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Effets de l'ouverture commerciale sur la croissance économique du Burkina Faso.


par Yempabou Landry Clotaire MANO
ENAM - Conseiller des affaires économiques 2015
  

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Section II : Évolution de l'ouverture commerciale du Burkina Faso

Pour mieux apprécier les tendances à l'ouverture de l'économie burkinabè, cette section se consacre dans un premier temps à l'analyse de la politique commerciale et dans un second temps à l'examen de la dynamique du taux d'ouverture.

Paragraphe I : Politique commerciale du Burkina Faso

Selon le dictionnaire des sciences économiques14, la politique commerciale désigne l'action des pouvoirs publics sur les échanges extérieurs du pays. Il peut s'agir de la mise en place de dispositifs visant à protéger le marché national de la concurrence extérieure (le protectionnisme) ou bien au contraire à réduire cette protection (le libre-échange). Elle peut également consister à mettre en place une politique industrielle en faveur d'un secteur d'activités (la politique commerciale stratégique). La politique commerciale s'inscrit donc dans le cadre général de la politique économique.

L'analyse de l'évolution de la politique commerciale du Burkina Faso fait ressortir une caractéristique principale : le passage d'une politique fortement administrée (19601990) à une politique libérale à partir de 1991.

Durant la période 1960-1990 le marché intérieur a été fortement protégé avec l'institution de licences, de contingentements, de quotas, de distinctions des origines des produits, etc. Cette politique protectionniste a été renforcée pour certains produits pendant la période révolutionnaire. Conformément à la théorie de l'industrie naissante, l'objectif recherché était de permettre aux nouvelles entreprises de mieux appréhender le marché intérieur, de le maitriser afin de mieux intégrer le marché mondial et être prêtes pour la concurrence étrangère. La politique commerciale qui prévaut à cette période s'inscrit dans la stratégie de développement par substitution aux importations menée en général dans le monde en développement. Cette politique consiste d'abord à identifier les besoins essentiels de l'économie nationale ; ensuite il a été nécessaire de s'assurer de la capacité des producteurs locaux à prendre le relais ou plus simplement de s'assurer de la disponibilité des industriels étrangers à fournir les équipements et l'expertise nécessaire pour développer une

14 Alain Beitone et al. (2013)

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industrie locale. Enfin, il fallait protéger l'économie pour permettre aux entreprises qui sont dans l'enfance de grandir et d'impulser la croissance économique.

Ainsi à la fin des années 1980, le Burkina Faso se singularise par une politique extrêmement protectionniste qui a même contribué à l'inadaptation des activités industrielles et artisanales. En effet, à partir de 1973, période de tensions inflationnistes dues au premier choc pétrolier, les autorités ont cherché à contrôler les prix à travers divers instruments (homologation des prix, contrôle des marges bénéficiaires). L'État a même procédé directement à des ventes de biens de consommation de masse par le biais de la Société Voltaïque du Commerce (SOVOLCOM). En mars 1977, une ordonnance prévoit la règlementation étroite et rigide des prix et des marges pour les produits importés. A partir d'octobre 1983, les barrières protectionnistes ont été considérablement renforcées y compris vis-à-vis des produits originaires de la Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) qui ne bénéficiaient quasiment plus de traitement préférentiel. Des quotas d'importation ont porté sur de nombreuses productions locales à l'instar des piles, les pneumatiques, le caoutchouc-mousse, le carrelage etc. Des autorisations préalables d'importations ont également été instituées pour les produits de consommation courante et des autorisations spéciales d'importations (ASI) pour les médicaments et les produits dangereux. Courant 1986-1987 des dispositions ont été prises pour interdire l'importation de fruits et légumes. Ces mesures ont d'ailleurs entrainé la perte d'une bonne partie de la récolte de karité en raison des rétorsions des partenaires commerciaux.

A partir des années 1991 suite à la persistance de la crise financière (crise de la dette) des années 1980, le Burkina Faso va négocier un programme d'ajustement structurel avec les institutions de Bretton Woods. Ce programme vise à assainir les finances publiques, réduire le poids de l'État dans l'économie et une déréglementation progressive des activités. Le processus de désengagement de l'État des secteurs productifs et la privatisation des entreprises publiques et parapubliques ont pour corollaire la libéralisation commerciale interne et externe. Le cadre des activités économiques défini par les PAS consiste depuis 1991, à rechercher par le libre arbitrage du marché, une meilleure allocation des ressources productives. Cela passe pour l'essentiel par le retour à la vérité des prix, le retour au libre jeu de la concurrence, la création d'un environnement économique sain, propice

à la prospérité des activités économiques. Plusieurs réformes libérales vont être opérées durant cette période.

A partir de Janvier 1994 avec la création de l'UEMOA, le Burkina Faso met désormais l'accent sur les politiques de l'Union. La politique commerciale du pays consistera pour l'essentiel, en la mise en application de la règlementation de l'UEMOA. A cet effet, un Tarif Extérieur Commun (TEC)15 a été institué en 1997 et un code communautaire des douanes en 2001.

Le Burkina Faso intègre l'OMC en 1995 et réaffirme ainsi sa position en faveur d'une plus grande libéralisation commerciale. En effet, l'OMC est l'organisation internationale qui s'occupe des règles régissant le commerce international entre les pays. Son but est d'aider, par la réduction d'obstacles au libre-échange, les producteurs de marchandises et de services, les exportateurs et les importateurs à mener leurs activités.

L'entrée en vigueur du TEC-CEDEAO et l'imminente ratification des APE marqueront également des étapes importantes dans l'histoire de l'ouverture commerciale du pays. En effet, par l'adoption de ce tarif en 2015, les biens et services pourront circuler librement dans l'espace commun et les importations en provenance des pays tiers devront s'affranchir par contre d'un prélèvement douanier uniforme dans tous les pays membres. La nouvelle problématique que pose les APE pour le pays est quant à elle, la réciprocité des avantages car le Burkina Faso bénéficiait depuis le 5 mars 2001 de l'initiative « tous sauf les armes16 (TSA)».

D'une politique commerciale initialement protectionniste, le Burkina Faso a basculé dans le libre-échange à partir de 1991. Comment a évolué son taux d'ouverture commerciale censé capter les effets de ces politiques commerciales ?

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