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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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4.4.4. Confrontation des constatations empiriques aux modèles théoriques et analyses

A la lumière des extraits ci-dessus, il semble difficile de contester le caractère résolument ultralibéral du programme économique de l'UDC.

D'après Mazzoleni, la «`'nouvelle'' UDC»567(*), entendez l'UDC de l'ère Blocher, participe «en plein à la `'révolution conservatrice néolibérale'' qui remet au centre les valeurs liées à l'entreprise, à la croissance économique, à la liberté individuelle»568(*) mais cet auteur considère que la critique udécéenne «des dépenses sociales et de la bureaucratie étatique ne débouchent pas sur une véritable opposition aux prestations sociales en tant que telles»569(*).

On serait pourtant tenter de nuancer ce propos en précisant que si l'UDC ne s'oppose pas «aux prestations sociales en tant que telles», il s'oppose bien au principe de prestations sociales étatiques en tant que telles. Les seules prestations sociales qui semblent être tolérées sont celles qui émaneraient d'assurances contractées librement et à titre privé, contrairement aux assurances étatiques obligatoires, dont le parti dénonce fortement le mode de gestion, ne craignant pas d'affirmer par la voix de son leader que dans ce domaine «une privatisation aurait l'avantage d'amener de la concurrence dans le système et de faire en sorte que chacun s'occupe de son propre avenir»570(*).

La thèse qui semble dès lors la plus crédible à partir des documents analysés au cours de cette étude paraît être celle d'un programme économique udécéen abandonnant à terme tout élément d'Etat social. Il s'agirait-là d'un point de vue plus radical, ou plus orthodoxe du point de vue d'une lecture absolutiste de la théorie ultralibérale, que celui du chauvinisme du welfare. On pourrait rétorquer que le point de vue de l'UDC place autochtones et étrangers sur un pied d'égalité, évacuant ainsi la dimension xénophobe contenue dans le chauvinisme social. Ce serait oublier que dans un premier temps, l'UDC et ses leaders lient la réduction des prestations sociales à la lutte contre les abus dans le droit d'asile et contre l'immigration571(*), le chauvinisme du welfare pouvant alors être considéré comme une étape sur le chemin de l'abandon complet des prestations sociales de l'Etat.

D'autant qu'on a déjà établi au point 4.2.2. que la dimension xénophobe est acquise dans le dispositif idéologique du parti.

Cette volonté d'abandon de tout élément à caractère social du rôle de l'Etat couplée à un rejet de l'interventionnisme étatique keynésien (à l'exception, dans une certaine mesure, du secteur agricole), renvoient au constat général de Hans-Georg Betz.

Selon cet auteur, «the majority of the contemporary radical right-wing parties and movements tend to support free-market economics and the capitlist system. Underlying much of the radical right's neoliberal program is a pronounced productivist and entrepreneurial ethos based on a strong belief in the value of enterprise and individual initiative and effort. [...].

The contemporary radical right directs its hostility first against the political class and the administrative bureaucracy and their control over fiscal policy, and second against the growing numbers of social groups relying on claims to social rights to gain access to public funding. The result is an ideological construct based on the image of a society which pits the productive majority of taxpayers against a minority of politicians, bureaucrats, and their clients, which consumes the fruits of the majority's labour»572(*).

On se trouve une nouvelle fois, ici, face à la description à vocation générale d'un aspect du courant de l'extrême droite contemporaine qui semble pouvoir être applicable tel quel au cas du parti de Cristoph Blocher.

4.4.4.1. La dimension ultralibérale dans le cadre théorique développé par Pierro Ignazi

Les partis de l'extrême droite post-matérialiste tels que décrits par Ignazi défendraient une conception économique se résumant en une mixture, « often dazzling and fallacious »573(*), de libre entreprise et de protection sociale limitée aux nationaux. Cependant l'auteur précise qu'il s'agit là du résultat d'un tournant opéré pour s'adapter et renforcer le processus de `'prolétarisation'' de l'électorat de ces partis.

Il constate en effet que, sur base de leur héritage néo-conservateur défendant le renouveau des principes libéraux du `'laisser-faire'' au sein d'un marché libre, de la culture économique individualiste ou de la privatisation des entreprises publiques, les partis de la troisième vague ont émergé avec des programmes prônant le « laissez-faire pro-market entrepreneurialism »574(*).

Or, il apparaît dans le cas de l'UDC, que le parti n'a pas dérogé à ces principes néolibéraux, et que son tournant social n'a jamais eu lieu.

Ce constat permet-il de disqualifier l'UDC du cadre théorique ignazien ? Il semble difficile d'abonder en ce sens. En effet, l'importance des prises de positions économiques des partis apparaît très relative dans le cadre théorique ignazien, elles ne sont d'ailleurs pas prises en compte dans la détermination de la dimension anti-système d'un parti, le critère idéologique fondamental de ce cadre575(*). On est, en outre, en mesure d'avancer qu'en prenant en compte le seul aspect économique du programme de l'UDC, on ne peut placer ce parti qu'à l'extrême droite du continuum droite-gauche. Si sur base de la seule dimension programmatique économique, on place sur le pôle extrême gauche de ce continuum, le reniement total des forces du marché dans le jeu économique au profit d'une économie strictement planifiée au niveau étatique et sur le pôle extrême droite, le reniement total de toute intervention étatique dans le jeu économique au profit d'une économie uniquement régulée par les lois du marché, on s'aperçoit que les positions de l'UDC la placent effectivement à proximité du pôle le plus radicalement droitier de cette échelle.

Or on a déjà abordé l'importance de ce critère spatial pour la classification des partis au sein de la mouvance d'extrême droite dans la théorie d'Ignazi. Tout en étant insuffisant pour déterminer la position de la formation sur le continuum une fois toutes les dimensions nécessaires à cette opération prises en compte, on ne peut que conclure que le programme économique de l'UDC ne constitue pas un élément de remise en cause de l'applicabilité du cadre iganzien mais au contraire un indice d'un positionnement très à droite qui pourrait être utile dans l'exploration du critère spatial exigé par ce modèle. Cet aspect idéologique de l'Union Démocratique du Centre pourrait tout au plus correspondre à une idiosyncrasie udécéenne, s'il devait être conclu, sur base des exigences théoriques ignaziennes, qu'elle est bien un membre du club des partis de l'extrême droite contemporaine.

* 567 O. MAZZOLENI, «Nationalisme et populisme en Suisse. La radicalisation de la `'nouvelle'' UDC», op. cit., p. 73.

* 568 Ibid.

* 569 Id., p. 74.

* 570 Propos de Cristoph Blocher in «Réflexions : Entretien avec le conseiller national sur l'Etat Libéral. Blocher propose une coupe de 20% du budget de l'Etat», op. cit.

* 571 «Ca, nous le devons aux autres partis», affiche électorale de l'UDC pour la campagne 2003.

* 572 H.-G. BETZ, «Introduction», in H.-G. BETZ et S. IMMERFALL, «The New Politics of the Right. Neo-Populist Parties and Movements in Established Democracies», op. cit., p. 5.

* 573 P. IGNAZI, «Extreme Right Parties in Western Europe», op. cit., p. 34.

* 574 Id., p. 26.

* 575 Id., p. 33 et P. IGNAZI, «The silent counter-revolution. Hypotheses on the emergence of extreme right-wing parties in Europe», op. cit., pp. 19-24. 

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