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Terrorisme et géopolitique en Afrique. Sens et contresens.

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par Sékou COULIBALY
Alassane Ouattara de Côte dà¢â‚¬â„¢Ivoire - Master 2015
  

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TROISIÈME PARTIE : STRATÉGIES DE LUTTE CONTRE LE TERRORISME EN AFRIQUE

En termes de lutte contre le terrorisme, il n'existe pas de stratégie qui soit universellement valable. À bien d'égards, la lutte contre le terrorisme peut donner lieu à une forme plus aigüe de terrorisme en ce sens que cette lutte énonce expressément un cadre hors normes juridiques. Elle peut provoquer, se faisant, une scission sociale et accroître du coup l'effectif des terroristes. À preuve, la fermeture de mosquées salafistes ordonnée en France (au nombre de 80 mosquées et plus)124(*) par les décideurs politiques de ce pays afin de réduire le risque d'attaques terroristes peut paraître un frein au principe de la laïcité et de la liberté de culte tant promues par les sociétés de droits. Cette stratégie de lutte, même si elle est efficace, peut camoufler un désir profond de racisme qui se manifeste à travers un système de stigmatisation d'une couche sociale. Toutefois, faut-il, au nom des droits de l'homme, donner libre cours aux pulsions, permettre le laisser-faire et faire fi de tout projet de lutte contre la violence terroriste ?

Toutefois, il nous semble impératif, dans le cas africain, d'insister sur deux aspects : l'éducation et ses implications et l'éthique, et cela, pour deux raisons fondamentales. L'une des raisons est le fait que le terrorisme relève d'une crise de l'éducation en Afrique (et cela s'explique) et l'autre motivation est due au fait que la violence terroriste suppose l'échec de la négociation. La question est donc de savoir si l'éducation, la palabre, la tolérance, sont, en elles seules, une condition suffisante pour le maintien de la paix sur l'espace africain. Comment alors reconstruire une société africaine pacifique et pacifiée si ce n'est par le moyen de l'éducation, de l'intégration, d'une éthique de la diversité ?

CHAPITRE 1 : LUTTE CONTRE LE TERRORISME : REGARDS CROISÉS

En termes de stratégies de lutte contre le terrorisme en Afrique, on pense avant tout à la multiplication des armes et à l'augmentation des effectifs militaires. Cela s'avère utile bien qu'insuffisant. Car, la caractéristique de la stratégie terroriste est de permettre, par les moyens techniques les plus inimaginables, de contourner et de passer en ridicule les dispositifs militaires et sécuritaires dont les moyens techniques sont reconnus sophistiqués. De sorte, alors que les nations accourent vers le surarmement voire la détention du nucléaire afin de rendre inviolables( ?) leurs territoires, l'arme de l'acteur terroriste vient, quant à elle, porter la terreur, la violence, et le message de la mort au coeur même de ces territoires.

Faut-il alors toujours miser sur la nécessité de reconfigurer l'armée ou les armées africaines dans la lutte contre le terrorisme ? Oui et non à la fois. Oui il le faut si et seulement si le terrorisme se réfère à un groupe d'individus bien localisés comme c'est le cas au nord du Mali ou au Sénégal où des individus, au nom d'idéologies contraires aux normes sociales, tendent à en instituer de nouvelles au prix de la mort des citoyens. Non, cela s'avère insignifiante dans le cas d'attaques terroristes insidieux ou perfides en plein coeur de nos villes sous très médiocre surveillance.

Dans tous les cas, l'accroissement de nos effectifs militaires, l'augmentation de systèmes de sécurités, le contrôle des immigrations n'énoncent-ils pas l'éducation de la masse et l'éthique de la discussion comme le lieu de redressement des facteurs qui conduisent au terrorisme en Afrique ?

I. L'éducation de la masse, un impératif

Faut-il Éduquer ou [accepter de] périr ? Joseph Ki-Zerbo avait-il l'intuition, en écrivant son livre Éduquer ou périr, du phénomène du terrorisme ? Ou biensimplement nous interpelle-t-il sur ce que risquent les sociétés africaines si elles se détournent de l'éducation ? Assurément ! C'est quoi alors éduquer ? S'agit-il d'un slogan politique à proprement parler ou d'un système, d'une fonction de reproduction qui garantisse aux Etats africains un progrès sans heurt ?

L'éducation relève à la fois d'un aspect intellectuel et psychologique ou moral. En tant qu'ensemble de principes, sa perception varie selon la conception que l'on se fait de l'homme et de sa destination, du modèle de citoyen et de société que l'on veut bâtir. Ainsi, de Rabelais qui voulait « une tête bien pleine », à Montaigne qui opte pour « une tête bien faite » ; d'un Rousseau naturaliste défendant que le spectacle de la nature doive inspirer à l'âme humaine les principes primaires de la morale, à Auguste Comte qui mise inversement sur le rôle de la société dans la formation de l'esprit par le bon sens, l'éducation apparaît comme un impératif.

