WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de guinée: contribution à l'étude des menaces liées à la ruée vers le pétrole au nigéria.


par Fabrice NOAH NOAH
Universiré de Yaoundé II- Soa - DEA en géostratégie 2013
  

précédent sommaire suivant

Paragraphe 1 : Pétrole et développement : déni d'une malédiction.

A- Esquisse de présentation du concept de « malédiction des ressources nat u-relles » :

Il existe en Afrique, et dans de nombreuses autres régions du monde, une idée assez répandue sur une « malédiction des ressources naturelles ». Selon Terry Lynn Karl, celle-ci renvoie à la relation inversement proportionnelle entre dépendance élevée vis-à-vis des ressources naturelles et taux de croissance économique.353 Pour de nombreux observateurs, le plus grand malheur du continent africain viendrait, à la fois, des convoitises que suscitent, auprès d'acteurs véreux, l'immensité de ses matières premières et de l'incapacité de nombreux pays à mettre sur pied des politiques à même de faire de leurs ressources naturelles des facteurs de développement, et non simplement de dynamisme économique. Or, uranium, bois, diamant, gaz et pétrole seraient alors les responsables « involontaires » de la ruine du continent. La pauvreté et l'instabilité de pays africains, pourtant riches, apparait comme une confirmation de ce point de vue.354Il serait alors impossible à l'Afrique de se développer grâce aux importantes richesses tirées de son sous-sol.355

Le pétrole, matière première stratégique par excellence, est considéré comme incapable d'assurer le développement des pays qui le possèdent. Les grands enjeux autour de l'exploitation de cette source d'énergie en limiteraient l'impact positif sur les conditions de vie des populations. La situation économique et sociale précaire d'anciens ou actuels pays pétroliers du Golfe de Guinée tels que le Congo, le Nigé-ria, l'Angola, le Cameroun, ou le Gabon ; 356ou même l'histoire de quelques pays membres de l'OPEP (Iran, Arabie Saoudite, Irak, Venezuela, etc.) apparaissent comme autant de témoignages du caractère illusoire du développement par le pé-

353 Terry Lynn Karl, « comprendre la « malédiction » des ressources », in Le pétrole. Guide de l'énergie et du développement à l'intention des journalistes. Lever la malédiction des ressources naturelles.2, Open society New York, 2005, p23.

354 -Il est tout de même saisissant que des pays africains, véritables « scandales géologiques », comme la RDC, le Nigéria ou l'Angola occupent les dernières places dans le classement des nations les plus riches du monde. Dans ces pays, une minorité d'individus, généralement proches du pouvoir, profitent des richesses tandis que la majorité des habitants vit dans une précarité et une pauvreté abjectes.

355 - Cette éventualité tient du fait que si l'on se base sur la définition du terme « malédiction » (état de malheur inéluctable qui semble imposée, dictionnaire Encarta(c) 2009) il est impossible que l'homme vienne à bout des difficultés que posent la gestion des ressources naturelles.

356 - Voir Ian Gary et Terry Lynn Karl, Le fond du baril, catholic relief services, juin 2003, pp. 25-43.

Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 84

Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

trole. Dans de nombreux cas, à défaut d'assurer une certaine prospérité aux populations des pays producteurs, le pétrole s'est révélé être un facteur de déstabilisation et d'insécurité économique et environnementale.357 Selon Philippe COPINSCHI, « le pétrole est certainement une « richesse » au sens économique. Mais en favorisant le développement d'une économie de rente, le pétrole est, en même temps, un facteur de déstabilisation ou d'entretien des conflits. ».358Quelques facteurs sont généralement évoqués pour expliquer la malédiction du pétrole : volatilité des prix, « syndrome hollandais », retard dans l'accumulation des compétences et progression des inégalités, problème de l'enclavement et des impôts.359 Les témoignages de nombreux nigérians, ayant assisté impuissants à la destruction de leurs moyens de subsistance par l'industrie pétrolière et vivant dans une pauvreté indescriptible,360 confirment la relation qui existe entre pétrole et sous- développement. Cependant, s'il est admis que le pétrole ne peut à lui seul assurer le développement361 d'un pays, il est tout aussi impossible de voir en lui le responsable du marasme économique de quelques pays pétroliers d'Afrique.

