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Terrorisme et géopolitique en Afrique. Sens et contresens.

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par Sékou COULIBALY
Alassane Ouattara de Côte dà¢â‚¬â„¢Ivoire - Master 2015
  

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CHAPITRE 2 : CRISE DE LA REPRÉSENTATIVITÉ ET NAISSANCE D'UNE TYPOLOGIE NOUVELLE DE LA VIOLENCE EN AFRIQUE

L'être social n'est pas rebelle par nature. En ce sens, les révolutions sont des événements antisociaux qui sont l'indice d'un mécontentement extraordinaire vis-à-vis de telle ou de telle forme de société. Les révolutions ne surviennent pas au hasard. La révolution n'est acceptable que dans une société qui subit des changements de structure radicaux et qui a besoin d'autres mutations31(*).

Cela dit, on peut attester que le terrorisme est l'expression d'une identité sociale ou communautaire en perdition, refoulée, occultée, et dont le moment terroriste serait l'indice d'un retour en pleine surface. Ce faisant, le terrorisme semble n'être que la seule issue possible lorsque toutes les pistes ont été exploitées. À savoir, des négociations, des itinéraires de révolte ou de révolutions. En fait, la révolte, en termes de soulèvement, d'opposition contre l'autorité préétablie, vise un changement brusque et violent dans la politique et le gouvernement d'un État. À la différence des terroristes, les révoltés se font entendre, revendiquent publiquement des droits. À titre d'illustration, l'on se souviendra, du célèbre discours del'ex-président burkinabé, Thomas Sankara à l'ONU,durant lequel il précise, parlant de la révolution, qu'  

Il nous fallaitdonner une âme idéologique aux justes luttes de nos masses populaires mobilisées contre l'impérialisme monstrueux. À la révolte passagère, simple feu de paille, devrait se substituer pour toujours, la révolution, lutte éternelle contre toute domination. D'autres avant moi ont dit, d'autres après moi diront à quel point s'est élargi le fossé entre les peuples nantis, et ceux qui n'aspirent qu'à manger à leur faim, boire à leur soif, survivre et conserver leur dignité. Mais nul n'imaginera à quel point, le grain du pauvre a nourri chez nous, la vache du riche !(...) l'esclave qui n'est pas capable d'assumer sa révolte, ne mérite pas que l'on s'apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s'il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d'un maître qui prétend l'affranchir. Seule la lutte libère (...) Gloire éternelle aux peuples qui décident de s'affirmer pour leur dignité.32(*)

De ce point de vue, on peut dire qu'en Afrique, les révolutions surviennent le plus souvent, suiteau désir de possession des biens, à l'exclusion, à la mauvaise gouvernance, à l'état critique du développement, et à la crise de la représentativité notamment. C'est principalement sur ce dernier moteur de révolte que porteral'examendes troubles sociaux en Afrique. Il s'agit de questionner en direction des effets du désir de représentativité dans la gestion des territoires africains, dans la mise à mal des rapports interhumains. Mais avant, à quoi renvoie la notion de représentativité ?

Deux approches nuancéesnous intéressent parlant de représentativité. Elle désigne une attitude et une proportion. En tant qu'attitude, la représentativité désigne la lucarne offerte à un groupe pour s'exprimer ou pour agir. Comme telle, elle peut s'entendre en termes de pouvoir législatif conféré à un ou des représentant(s), des syndicats ou tout autre regroupement né de la volonté délibérée des individus dans la poursuite d'un intérêt commun. En tant que proportion significative, la représentativité désigne le taux, le pourcentage d'un groupe de personnes dans un groupe plus vaste. Par ailleurs, elle est, selon Fernand Braudel et Encel comme on peut le lire dans Horizons géopolitiques,

une perception collective identitaire présente sur des « temps longs », c'est-à-dire sur des siècles ou de dizaines de siècles. C'est la façon dont un peuple, une partie de celui-ci ou des milieux ou cercles plus restreints, perçoivent et véhiculent leur histoire collective, leur(s) territoire(s), les histoires, identités ou territoires des Autres.33(*)

Il s'agit là de concevoir la représentation comme une perception identitaire à la fois collective et individuelle. Elle, la représentativité, peut être mise en rapport du coup avec la démographie qui permettra deconnaitrela place accordée ou non à tel ou tel autre groupe ethnique.

