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Terrorisme et géopolitique en Afrique. Sens et contresens.

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par Sékou COULIBALY
Alassane Ouattara de Côte dà¢â‚¬â„¢Ivoire - Master 2015
  

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II. La palabre, de l'argument de la force à la force des arguments

Qu'est-ce que la palabre ? S'agit-il d'un lieu ou d'une pratique sociale ? En quoi pourrait-elle être utile dans le règlementdes conflits en Afrique ? Constitue-elle une stratégie de lutte contre le terrorisme en Afrique ? Si cela est évident, comment donc, à partir dela palabre, les sociétés africaines pourraient-elles s'accommoder avec la culture de la paix ?

Selon Jean-Godefroy Bidima, « La palabre présente l'originalité de combiner - le plus souvent avec le bonheur - le code et le réseau. La palabre est une parole « donnée à », « adressée à »127(*).En tant que code et réseau, elle est le lieu de donation et de mise en scène de la parole visant à acquérir la vérité sur un fait, pour en juger, punir ou dédommager. C'est le lieu de règlement des conflits de tout genre et de tout ordre. En tant que « mise en scène, mise en ordre et mise en paroles »128(*), elle est non seulement un échange de paroles mais aussi un drame social, une procédure et des interactions humaines »129(*). C'est dire que la palabre établit un lien d'appartenance commune à une valeur : celle de l'échange, de la discussion franche et sincère. Comme telle, elle désigne un lieu où s'affrontent les particularismes, « le même et l'autre » avec pour but ultime, de favoriser l'harmonie sociale et le vivre-ensemble.

Somme toute, il appert que dans le cadre de la lutte contre le terrorisme en Afrique, une juridiction ludique, théâtrale et rhétorique, peut constituer le point de départ dans l'acheminement vers la stabilité. Ainsi, peut-on en déduire, que « l'acheminement vers la parole »130(*), à travers la palabre, peut paraitre « l'acheminement vers la paix perpétuelle »131(*). La parole apparait pour ainsi dire, comme le point de départ d'un cadre juridique africain dans la gestion des conflits et comme l'une des grilles de lecture de la situation politique en Afrique.

Qui plus est, la prison, en tant que lieu de détention, de correction ou de privation de liberté, sous sa forme la plus commune, n'est pas populaire dans la société africaine traditionnelle. À la différence de la prison occidentale, la palabre constitue pour l'africain le lieu de règlement, d'avertissement ou d'emprisonnement de l'individu ou des individus ; emprisonnement compris dans le sens de la sanction ou de l'amende infligée au fautif pour réparation des dégâtscausés. Comment alors, de fait, de la discussion inter-communautés, ne pas parvenir à solutionner le terrorisme en Afrique en tant que fait majeur suscité par un défaut de langage africain à solutionner les différends ?

Dans une logique habermassienne, la palabre ou la discussion est une garantie pour le maintien de l'harmonie sociale. Cependant, l'éthique de la discussion nécessite un cadre d'échange fondé sur des normes morales et qui valorise les individus dans leurs particularités. Dans un tel cadre, la dignité de chaque acteurse doit d'être instaurée. Ainsi, les morales qui accompagnent l'éthique de la discussion permettent non seulement de faire

valoir l'inviolabilité des individus en exigeant l'égal respect de la dignité de tout un chacun ; mais elles protègent dans la même mesure les rapports intersubjectifs de reconnaissance réciproque par lesquels les individus se maintiennent comme membres d'une communauté. A ces deux principes complémentaires ; correspondent les principes de justice et de solidarité132(*).

Il apparait clairement que l'éthique de la discussion qui fait de la morale son fondement veille à la non-violation de l'individu, préserve l'intégrité morale de celui-ci et en appelle à la solidarité entre les individus. Il va donc s'en dire,si le terrorisme en Afrique s'explique par un défaut de langage entre africains, que ce langage n'est pas fondé sur des normes éthiques et ne vise nullement à « garantir une formation de la volonté telle queles intérêts de tout un chacun puissent être mis en évidence sans que soit déchiré le tissu social qui lie objectivement chacun à tous »133(*).

De là, on peut supposer que les imbroglios et les crises de la reconnaissance qui conduisent au terrorisme peuvent se solutionner à partir de la procédure de la formation discursive de la volonté qui prend en compte les rapports internes entre d'une part, « l'autonomie d'individus insubstituables » et d'autre part « leur enchâssement dans des formes de vie intersubjectivement partagées »134(*).L'éthique de la discussion telle que perçue avec Habermas vise à n'en point douter, « une communauté de communication idéale en vue de la vie bonne »135(*).

Cependant, une telle communauté de communication idéale en vue d'une vie agréable ne nécessite-t-elle pas un espace de vie-commune, harmonieuxet pacifié ?

* 127 Jean-Godefroy BIDIMA, La palabre, Une juridiction de la parole, Paris, Michalon, 1997, p.p. 9-10.

* 128Idem, p.11.

* 129Ibidem, p. 11.

* 130 Martin HEIDEGGER, Acheminement vers la parole, Paris, Gallimard, 1976.

* 131Emmanuel KANT, Vers la paix perpétuelle, Essais philosophiques, trad. J. Darbellay, Paris, PUF, 1974.

* 132 Jürgen HABERMAS, De l'éthique de la discussion, Trad. Mark HUNYADI, Paris, Flammarion, 2013, pp. 20-21.

* 133Idem, p. 22.

* 134Ibidem, p. 23.

* 135 Jürgen HABERMAS, De l'éthique de la discussion,op.cit.., p. 23.

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