'ont pas encore eu l'impact souhaité sur le développement des régions pétrolières. La commission, qui a fait l'objet d'une enquête gouvernementale récente, est souvent soupçonnée de corruption et de manque de transparence dans les procédures d'octroi des marchés publics. Il lui est aussi reproché d'entreprendre de nombreux travaux qui finalement ne sont pas menés à terme. Un des reproches récurrent à cette agence est, sans doute, le faible encrage de ses projets de développement dans les besoins réels des populations et sa dépendance vis-à-vis des lobbies de la construction.308 Une des raisons avancées pour justifier le manque d'efficacité de la NDDC est qu'elle a reçu un mandat et d'importants moyens financiers (47 milliards de Naira entre 2001 et 2003), sans toutefois avoir les pouvoirs politiques de les mettre en place.309

S'il existe une preuve de l'inadéquation de l'oeuvre de la NDDC avec les besoins de la région c'est sans conteste son incapacité à améliorer durablement les conditions de vie des habitants. Le delta du Niger est une région essentiellement fluviale. Il s'y produit alors de manière régulière des inondations qui viennent priver les populations de leurs moyens de subsistance, et de leurs habitations. Or, la commission n'a pas encore véritablement initié un projet d'aménagement global en matière hydraulique. Cette situation de précarité vient s'ajouter au relatif enclavement de la région, qui ne bénéficie pas d'un réseau routier à la mesure de sa richesse. En outre, le manque de coordination avec les autres opérateurs de développement, les ONG et les organisations internationales en particulier,310 ne permet pas un impact social suffisant à son action. La Commission de Développement du Delta du Niger vient alors échouer là où l'OMPADEC n'avait pas non plus réussie.

L'Etat fédéral se montre alors incapable, par ses innovations institutionnelles, d'apaiser les tensions dans les régions pétrolifères. Il donne par ce fait des arguments supplémentaires à ceux qui pensent qu'il ne peut y avoir de développement que s'il est mis sur pied un véritable fédéralisme fiscal. La création d'institutions gouvernementales, chargées d'assurer le développement de la région, relève d'une « surcharge bureaucratique », peu propice à l'amélioration des conditions de vie des habitants du delta du Niger. La centralisation de la gestion de la rente pétrolière, qui

308 -Idem.

309 - Sylvie Fanchette, « le delta du Niger (Nigéria). Rivalités de pouvoir, revendications territoriales et exploita-tion pétrolière ou les fervents de la violence. », Hérodote n° 121, la Découverte, 2 e trimestre 2006.

310 - Idem.

Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 70

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fait de l'Etat fédéral le juge de l'opportunité et de l'étendue des projets de développement dans le delta, se révèle être une erreur majeure. Le pétrole qui est perçu comme une propriété exclusive de l'Etat devient une source de convoitises et surtout le but de stratégies de pouvoir porteuses d'insécurités diverses.

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