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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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4.4.4.2. La dimension ultralibérale dans le cadre théorique développé par Paul Taggart

Si l'on se limite à l'aspect programmatique économique, l'orientation résolument ultralibérale et anti-keynésienne du programme de l'UDC est sans équivoque en ce qui concerne l'adéquation du cas particuliers de cette formation au cadre théorique élaboré par Paul Taggart.

Au-delà du constat concernant l'extrême droite des années quatre-vingts et nonante et selon lequel : «All these parties have combined elements of nationalism with neo-liberal economic policies»576(*), Taggart accorde une importance particulière à la dimension économique dans la construction théorique de l'idéologie de l'idéal-type du `'new populist party''.

L'auteur stipule en effet que le «New Populism is markedly neo-liberal in its economic orientation. The market is the legitimate and effective site for conflict resolution. The state is viewed as largely illegitimate, over-extended and ineffective»577(*).

Sur base de ces assertions et des constats empiriques effectués au cours de ce chapitre, il serait scientifiquement malhonnête de ne pas conclure à une applicabilité manifeste du cadre taggartien au cas de l'Union Démocratique du Centre de Cristoph Blocher.

La validité du critère idéologique ultralibéral de l'UDC dans le modèle théorique de Taggart, accolée aux constats similaires sur lesquels ont débouché l'étude des dimensions antisystémiques et nationalistes de la formation blochérienne, ainsi que le fait que les dimensions conservatrice et sécuritaire ne constituent en rien un élément disqualifiant de ce cadre, bien au contraire, semblent donc constituer un faisceau d'éléments convergents vers une possible définition de la première formation helvétique actuelle comme un `'new populist party'', et donc comme un parti relevant de la mouvance contemporaine de l'extrême droite non-fasciste, du moins du point de vue idéologique. On a vu en effet que la définition de Taggart comporte en outre des critères organisationnels ainsi que des éléments de sociologie de l'électorat qui n'ont pas encore été explorés au cours de cette étude. Il est donc inconcevable de se prononcer quant à la correspondance du modèle taggartien au cas de l'UDC tant qu'on n'aura pas abordé ces aspects-là.

4.4.4.3. La dimension ultralibérale dans le cadre théorique développé par Jean-Yves Camus

Jean-Yves Camus utilise parfois l'expression «populismes ultra-libéraux et xénophobes»578(*) pour désigner les partis d'extrême droite modernes et sans filiation fasciste. Cette appellation démontre l'importance accordée par l'auteur à la dimension ultralibérale de l'idéologie d'un parti politique dans l'identification de ces formations.

Il argue en effet que pour ces dernières, «ultra-libérales en économie, l'Etat est avant tout, voire uniquement, un régulateur de l'ordre public et un garant de l'identité nationale»579(*), ou encore qu'elles «se réclament d'une sorte de capitalisme ultralibéral protectionniste»580(*). Ce protectionnisme explique le fait que l'auteur parle de «ralliement partiel à l'économie de marché dans sa forme ultra-libérale»581(*) car en «raison de la coexistence dans leur programme de l'opposition à l'Europe et de l'ultra-libéralisme économique, les droites populistes et xénophobes professent une sorte de `'libéralisme autarcique'', un libéralisme sans le libre-échange, qui s'arrêterait aux frontières et qui se traduit, en fait, par le démantèlement des acquis sociaux comme de l'Etat»582(*).

Ce «ralliement partiel» aux théories ultralibérales paraît correspondre aux thèses économiques développées par l'UDC. L'auteur constate d'ailleurs lui-même l'adhésion de l'UDC blochérienne à ces présupposés ultralibéraux.

Il écrit notamment, à propos du programme du FPÖ de 1997, que celui-ci «frappe avant tout par son orientation à la fois nationaliste-xénophobe et ultra-libérale. En économie, et sur les questions sociales, le FPÖ souhaite `'une dérégulation complète l'économie afin de garantir la prospérité et de stabiliser le marché de l'emploi'' (chapitre X), tout comme l'UDC, pour laquelle `'les tâches que chacun peut assumer de ses propres forces ne doivent pas être transférées à l'Etat''»583(*). Un constat qui corrobore en grande partie ceux exposés dans le chapitre ci-dessus (ainsi que dans le point 4.2.2.).

Sur le plan intérieur, l'UDC intègrerait, selon Camus, un «libéralisme économique tout à fait classique»584(*) qui recouvrirait une importance programmatique fondamentale pour l'UDC, étant donné que «les trois piliers du programme de l'UDC» seraient la «crainte face à l'intégration de la Suisse dans l'Europe», la «xénophobie», et l' «ultralibéralisme économique»585(*).

Tant sur le plan des outils conceptuels que sur celui des constats plus empiriques, Jean-Yves Camus fournit des éléments qui semblent pouvoir autoriser à classer l'UDC parmi la mouvance des extrêmes droites sans filiation fasciste. On devrait en effet arriver à une telle conclusion en confrontant l'ensemble des exigences théoriques énoncées par Camus à l'ensemble des constats empiriques effectués dans cette étude.

* 576 P. TAGGART, «New Populist Parties in Western Europe», op. cit., p. 35.

* 577 Id., p. 38.

* 578 J.-Y. CAMUS, «Extrême droite : la rupture de la filiation fasciste ?» , op. cit., p. 117.

* 579 J.-Y. CAMUS, «Une extrême droite sans filiation fasciste : les populismes xénophobes en Europe», op. cit., p. 28.

* 580 J.-Y. CAMUS, «Du fascisme au national-populisme. Métamorphose de l'extrême droite en Europe», op. cit., p. 3.

* 581 J.-Y. CAMUS, «Une extrême droite sans filiation fasciste : les populismes xénophobes en Europe», op. cit., pp. 23-24.

* 582 J.-Y. CAMUS, «L'extrême-droite en Europe : de l'activisme néo-fasciste au populisme xénophobe», publication de la Karl-Franzens-Universitat Graz, p. 7, consulté sur www-gewi.kfunigraz.ac.at, url : www-gewi.kfunigraz.ac.at/rpop/material/camus.pdf

* 583 J.-Y. CAMUS, «Une extrême droite sans filiation fasciste : les populismes xénophobes en Europe», op. cit., p. 93. 

* 584 Id., p. 109.

* 585 Id., p. 108.

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