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L'accueil d'autrui comme abandon de la liberté totalisante et appel à  la responsabilité

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par Richard Matuka
Université St Pierre Canisius - DEUG 2002
  

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I.2. L'investiture de la liberté

L'investiture de la liberté est le savoir comme critique, comme remontée en deçà de la liberté, qui ne peut surgir que dans un être qui a son origine en deçà de son origine. Il convient de remarquer que le savoir dont l'essence est critique ne peut se réduire à la connaissance objective. Il conduit vers autrui tout en nous introduisant au-delà de la connaissance du cogito. Descartes ne renvoie-t-il pas le savoir du cogito à une relation avec l'absolu qui est Dieu ? Il montre par le fait même que le cogito s'appuie sur l'Autre qui est Dieu et qui a mis en lui l'idée de l'infini, qui l'avait enseigné, sans susciter en lui, comme le maître platonicien, la réminiscence de vision ancienne. Et si la remontée à partir d'une condition en deçà de la liberté dont on a fait allusion décrit le statut de la créature, où se noue l'incertitude de la liberté et son recours à la justification si le savoir est une activité de créature, cet ébranlement de la condition et cette justification viennent d'Autrui. Ainsi, autrui, seul échappe, dans l'investiture de la liberté, à la thématisation.

Levinas présente la thématisation comme l'exercice d'une liberté sûre d'elle-même dans sa spontanéité naïve, alors que la présence d'autrui n'équivaut pas à sa thématisation et ne requiert pas, par conséquent, cette spontanéité naïve et sûre d'elle même. L'accueil d'autrui est dès lors la conscience de mon injustice, la honte que ma liberté éprouve pour elle-même.24(*)

Pour Levinas, si à travers la philosophie nous pouvons savoir de façon critique, c'est la preuve qu'elle commence avec la conscience morale où l'autre se présente comme Autrui et où le mouvement de thématisation s'inverse. L'investiture de la liberté, au lieu de comprendre qu'autrui n'est pas transcendant parce qu'il serait libre comme moi; montre au contraire, que sa liberté est une supériorité qui vient de sa transcendance même. Le savoir comme critique serait la voie où la liberté dénoncerait sa propre contingence, où elle s'évanouirait dans la totalité. Cette voie, tout en dissimulant l'ancien triomphe du même sur l'autre, permet à la liberté de cesser de se maintenir dans l'arbitraire. C'est pourquoi Levinas préconise d'aborder  le moi comme athée et crée-libre, mais capable de remonter en deçà de sa condition devant autrui qui ne se livre pas à la thématisation ou à la conceptualisation, pour échapper à l'arbitraire de la liberté et à sa disparition dans le neutre. 25(*)

Dans un autre registre, Levinas fait remarquer que la présence d'autrui, loin de heurter la liberté, l'investit. Par conséquent, la honte pour soi, la présence et le désir d'autrui ne sont pas la négation du savoir : le savoir est par contre ce qui les articule. Ainsi, pouvons-nous comprendre pourquoi l'essence de la raison ne consiste pas à assurer à l'homme un fondement et des pouvoirs, mais à le mettre en question et à l'inviter à la justice. Autrement dit, Levinas montre comment en partant du savoir qu'il identifie avec la thématisation, la vérité de ce savoir ramène à la relation avec autrui, c'est-à-dire à la justice. En fin de compte, le savoir critique par lequel le cogito découvre son statut de créature est de l'ordre de l'éthique et augure d'orès et déjà le désir qui est la source de notre démarche, commande l'accueil du visage, qu'il reconnaît comme épiphanie de l'infini.

* 24 Emmanuel LEVINAS, Totalité et infini, 1980, p, 60.

* 25 Emmanuel LEVINAS, Totalité et infini, 1980, p. 60

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