B- Responsabilité des autorités politiques dans le faible impact social du pétrole :

Le pétrole est avant tout une substance noire, épaisse et visqueuse. C'est « [...] une ressource naturelle dormante qui n'a de valeur active que lorsqu'on décide de l'extraire des profondeurs terrestres ou maritimes où il gît. ».362 De ce fait, le pétrole ne peut être considéré comme un facteur intrinsèque de sous-développement, encore moins d'insécurité. S'il est perçu par certains analystes comme un « facteur aggravant » de la crise généralisée du continent africain363 le rôle des politiques de gestion dans « l'incapacité sociale » du pétrole est indéniable. L'histoire pétrolière du Nigéria nous démontre que la volonté de captation de la rente, qui a toujours animé les acteurs du secteur pétrolier, est le principal obstacle au développement du pays. Selon des observateurs de l'industrie pétrolière, « la mauvaise gestion et les stratégies de recherche de positions de rente sont si généralisées que le Nigéria est devenu quasi synonyme de corruption. Le détournement des revenus du pétrole est un sport national ».364 Toute lutte contre la pauvreté devient alors incertaine. L'industrie pétrolière au Nigéria est assimilable à une arène où acteurs gouvernementaux, par-

357 -Cf. supra

358 - Voir Philippe Copinschi, « Rente pétrolière, géopolitique et conflits », in Questions Internationales n°2, Juillet - Aout 2003.

359 - Voir Terry Lynn Karl, « comprendre la « malédiction » des ressources », in Le pétrole. Guide de l'énergie et du développement à l'intention des journalistes. Lever la malédiction des ressources naturelles.2, Open society New York, 2005, pp.21-27.

360 - Voir Amnesty International, CEHRD, La vraie « tragédie ». Retards et incapacité à stopper les fuites de pétrole dans le Delta du Niger, Amnesty International, aout 2008.

361 -Nous parlons ici non pas de la croissance économique qui s'analyse à travers le dynamisme d'indices comme le PIB ou le PNB mais bien du développement, principe supra économique.

362 -Voir Michel Kounou, Pétrole et pauvreté au sud du Sahara, éditions clé, 2006, p.27

363 - Voir Cédric Lestrange, Christophe-Alexandre Paillard, Pierre Zelenko, Géopolitique du pétrole, éditions Technip, 2005, p.153

364 -Voir Ian Gary, Terry Lynn Karl, Le fond du baril, catholic relief services, Juin 2003, p.26

Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 85

Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

tenaires internationaux et populations autochtones se battent pour le contrôle des positions de rente.365

L'apport du pétrole dans la croissance des pays pétroliers est indéniable. Lorsque les coûts sur le marché international sont hauts, la rente irrigue l'économie et favorise une relative santé financière. Dans les pays du « tout pétrole », cette source d'énergie a un rôle à la fois économique, social et politique.366 Les revenus tirés du pétrole servent au dynamisme de secteurs économiques comme l'immobilier, les transports, les marchés financiers, etc. Si l'impact du pétrole sur la conduite des affaires économiques des pays pétroliers est indubitable, il est plutôt difficile d'évoquer son apport dans le processus de développement. En effet, selon le PNUD, le but du développement est le bien-être de l'homme. Le développement humain a alors pour objectif « [..] d'élargir la gamme des choix offerts à la population [..] Ces choix doivent comprendre des possibilités d'accéder aux revenus et à l'emploi, à l'éducation et aux soins de santé et à un environnement propre ne représentant pas de danger [..] ».367L'indice de développement humain (IDH) permet de mesurer le développement d'un pays à travers les chiffres du PIB par habitant, de l'alphabétisation et de l'espérance de vie à la naissance.

Le développement, en tant que processus supra économique, ne saurait dépendre de la seule croissance économique induite par les revenus pétroliers. L'épanouissement économique, social et politique des populations est inhérent à tout processus de développement. Dans ce sens, l'exemple de pays comme la Norvège, les Etats-Unis, la Chine, les Emirats Arabes Unis ou le Qatar témoigne de la possibilité d'une prospérité, voire d'une puissance par le pétrole. Situé en bordure de la mer du Nord, la Norvège, avec 4,3% des réserves mondiales, est un des plus grands producteurs de brut au monde.368 L'exploitation pétrolière y est essentiellement offshore et a débuté dans les années 1960, soit à la même période qu'au Nigéria. Malgré l'impact que les recettes pétrolières ont eu, à un moment donné, dans l'économie du pays (30% des recettes d'exportation annuelle au début des années 1980) il n'a jamais été une « monarchie pétrolière » au sens des pays du Golfe Persique. C'est un pays à la diversité industrielle importante (métallurgie, chimie, construction mécanique et navale, agro alimentaire, etc.) et au modèle de développement appréciable. Les Etats-Unis et la Chine quant à eux, en plus d'avoir su profiter économiquement de leurs réserves propres, se sont servis de la géostratégie du pétrole comme moyen de puissance. C'est en partie grâce à elle qu'ils ont assis leur domination sur certaines régions stratégiques du globe.369

Le cas des monarchies du Golfe Persique, que sont le Qatar et l'Arabie saoudite, est plus complexe. Si les OPA dans le monde de la finance, du football, des médias et de l'art ainsi que le soutien aux pays musulmans peuvent être considérés

365 -Cf. supra

366 -Cf. supra

367 -Voir rapport mondial sur le développement humain (1991), publié par le PNUD.

