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L'accueil d'autrui comme abandon de la liberté totalisante et appel à  la responsabilité

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par Richard Matuka
Université St Pierre Canisius - DEUG 2002
  

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II.2. La Substitution pour Autrui

L'idée de la substitution annonce la charge écrasante de la responsabilité. Si la subjectivité est vulnérable, sensible et passivité, sa responsabilité ne peut être qu'un « s'offrir ». C'est un s'offrir qui est souffrance, une bonté malgré elle, et ouverture à une irrécusable responsabilité, mieux la subjectivité est comme otage.

Dans l'idée de substitution, la subjectivité est appelée à aller au-delà du destin limité et égoïste de celui qui n'est que pour soi. Le moi n'est pas aliéné, mais il est de fond en comble otage, déposé malgré lui, dépouillé de son impérialisme dominateur, expulsé de l'être, mais dans sa peau.38(*) La substitution apparaît en effet, comme une notion étrangère à l'ontologie qui commence et s'achève dans l'être, dans la conscience de soi.

Par ailleurs, c'est à partir de la subjectivité comprise comme soi, que la relation avec l'autre peut être communication et transcendance. Non pas comme une autre façon de rechercher la certitude, c'est-à-dire, la coïncidence avec soi. La substitution suppose une relation intersubjective non symétrique. En ce sens, elle introduit le moi dans une responsabilité qui humainement l'incombe et qu'il ne peut refuser. Mieux, le Moi devient un moi non interchangeable, car je ne suis moi que dans la mesure où je suis responsable. Cette responsabilité qu'on peut qualifier comme responsabilité de soi dans l'obsession, est en déficit. En effet, « sa récurrence fait éclater les limites de l'identité, le principe de l'être en moi, l'intolérance repose en soi. Elle est responsabilité du moi pour ce que le moi n'avait pas voulu, c'est-à-dire pour les autres »39(*) On ne saurait ne pas souligner que cette anarchie de la récurrence à soi, est pour Levinas une passivité subie dans la proximité, car, au delà du jeu normal de l'action et de la passion où se maintient l'identité de l'être, en deçà des limites de l'identité, l'ipséité dans la passivité sans le principe premier de l'identité est otage.

Dans cette substitution où l'identité s'invertit, passivité plus passive que toute passivité, au-delà de l'identique, le soi se libère du soi. Il s'agit d'une liberté autre que celle de l'initiative, c'est-à-dire l'absolution qui, par la substitution aux autres, échappe à la relation avec eux. Ainsi l'autre n'est plus contestation mais il est supporté par ce qu'il conteste. Par conséquent, le moi peut se substituer à tous, mais nul ne peut se substituer au moi. C'est dans ce sens que Levinas, en citant Dostoïevski dit : « Nous sommes tous responsables de tout et tous devant tous, et moi plus que tous les autres ».40(*)

Toutefois, ce n'est pas seulement que le moi serait un être doué de certaines qualités, dites morales, qu'il porterait comme des attributs, c'est son unicité personnelle dans la passivité ou la passion de soi, qui est cet événement incessant de la substitution.

Pour finir, le concept de substitution tout en risquant de masquer la cohérence interne de la pensée de Levinas et la positivité d'une délivrance éthique du soi, signifie paradoxalement le sens ultime de la responsabilité éthique. Elle nous introduit dans une passivité qui renvoie à une anarchie, qu'on ne peut décrire qu'en termes éthiques. En d'autres termes, elle introduit le sujet dans un état d'otage, qui paradoxalement s'inscrit dans un désir suscité par l'appel de l'autre, avec lequel bien que séparé, s'est établie une relation par le langage.

* 38 Simone PLOURDE, Emmanuel LEVINAS, p. 77.

* 39 La substitution, in Revue philosophique de Louvain, Tome 66, 1968, P. 500.

* 40 Ethique et infini, p. 98.

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