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Effets de l'ouverture commerciale sur la croissance économique du Burkina Faso.


par Yempabou Landry Clotaire MANO
ENAM - Conseiller des affaires économiques 2015
  

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Paragraphe II : Études empiriques

L'étude économétrique du lien ouverture-croissance a connu également une grande vogue dans les années 1990. Dollar (1992), Barro et Sala-I-Martin (1995), Sachs et Warner (1995), Edwards (1998) et Greenaway et al. (1998), en utilisant des régressions en coupe transversale, ont trouvé que les distorsions dues à l'intervention de l'État au niveau du commerce menaient à de faibles taux de croissance.

Ben-David (1993) et Sachs et Warner (1995) ont par ailleurs démontré que c'est seulement dans les économies ouvertes qu'on pouvait observer une convergence inconditionnelle. Sachs et Warner (1995) estiment des équations de croissance sur la période 1970-1989 pour 122 pays tirés de la base internationale construite par Summers et Heston (1991). Ils trouvent que les pays menant des politiques d'ouverture ont cru à un rythme de 4,5% par an dans les années 1970 et 1980 et

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qu'en revanche, les pays relativement fermés avaient un taux de croissance de seulement 0,7%. Ils notent toutefois qu'une relation robuste est difficile à trouver et à justifier.

Frankel et Romer (1999) utilisent une méthode à variables instrumentales incluant des caractéristiques géographiques, et confirment que le commerce international a un impact important et significatif sur la croissance.

Harrison (1996) arrive à des conclusions similaires en utilisant une variété d'indicateurs d'ouverture. En procédant à différentes méthodes d'estimations (coupe transversale, effets fixes, moyenne sur cinq ans, premières différences), les résultats obtenus suggèrent une relation positive entre le degré d'ouverture et la croissance. Toutefois ce ne sont pas toutes les mesures d'ouverture qui furent significatives, malgré le fait qu'elles furent pour la plupart de signe positif.

Des travaux réalisés au moyen des techniques de cointégration ont aussi montré que la croissance est tirée par la technologie et induite par l'ouverture commerciale. En effet, les travaux de Coe et Helpman (1995) sur un échantillon de 22 pays industriels ont montré que la productivité globale des facteurs (PGF) d'un pays dépend non seulement de son propre stock de capital en R&D mais aussi de celui de ses partenaires commerciaux et par conséquent de son degré d'ouverture.

En ce qui concerne les études réalisées sur les pays en développement, on peut notamment retenir l'article de Sébastien Edward (1998) qui a étudié le lien entre l'ouverture commerciale et la croissance entre 1980 et 1990. Il a testé la robustesse de neuf (9) mesures de l'ouverture commerciale sur la croissance de la productivité totale des facteurs. Les mesures retenues sont entre autres l'indice de Warner Sachs, celui d'Edward Leamers, l'indice de distorsion commerciale formulée par la fondation Héritage. Il a régressé ces différentes mesures de l'ouverture, en calculant la moyenne des dix années de productivité totale des facteurs pour 93 pays développés et en voie de développement. Il trouve que six des neuf mesures de l'ouverture sont statistiquement significatives et ont le signe attendu.

La contribution majeure émane sans doute de Rodriguez et Rodrik (1999) qui sont venus critiquer et remettre en question les résultats de quatre études importantes. Les auteurs ont établi que la corrélation positive entre l'ouverture et la croissance

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trouvée dans les travaux de Dollar (1992), Ben-David (1993), Sachs et Warner (1995) et Edward (1998) n'était pas robuste. Leurs méthodologies furent remises en question, car les indicateurs de mesure de l'ouverture commerciale utilisés pouvaient être lourdement critiqués et qu'il manquait des variables de contrôle importantes pouvant avoir un effet déterminant sur la croissance.

Jin (2004) a analysé le co-mouvement entre l'ouverture et la croissance pour 17 provinces et 3 municipalités chinoises. L'auteur voulait vérifier si la relation ouverture-croissance était également valide au niveau provincial, et si on pouvait déceler une différence entre les provinces côtières et celles enclavées. Les résultats obtenus sont ceux qui étaient attendus : l'effet pour les provinces côtières est de signe positif et significatif pour quatre d'entre elles, et négatif pour la majorité des provinces enclavées.

Noguer et Siscart (2005) menant une étude sur un échantillon de 98 pays, aboutissent à une relation positive entre le commerce international et la croissance économique.

En résumé, les travaux empiriques ont abouti à un consensus sur les effets positifs de l'ouverture sur la croissance. Cependant, ces travaux laissent un sentiment d'insatisfaction lié aux indicateurs retenus pour mesurer l'ouverture et notamment aux méthodes économétriques utilisées qui ne permettent pas de contrôler d'une façon rigoureuse les biais liés à l'hétérogénéité individuelle.

Si les études théoriques sont restées sur un effet ambigu de l'ouverture sur la croissance, cela n'a pas été le cas des investigations empiriques. En effet, la plupart des travaux empiriques concluent pour un résultat positif de l'ouverture sur la croissance économique. Mais ce lien n'est pas automatique et nécessite un environnement économique interne et externe favorable. Les gouvernements des pays asiatiques ont su combiner les politiques d'ouverture commerciale avec des politiques industrielles interventionnistes. Quelle est la politique commerciale du Burkina Faso? Comment a évolué son degré d'ouverture et quelle corrélation entretient-il avec la politique commerciale? Toutes ces questions feront entre autres l'objet du chapitre II.

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