Dans son déploiement en tant que blâme, remontrance ou crime, la représentativité relève d'une dimension victimaire. C'est principalement dans cette approche que nous analyserons la crise de la représentation en Afrique avec ses conséquences sur la stabilité sociale. La représentation est-elle un problème en soi ? N'est-ce pas qu'en vérité, la pluralité ethnique est au fondement même des représentations en Afrique et, par dévers, des révoltes qui aboutissent au terrorisme ?

I. De la crise de représentativité aux violences terroristes

La représentativité entretien un rapport très étroit avec la démographie. En tant qu'analyse scientifique de l'importance numérique d'une société et de la densité géographique des liens de parenté, de la condition physique, de la race, des croyances dans cette même société, la démographie apparait parfois comme une force contre la stabilité sociale.À preuve, alors qu'elle se veut une toponymie(étude de l'origine des noms de lieu) ou une maitrise des populations pour une meilleure distribution des ressources, la démographie sur l'espace africain, dans son désir de spécifier les liens de parenté, devient le lieu d'expression du primat, de la suprématie de certains peuples sur d'autres. Cette réalité pose de véritables problèmes liés à la représentativité qui constituent de réelles préoccupationsphilosophiques.

En effet, la représentativité, dans le sens de la proportion, devient problématique dans la mesure où le taux de représentants de certains groupes ethniques ou de certaines appartenances sociales, parce qu'élevé, joue en la faveur de ceux-ci au grand désarroi des autres sous-groupes. Alors, les identités locales fortes et enracinées, pouvant servir de futurs leviers séparatistes ou sécessionnistes,frisent les rapports sociaux et donnent lieu, par la suite, à des soulèvements populaires de la part des minorités qui aspirent à une revalorisation, mieux,à une reconnaissance. Cela dit, suite à une faible proportion ouune quasi-absence d'une communauté dans la gestion des affaires politiques, par exemple, engendrant frustration et dégoût, les minorités opprimées, trouvent des moyens pour exprimer leur mécontentement. Elles procèdent par des soulèvements populaires conduisant aux actes violents ou guerre de sécession. C'est le cas de la révolte touareg au nord-Mali qui illustre au mieux cette réalité. Jean Fleury dira au sujet de la situation au Mali que

le poids des ressentiments ethniques dûs[dus] au passé est particulièrement lourd et ne saurait être négligé. La colère des « sudistes » contre les anciens esclavagistes du Nord et des nordistes contre leur maintien dans la misère par les autorités originaires de Sud est à l'origine des problèmes actuels34(*).

En effet, la minorité touareg malienne, privée de certains privilèges et commodités (tels que l'accès à l'eau potable, à l'éducation efficiente, à l'électricité, pour ne citer que cela) indispensables au développement de leurs zones, s'érige, en une bande armée et politique pour se faire entendre. Son but à travers cette séparation d'avec l'État malien, c'est de bâtir une société touareg nouvelle quiréponde au mieux aux exigences locales. Autrement dit, la révolte contre l'État malien menée principalement par des avant-gardistes touaregs, à l'instar de bien d'autres révoltes, résultant de mauvaise gouvernance ou de crise de la représentativité, est une réalité qui justifie la menace terroriste en Afrique.

Au pire des cas, lorsqu'on en arrive à une représentation des hommes, la représentation donne lieu à des violences asymétriques35(*)visant l'extermination peu ou proudes groupes à grande influence que l'on se sait incapable d'affronter directement. Ainsi, le désir de représentativité -en termes d'isolement de communauté au sein d'un ensemble plus vaste - occasionne des ségrégations ethniques ou religieuses. Pourtant, les sociétés africaines sont majoritairement bâties sous ce modèle de représentationà la fois ethnique ou culturelle et religieuse. Au fait, dans le cas précis de la représentation en termes de remontrance des uns contre les autres, dans des sociétés africaines à démographie mixte, on se représente l'autre avec dédain, méfiance. Cela augmente le risque de crises ou de guerres au sein de ses sociétés.