Toutefois, le but de l'éducationreste et demeure à nos yeux, l'instruction et l'adaptation sociale de l'individu afin de lui permettre de former un jugement libre et personnel. C'est justement dans ce versant, dans cette inclinaison en tant que facteur de liberté et d'expressivité individuelle quela notion d'éducation nous intéresse. Car, sous cet angle, elle apparait comme le lieu de promotion de ce qu'on est convenu de nommer aujourd'hui encore la liberté (d'expression, de croyance, d'agir) de l'individu.

Mêlant, dans les programmes scolaires et universitaires, l'éducation -entendue comme moteur de la laïcité - à laformation initiale, nos systèmes éducatifs pourront désormais se sentir aptes à relever le défi du dialogue interculturel. On comprend, d'un tel avis, Ki-Zerbo lorsqu'il écrit, « Rependre l'éducation de base, c'est faire campagne pour libérer les esprits en liquidant "la résignation" »125(*).Car, justement, la résignation, perçue comme cet abandon de soi à un destin fatal au nom duquel l'on renonce à ses droits ens'adjugeant les libertés des autres, est au coeur du phénomène de terrorisme en Afrique et par extension, dans le monde. L'éducation s'avère dès lors une lucarne de liquidation non seulement du fatalisme, mais aussi du fanatisme et du suivismepolitique par quoi, on pourrait justifier les violences terroristes dans nos États.

Anémier l'éducation, l'ignorer ou l'abâtardir, c'est ainsi accepter de se soumettre à toute sorte de danger dont le terrorisme dans sa dimension vengeresse et croissante. Il faut donc éduquer ou accepter de périr. Cependant, le projet d'éducation de masse en Afrique est contrarié par l'inadéquation de la volonté d'éduquer aux moyens déployés pour le réussir. Ces moyens sont à la fois d'ordre économique et culturel. Le type de formation influant en Afrique est principalement basé sur des normes occidentales, sur des valeurs en parfaite harmonie avec le judéo-christianisme. Du coup, on assiste à une uni-polarisation de la croyance et du mode de vie des populations ayant accès à "l'école de blanc". Ce qui n'est d'ailleurs pas favorable à la laïcité.

L'éducation à la laïcité, enAfrique, devientalors comme une mission quasi impossible puisqu'elle apparaît comme la continuation de la mission civilisatrice telle qu'apparue et comprise à la suite du Révérend Père, Placide Tempels dans sa Philosophie bantoue. Par cet évangéliste en effet, on apprit que l'alphabétisation du nègre n'était qu'un canal par lequel l'on pouvait mieux assurer l'aliénation culturelle de celui-ci. L'instruction dans une telle approche, constitue, signale Samba Diakité, la « Recherche d'une pédagogie nouvelle dans l'entreprise de christianisation des bantous »126(*).

C'est pourtant, à des distinctions près, cettemême école occidentale qui constitue aujourd'hui encore, le lieu de fierté de l'africain et le modèle d'alphabétisation par excellence de la quasi-totalité de nos sociétés africaines contemporaines. C'est dire donc que le type d'éducation en Afrique, bien que sele proclamant, est en déphasage et ne saurait se présenter comme un prototype de la laïcité. Car elle ne promeut que les valeurs occidentales. Il faut donc, pour pallier ou remédier aux effets corolaires d'un tel système, l'adapter aux réalités d'une Afrique pluraliste. À savoir, joindre aux anciens systèmes éducatifs, un type nouveau d'éducation endogène qui prenne en compte à la fois le mode de vie africain et celui des autres peuples avec qui l'on partage l'humanité, que ceux-ci soient chrétiens, juifs, musulmans ou tout autre.

C'est ici le lieu de formuler le voeu d'une société africaine qui s'intègre à travers l'uniformisation de son système éducatif. Cela s'avère si nécessaire que la différence du type de formation du citoyen changeant d'un territoire africain à un autre, désolidarisant ainsi les peuples, doit être vue autrement pour le bonheur de l'espace africain. L'éducation, si elle est revue et rendue effective en Afrique, peut garantir la réalisation du mieux-être et du mieux-vivre qui caractérise le politique humain. Elle constitue le point de départ de toute considération de l'autre qui aboutit inéluctablement sur une éthique de la discussion comme moyen de résolution des différends en Afrique.

* 124 France 24, Emission télé « Le débat », sujet du jour : "Terrorisme en France, L'islam radical dans le viseur", diffusé le mercredi 01 juillet 2015 à 22h.http// : m.france24.com/20150701-le-debat-terrorisme-isere-yassin-salhi-France-organisation-de-l-etat-islamique-hebdo-hyper-casher-partie1.

* 125 Joseph KI-ZERBO, Éduquer ou périr, Édité par UNICEF, Paris, Harmattan, 1990, p. 65.

* 126 Samba DIAKITÉ, Philosophie et contestation en Afrique, Quand la différence devient un différend, Bouaké, IRDA, 2014, p. 204.

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