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L'accueil d'autrui comme abandon de la liberté totalisante et appel à  la responsabilité

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par Richard Matuka
Université St Pierre Canisius - DEUG 2002
  

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I.2. Le désir métaphysique

Le désir métaphysique apparaît chez Levinas comme un mouvement partant d'un monde qui nous est familier vers un hors de soi étranger. Il se présente comme un désir tourné vers l'autre qui est absolument autre.

L'extériorité d'autrui ne peut déborder le même sans risque de l'annihiler qu'à condition d'envahir un moi heureux, comblé de toutes les ressources de son identité.11(*) Cependant, le manque de commune mesure de l'autrui frappe de honte l'égoïsme du même enclavé dans son monde. Il blesse et fracture son intériorité en lui découvrant le vide de sa suffisance, de là jaillit dans le Moi une faim que nul ne pourra nourrir, une faim insatiable que levinas appelle Désir.12(*) Le désir transcende la satisfaction et l'insatisfaction, il signifie une distance plus précieuse, une non possession plus précieuse que la possession, une faim qui se nourrit non pas de pain mais de la faim même.13(*)

Pour mieux caractériser le désir, Levinas distingue radicalement besoin et désir. Par besoin, il entend en un sens large l'ordre du Même. Le besoin marque un être indigent et incomplet ; un être déchu de sa grandeur du passé. Le désir est le retour même à l'anxiété du moi pour le soi égoïste, forme originelle de l'identification et de l'assimilation du monde en vue de la coïncidence avec soi pour le bonheur. Le besoin est de l'ordre de l'involution. Le désir, quant à lui, n'aspire pas au retour du fait qu'il n'est pas désir du pays où nous naquîmes. Ce désir ne repose sur aucune parenté préalable, la constance intérieure est sa caractéristique parce qu'il ne se laisse pas influencer par aucun autre besoin.14(*) Tous les mouvements que l'on peut satisfaire ne sont point des désirs métaphysiques. Ils ne ressemblent qu'au désir métaphysique que dans la déception de la satisfaction ou dans l'exaspération de la non satisfaction.

Le désir métaphysique se situe aux antipodes de la possession. La lame de fond qui l'emporte n'est pas le besoin propre à combler, mais l'ouverture à l'autre, à l'étranger. De cette façon, il n'est possible que chez un être indépendamment séparé dans sa relation; chez qui s'est évanoui  le plan d'un être besogneux, avide de ses compléments  et en qui s'inaugure la possibilité d'une existence sabbatique où l'existence suspend les nécessités de l'existence.15(*) Sous l'emprise du désir métaphysique, le moi contient plus qu'il ne pouvait contenir, il est jeté hors de la prison de sa propre subjectivité et arrête la monotonie de son identité.16(*) Le désir qui le tend vers l'autre n'a pas sa source dans un manque que les besoins peuvent combler, mais dans un surplus de la présence de l'infini.17(*)

Antérieure à toute connaissance et à toute mise en question, le désir est creusé dans le même par l'altérité d'autrui et par celle du Très Haut, car seul le désir, dans son infinité, est apte à s'ouvrir à l'infinitude de l'infini.

Dans le creuset de l'existence concrète, le désir commande l'accueil du visage, qu'il reconnaît comme épiphanie de l'infini. Le visage en s'opposant s'exprime : dans le face-à-face est le langage. A partir de là, s'amorce la relation métaphysique.

Pris dans la mouvance du désir, le Même qui entre en relation avec l'Autre n'exprime pas son énergie dans la ligne de l'ontologie de son essence. La présence du désirable qu'il rencontre convertit le Même en hôte, car l'accueil du visage, ou l'attention à la parole qu'il profère, est hospitalité. Ainsi, c'est le désir métaphysique qui marque une inversion ou une conversion, celle de l'être de bonté.18(*)

* 11Simone PLOURDE, Emmanuel LEVINAS, p. 23.

* 12 Voici comment J. Derrida analyse la notion Levinassienne du désir : « ce concept du désir est aussi anti-hégélien..., il ne désigne pas le mouvement de la négation et d'assimilation... Le désir est au contraire pour Levinas le respect et la connaissance de l'autre comme autre, moment éthico-métaphysique que la conscience doit s'interdire de transgresser..., le désir hégélien ne serait donc que le besoin au sens de levinas ». J. Derrida, L'écriture et la différence, Paris, Seuil, 1967, p. 137-138.

* 13 Emmanuel LEVINAS, Totalité et infini, 1980, p.154.

* 14 « Il ne tend donc pas vers un autre qui serait l'aliment pouvant le satisfaire, ni vers l'amour qui comblerait une faim sublime, ni vers un autre qui serait seulement un moi-même étranger, ni enfin vers l'autre comme semblable, car il serait le désir du désir de l'autre ou un mouvement vers une reconnaissance. »totalité et infini, p. 4

* 15 Emmanuel LEVINAS, Totalité et infini, 1980, p. 78.

* 16 Emmanuel LEVINAS, Totalité et infini, 1980, p. 281.

* 17 Emmanuel LEVINAS, Totalité et infini, 1980, p. 4.

* 18 Emmanuel LEVINAS, Totalité et infini. Essai sur l'extériorité, paris, Nurtinus Nijhoff, 1980, p.21.

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