368 - Cf. « Nord, mer du », Microsoft® Encarta® 2009 [DVD], Microsoft Corporation, 2008.

369 -Les Etats-Unis en Afrique, en Amérique du sud et dans le Golfe persique ; la Chine en Afrique et dans des marchés proches de ses frontières.

Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 86

Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

comme des piliers de leurs géostratégies pétrolières, l'importance du pétrole dans leur économie est potentiellement dangereuse. L'embellie que connait celle-ci serait brutalement remise en cause en cas de perte de la valeur du pétrole. En plus, le PIB par habitant dans ces pays, généralement haut, cache d'importantes disparités de revenus entre les membres des familles royales et le reste de la population.370

Les politiques de gestion des autorités publiques nigérianes, décrites plus haut, sont en inadéquation avec tout processus de développement. En effet, le rôle du pétrole n'est pas seulement de favoriser la croissance, mais aussi de permettre une amélioration significative des conditions de vie des populations. Si les monarchies pétrolières du Golfe Persique connaissent, comme le Nigéria, une importante disparité de revenus entre les acteurs du secteur pétrolier, les membres des familles des dirigeants politiques et le reste de la population, l'utilisation par celles-ci de la rente pour la construction d'infrastructures sanitaires et sociales est un plus. L'enclavement que connaissent de nombreuses régions du Nigéria, la faiblesse du tissu sanitaire du pays et la misère d'une majorité de nigérians sont des preuves de l'improductivité de la gestion pétrolière des dirigeants politiques. L'émancipation stratégique du Nigéria constitue, à coup sûr, un pas important vers un développement véritablement endogène.

Paragraphe 2 : Emancipation géostratégique et développement endogène du Nigé-ria.

A- L'industrie pétrolière : une activité économique extravertie au service des ambitions géostratégiques des grandes puissances :

L'industrie pétrolière au Nigéria, comme dans la plupart des autres pays du Golfe de Guinée, est entièrement tournée vers l'extérieur. Dès le processus d'exploration, les pays pétroliers dépendent entièrement de l'expertise technologique occidentale ou asiatique. Avec l'augmentation du forage en eaux profondes, qui demande une technicité plus grande et des moyens financiers importants, cette dépendance tend à s'aggraver. Or, la permissivité du secteur pétrolier est une preuve de l'immaturité stratégique de nombreux pays africains. En effet, « [...] un premier problème politique majeur, plutôt technico-économique à l'origine, émerge de cette difficulté que l'extraction du pétrole en mer génère des problèmes qui se résument à l'impossibilité relative de contrôler les quantités effectivement produites. ».371Le développement par le pétrole, au Nigéria comme ailleurs, est impossible sans une maîtrise préalable des quantités de brut extraites. La « fourberie commerciale » des grands consommateurs de pétrole peut alors prendre les traits d'une manipulation des chiffres concernant les quantités de brut extraites, mais aussi de la valeur réelle

370 -

371 - Voir Michel Kounou, Pétrole et pauvreté au sud du Sahara, éditions clé, 2006, p.116

Noah Noah Fabrice, Science po 5, Université de Yaoundé II-Soa. Page 87

Enjeux énergétiques et insécurité dans le golfe de Guinée : contribution à l'étude des menaces liées a la ruée vers le pétrole au Nigéria.

des réserves pétrolières.372 La dépendance stratégique du Nigéria se manifeste tout au long du processus pétrolier pendant les activités d'exploration et de production, de vente et même de consommation du pétrole.373

L'incapacité pour le pétrole de sortir de la pauvreté les pays pétroliers africains, a suscité de nombreuses réflexions sur une éventuelle « solution miracle ». Malgré les diverses initiatives entreprises, les résultats sociaux du pétrole restent toujours insuffisants. L'importante extraversion dont souffre l'exploitation pétrolière sur le continent, apparait alors comme une des nombreuses raisons du « paradoxe de l'abondance ». En effet, les politiques pétrolières y sont considérablement influencées par les besoins des grands consommateurs. L'augmentation de la production pétrolière au Nigéria est par exemple dictée par les ambitions stratégiques des Etats-Unis ou de la Chine.374Une plus grande autonomie du premier producteur africain, dans son secteur pétrolier, lui permettrait de mieux assurer à sa population les retombées de la rente. Le principe du « développement endogène » apparait alors comme une option pour les décideurs politiques nigérians, en ce sens que le développement n'est plus défini en termes quantitatifs, mais en relation avec les besoins de la population.375

précédent sommaire suivant