On comprend donc que « Les pays dans lesquels le groupe ethnique le plus important représente 45 à 90 % de la population, se trouvent confrontés à un risque de guerre civile de moitié supérieure aux autres »36(*). Cela simplement parce que l'ethnie majoritaire voudra faire de sa supériorité numérique un prétexte pour s'imposer aux autres à travers sa langue, sa culture. Les pratiques culturelles qui prédominent dans ces sociétés et qui tendent à être le style de vie, du fait de leur non-applicabilité à toutes les couches sociales, finissent par créer des tensions entre " I-dentités". On assiste alors à une crise identitaire née de celle de la représentativité.

Aussi, voudrons-nous insister sur le type de représentation que constitue la négativation de l'autre, de ses croyances, de son origine, de sa culture. Cette représentation vise à nier à l'individu une originalité, une authenticité au point de ne le considérer comme un sous-homme. On comprend mieux ce fait lorsqu'on lit Encel parlant de la belligérance entre israéliens et sociétés arabes moyen-orientales. Pourlui, en effet,

Rien n'est moins anodin que les représentations croisées et souvent mimétiques des juifs israéliens et des arabes palestiniens : les premiers se représentent les seconds comme des arabes, les seconds se représentent des juifs comme des membres d'une religion et non d'un peuple. Ce fossé abyssal de perception identitaire de l'Autre grève pour l'heure toute chance de paix durable37(*).

À partir de cette analyse de la situation israélo-palestinienne d'Encel, on peut dire que le fossé abyssal de représentation identitaire et religieuse,qui ne met,jusque-là, en marge aucune société, peut justifier les menaces terroristes en Afrique. Les mouvements anti-balakaen Centre-Afrique, l'ex-Bokoharamqui s'est converti en État Islamique en Afrique de Ouest (E.I.A.O), ne sont autres que la manifestation de représentations identitaires et religieuses. Mais, à dire vrai, le problème de la représentativité n'est-il pas contenu dans celui même de la pluralité ethnique en Afrique ?

* 31Chalmers JOHNSON, Déséquilibre social et révolution, Paris, Nouveaux Horizons, 1972, pp. 73-74.

* 32 Capitaine Thomas SANKARA, « Message du président du Conseil National de la Révolution, à la 39ème session de l'Assemblée Générale de l'ONU », New-York, 4 octobre 1984, in www.cabson.com consulté le 18 février 2012.

* 33 Frédéric ENCEL, Horizons géopolitiques, Paris, Édition du Seuil, 2009, p. 65.

* 34 Jean FLEURY, La France en guerre au Mali. Les combats d'AQMI et la révolte des Touaregs, Abidjan, Frat Mat, 2014, p. 109.

* 35 Le groupe de mots : guerre asymétrique, selon Clausewitz, pourrait désigner une nouvelle forme de violence ne se soumettant à aucun droit. On pourrait ajouter que ce qui distingue l'acte terroriste d'une guerre ordinaire, c'est plus sa logistique, la diversité de ses acteurs, son anarchisme que tout autre facteur. Cela pour la bonne raison que le terrorisme est cette forme d'affrontement non règlementé, où les adversaires ne partagent ni les mêmes armes, ni les mêmes terrains d'affrontement encore moins la même stratégie. Du coup, les stratèges les plus attitrées, les armes les plus puissantes s'avèrent presqu'inutiles et vaines face à l'arme insignifiante de l'acteur terroriste.

* 36Banque Mondiale, Briser la spirale des conflits, guerre civile et politique de développement, Traduit de l'américain par Monique Berry, Paris, Nouveaux Horizons, op.cit., p. 79.

* 37 Frédéric ENCEL, op.cit., p. 67.

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